Cinematographer’s Day 2006

par Rémy Chevrin (reporter du petit XVIIIe)
C’est épatant de constater que Rémy Chevrin, avec une précision qui aurait fait pâlir Phileas Fog himself, se trouve à Bangkok, au moment même où se tient le Cinematographer’s Day.

A l’occasion du Festival international du film de Bangkok 2006 se tenant du 17 au 27 février, David Kaminsky organise depuis quelques années, en parallèle à ce festival, le Cinematographer’s Day réunissant un panel international de directeurs de la photographie. Cette année, étaient invités des opérateurs tels que Chris Doyle (Hong Kong), Garrett Brown, Shoji Ueda (DP de Ran), Anthony Dod Mantle. Succédant à Eric Gautier, invité l’année dernière, Pierre Lhomme est venu présenter son travail de restauration sur le film L’Armée des ombres, en collaboration avec Ronald Boullet de la société Eclair.

Ce film tourné en 1968 en 14 semaines est un subtil travail de Pierre Lhomme où alternent de nombreuses séquences d’ombres, d’aube, des nuits américaines et un magnifique travail de lumière en studio.

Malheureusement, une partie du négatif original a subi l’usure des années et il s’est avéré nécessaire de procéder à une restauration du film.

Après une présentation rapide et pleine d’émotion de Pierre Lhomme (« Today I still do appreciate the incredible and beautiful work of Jean-Pierre Melville ») eut lieu la projection dans le magnifique et récent complexe du Siam Paragon de Bangkok.
L’animateur a présenté Pierre Lhomme au public nombreux, insistant sur sa passion de la photo et son admiration pour un des maîtres de la photographie Henri Cartier-Bresson.

Pierre Lhomme explique que ce travail de restauration a été pour lui une expérience très forte et très instructive, insistant sur le fait que notre époque et nos technologies actuelles font que la fragilité de notre travail dans le temps est diminuée par l’apparition d’outils donnant une espérance de conservation moins éphémère sur nos images. Selon lui, « restaurer, c’est surtout redécouvrir ».

Il ne restait a priori que des morceaux du négatif original très abîmé, et des positifs de copies.

C’est donc à partir de ces éléments que Pierre, en collaboration avec Ronald Boullet, s’est attelé à la restauration du film : éliminations des scratches et des rayures en tout genre, restauration des couleurs, contraste fluctuant, restauration des trucages optiques vont alors précéder la fabrication d un nouveau négatif et internégatif. L’étalonnage final a eu lieu sur le Lustre.

A la suite d’une des questions dans le public demandant s’il trouve des scènes plus belles que l’original après restauration, Pierre rappelle que le film a été tourné il y a près de 40 ans, et que retrouver ce que l’esprit des hommes a créé est une tâche extrêmement difficile. Il s’agit d’être au plus proche de ce que la mémoire peut se rappeler.

Lors de la préparation du film, Jean-Pierre Melville et Pierre Lhomme avaient décidé de s’interdire les couleurs saturées et de tirer des positifs avec une légère dominante bleu gris.

Grâce à quelques " grey scales " que Pierre a gardées dans son scénario, il fut donc plus facile de se diriger dans l’étalonnage et de retrouver l’esprit de la photographie et du film.

Pierre Lhomme fait remarquer aussi que les positifs, les internégatifs et interpositifs n’ont plus du tout les mêmes qualités et que beaucoup de choses ont changé, les références n’étant plus les mêmes qu’à l’époque.

Après restauration numérique, le film a été " shooté " sur Arrilaser chez Eclair.

Garett Brown présent dans la salle est très impressionné par la restauration et la qualité esthétique du film.

De fervents applaudissements ont conclu cette intervention et la projection.