Retour sur la rencontre entre Viggo Mortensen, réalisateur, et le directeur de la photo Marcel Zyskind, DFF, à propos de "Falling"

Par Margot Cavret

La Lettre AFC n°314

Margot Cavret, étudiante en dernière année à l’ENS Louis-Lumière, qui était présente à l’édition 2019 de Camerimage, nous relate par son regard un des tout premiers moments de cette version virtuelle de l’édition 2020.

Il y a un mois, Marcel Zyskind, DFF, accordait à l’AFC un entretien* au sujet de sa collaboration avec Viggo Mortensen, pour son premier film, Falling. Leur rencontre, les repérages, le tournage, Marcel Zyskind nous livrait les coulisses de ce film tant attendu.

En ce premier jour de festival virtuel, le directeur de la photographie et le réalisateur reviennent ensemble sur cette expérience. Le film n’est pas encore sorti en France (aucune date n’a encore été annoncée pour remplacer la sortie initialement prévue le 4 novembre), et même les participants à cette 28e édition de Camerimage – un peu particulière – ont été privés de sa projection en ouverture du festival. Pourtant, le farouche désir de découvrir ce film s’oppose à l’étrange impression de l’avoir déjà vu, tant le dialogue entre Viggo Mortensen et Marcel Zyskind est passionné. Ils reviennent ensemble sur les même grandes étapes dont nous parlait Marcel Zyskind dans l’entretien du mois dernier, mais leur présence à deux dit bien plus : leur complicité révèle une belle aventure humaine, l’enthousiasme du réalisateur dévoile l’humilité du chef opérateur, leur sensibilité à tous deux annonce un très beau film à découvrir dès que possible.

Conscients peut-être qu’une grande partie de leur audience n’a pas encore eu la chance de découvrir le film, les deux collaborateurs et amis, épaulés par le modérateur et traducteur de la Master Class, orientent la conversation vers leurs références, leurs intentions, leur façon de faire du cinéma et la préparation, qui aura été finalement la plus longue étape. Lui-même producteur de son premier film, Viggo Mortensen raconte la frustration et l’inquiétude que peuvent donner les recherches de financement.
« Dans cette période incertaine, il est important », dit-il, « de s’entourer de personnes qui croient au film » et en qui il a confiance. C’est ainsi que Marcel Zyskind est entré très tôt dans le projet, commençant les repérages avec le réalisateur. A cette occasion, ils tournent même les premières images (uniquement accompagnés de Carol Spier, la directrice artistique), des plans d’ambiance et de paysages, à différentes saisons. Durant cette période, toutes les références qu’ils avaient échangées, surtout photographiques et cinématographiques (Ozu, Bergman, Tarkovski…), se mélangent et se lient, pour aboutir, comme ils le disent, à « leur propre film ». Ces références sont surtout les captures d’un état d’esprit, d’une ambiance, tant visuelle qu’émotionnelle. Au tournage, elles sont oubliées, et le film se forge sa propre identité.

Invité star du festival, Viggo Mortensen est le plus sollicité des deux invités par le présentateur, et surtout par les questions que les spectateurs posent sur Facebook. Mais même quand il est interrogé au sujet de la musique du film (dont il est également le compositeur), il ne manque pas de relier l’art sonore à l’art visuel. Le cinéma est un travail d’équipe, dit-il, et la première envie l’ayant poussé à s’orienter vers le métier d’acteur était celle d’aller vers les différents corps de métier, les chefs opérateurs, les costumiers, les décorateurs, pour découvrir avec fascination comment tous les talents s’imbriquent pour produire un film. La seule chose qui change, note-t-il avec amusement, quand il passe à la réalisation, est que : « Ce n’est plus moi qui pose des questions aux chefs de postes mais eux qui m’en posent ». Il en profite pour exprimer sa gratitude envers ses collaborateurs : « S’ils posent des questions, c’est bon signe, c’est qu’ils s’intéressent réellement au film qu’on est en train de faire ». Après certaines prises de scènes particulièrement dures au jeu, il découvre avec surprise que l’équipe pleure, émue par son scénario. Les plans sont souvent longs, compliqués tant pour les comédiens que pour les techniciens. À nouveau, il nous donne la preuve d’une très belle collaboration : « Je ne regardais pas les prises, je demandais à Marcel si elles étaient bonnes. Je lui faisais confiance. »

Une confiance qui a porté ses fruits car, toujours de l’avis du réalisateur, la photographie est d’une grande finesse et en parfaite harmonie avec la sensibilité du film. Pour lui, vieillir, c’est une perte de luminosité, et le personnage du père est déjà à demi dans l’obscurité. « La direction générale était d’avoir des scènes de souvenirs baignées d’un soleil estival et des scènes du présent plus hivernales. » Cependant, Marcel Zyskind accorde ces variations de lumière dans le détail. Passionné, Viggo Mortensen raconte une scène sur laquelle le travail de son directeur de la photo l’a beaucoup impressionné : « Après une discussion houleuse avec son fils, lors de laquelle la luminosité est descendue lentement, le père reste seul, il est dans le noir. Alors qu’il rêve au passé, le soleil commence à se lever et son fils le rejoint. Les choses sont dites en silence, par des regards, des sourires, ils se comprennent enfin. Pendant ce temps-là, le soleil monte doucement. Il traduit une note d’espoir. » Le réalisateur est touché par la finesse de cette mise en lumière, qui, « bien qu’elle s’accorde parfaitement aux sentiments des personnages, reste douce, naturelle, organique. Cette douceur permet au spectateur d’être au plus près des personnages, sans être distrait par un travail de photographie trop tape-à-l’œil. Le chef opérateur a été à l’écoute de la sensibilité du scénario, des dialogues et du jeu des comédiens. C’était un plaisir de travailler avec ses images au montage », ajoute-t-il.

Pour Marcel Zyskind, le plus dur, dans le métier de chef opérateur, est de savoir se projeter avant d’accepter un projet, pour savoir si on sera capable de développer ses idées sur le film, de collaborer avec le réalisateur, savoir travailler ensemble, être à l’écoute de l’équipe. Ces deux-là en tout cas semblent s’être trouvés. Viggo Mortensen a déjà deux autres idées de longs métrages à réaliser, et il semble évident que Marcel Zyskind continuera d’en assurer la photographie. D’ici là, on attend impatiemment la sortie de Falling sur les écrans français.

* Lire ou relire l’entretien avec Marcel Zyskind à propos de son travail sur Falling

En vignette de cet article, Viggo Mortensen et Marcel Zyskind sur le tournage de Falling - Photo Brendan Adam-Zwelling