The Quality of the Frog(s)

Par François Reumont pour l’AFC

Dans une salle comble, une délégation française de trois DoPs de l’AFC est venue partager ses images et ses réflexions sur le métier. Le journaliste franco-américain Benjamin B, membre consultant AFC, les a chaperonnés à la fois dans le rythme et sur le vocabulaire nécessaire à cette présentation dans la langue de Shakespeare.
Le public de la Master Class
Caroline Champetier

C’est Caroline Champetier qui a ouvert le bal, en présentant en exclusivité polonaise des images du film de Xavier Beauvois Les Gardiennes avec Nathalie Baye et Laura Smet (projeté en première lors du dernier festival de Toronto). La guerre de 14-18, du point de vue des femmes restées en arrière-plan dramatique des tranchées, tournée dans des décors ruraux (l’histoire se déroule dans une ferme de l’Aisne). « Sur ce film, c’est l’importance de la retranscription à l’écran de la lumière et des couleurs naturelles qui nous a guidés », explique Caroline Champetier.
Secondée par son étalonneur Frédéric Savoir, elle a mis en avant la chaîne de postproduction et pour elle notamment du développement du Raw. « C’est en se basant sur le travail des grands peintres de la fin du 19e (Van Gogh, Millet...), que l’on a mis au point la palette de couleurs qui devait être présente dans l’image. Notamment le bleu des tenues des personnages qui font référence aux tenues des combattants novices. » Ayant choisi une caméra Sony F65 équipée d’optiques Panavision série G, parfois filtrées en Hollywood Black Magic, le film est tourné sans maquillage, avec un soin tout particulier donné aux ambiances solaires naturelles. Est présenté notamment dans les extraits un long plan-séquence tourné au coucher du soleil, dans la cour de la ferme. Comme souvent sur ce genre de "set-up", le créneau est très court, et malgré toutes les répétitions et précautions, la première prise a été faite un peu trop tard... Heureusement, la DoP a pu obtenir de la part du réalisateur et des comédiennes une deuxième prise le lendemain qui elle était parfaite... « C’est aussi le rôle d’un chef opérateur que de supplier parfois les comédiens pour une prise supplémentaire », explique-t-elle avec humour !
Salué par les rires de la salle lors d’un lapsus anglais entre qualité du brouillard et celle de la grenouille parfaitement in situ, Caroline Champetier a chaleureusement été applaudie par l’assistance conquise par son "frenglish so cute".

Pierre-Hugues Galien

Le deuxième chef opérateur de la délégation était Pierre-Hugues Galien qui est venu présenter un pêle-mêle d’extraits de Maintenant ou jamais, de Serge Frydman (son premier long métrage à l’image en 2014) et d’Au plus près du soleil (réalisé par Yves Angelo en 2015). Une sélection destinée à mettre en évidence ses choix de caméra (RED 5K et Primo anamorphique pour le premier, RED 6K et Leica Summicron pour le second).
Une sélection d’images à la fois très sombres et urbaines pour le premier film, puis très claires et solaires pour le second dont la trame se déroule en partie sur un paquebot. « J’essaye toujours, dans mon travail, de faire une image la plus immersive possible », explique le chef opérateur. « Pour cela, j’aime beaucoup travailler sur les ambiances sombres, là où physiologiquement les bâtonnets photosensibles de l’œil humain placent d’emblée le cerveau dans l’immersion. »
Expliquant un peu plus en détail sa méthode de travail sur le plateau, notamment sa gestion des rushes in situ, il a également conclu sa présentation par des images aériennes tournées avec le zoom anamorphique Angénieux Optimo 44-440 mm pour un projet plus récent.

Pascal Lagriffoul

Enfin, Pascal Lagriffoul est venu partager son expérience de tournage en série télé, avec l’exemple de "Transferts", diffusée en ce moment même sur Arte. Reprenant les thèmes abordés dans son entretien pour l’AFC, il a insisté particulièrement sur la justesse des carnations à l’image. « On ne peut pas tricher sur les visages car sinon on perd les spectateurs », affirme-t-il. Un soin tout particulier sur le traitement des couleurs conservé sur ce tournage au rythme soutenu (66 jours pour 11 épisodes de 52 mn), pour lequel il a fait confiance à une caméra RED Weapon associée aux trois petits zooms Angénieux Optimo compacts ainsi qu’à une série Cooke S4.
Citant également David Lynch (présent la veille à Camerimage pour une autre Master Class autour de "Twin Peaks" saison 3), Il a rappelé l’importance croissante des séries dans la création, et pourquoi pas, à terme, le détrônement du cinéma par le concentré de trouvailles qui y bouillonnent depuis les le début des années 2000.
Concluant à l’aide d’extraits où les lumières colorées jouent un grand rôle, il a avoué adorer éclairer les décors en sodium, avec d’authentiques lampes d’éclairage urbain. « C’est même mon rêve de faire entièrement un film en sodium », explique Pascal Lagriffoul. Peut-être va-t-il devoir encore attendre un peu avant de réaliser son rêve à la télévision française… !

Pierre-Hugues Galien, Caroline Champetier, Pascal Lagriffoul et Benjamin B