Sur le bateau ivre d’Andrée Davanture

La Lettre AFC n°246

Pour évoquer le souvenir de la chef monteuse Andrée Davanture récemment disparue, Rithy Pahn, réalisateur, témoigne.
« Andrée Davanture, DD, deux lettres, un nom, un visage, une méthode sans méthode, mais une éthique de la liberté, avec le souci de la poésie, du rythme... et comme dirait André Tarkovsky, du temps. Pour un jeune réalisateur, rencontrer DD, c’était débuter dans le métier sous l’auspice d’une fée. »
Andrée Davanture et Rithy Pahn à Atria en 1993

Quelle école m’aurait enseigné à voir les " taches " de couleur sur les images ? Et à monter sans l’artifice des raccords ? Le cinéma, m’a-t-elle dit, c’est d’abord l’émotion. Qui m’a fait comprendre qu’il suffit d’un son, d’un mouvement, d’une harmonie de couleurs, et surtout d’un temps juste pour trouver le bon " collage " entre deux plans ? Qui m’a fait écouter le son, la musique, et le silence ? Qui m’a appris à lire le temps inscrit dans un plan, et à déceler l’intention originelle qui marque de façon indélébile l’identité de l’artiste ?
C’est aussi cela la rigueur. Qui fut un meilleur guide sur le chemin de l’intégrité, de l’affirmation et de la différence ? Qui a toujours lutté contre toute tentative de formatage ? Qui m’a toujours encouragé, montré le sens de mon travail ? Qui pouvait rendre limpide la réponse à " pourquoi " faire un film et " pourquoi "cela vaut tous les sacrifices ? Qui avait la suprême exigence de révéler aux yeux du spectateur l’univers de l’autre ? Il suffisait d’être curieux, alors DD vous emmenait sur son bateau ivre…
Plus le temps passe, plus je suis convaincu de ce que je dois à son immense talent. DD était une " accoucheuse ", une libératrice de nous-mêmes qui sommes cernés d’hésitations, d’imprécisions et parfois même de manque de courage…
C’était une amie, une grande sœur et une vraie artiste.

Rithy Pahn