Disparition d’Andrée Davanture : la famille des cinéastes d’Afrique en deuil

La Lettre AFC n°245

Nous avons appris avec tristesse le décès d’Andrée Davanture, mardi 1er juillet 2014 à Paris ; elle était âgée de quatre-vingt-un ans. Chef monteuse aux grandes qualités, tant professionnelles qu’humaines, elle avait dès les années 1970 amplement participé à l’émergence d’un cinéma d’auteur en provenance de l’Afrique francophone et à sa reconnaissance internationale une dizaine d’années plus tard.

« La capacité d’Andrée Davanture à privilégier les données culturelles sur les règles académiques du montage sera à la fois la marque de son travail mais aussi la source de tous les reproches d’encourager un " cinéma calebasse ", expression dont elle abhorrait le mépris qu’elle y entendait pour des films affirmant leur différence, expression qu’il était absurde de lui appliquer quand on pense qu’elle a monté tous ceux de Souleymane Cissé ! » (Olivier Barlet, Africultures, 9 juillet 2014)

Andrée Davanture est née à Poggio-di-Nazza (Corse) en 1933. Entamant sa carrière au milieu des années 1950, elle est l’assistante du chef monteur Henri Rust sur un film d’Yves Allégret, Germinal (1963). Par la suite, Amore, d’Henry Chapier, et Un homme qui dort, de Bernard Queysanne, marquent, en 1974, ses débuts comme chef monteuse.
Elle participe de 1974 à 1978 à la cellule technique du ministère français de la Coopération d’où vont émerger bon nombre de jeunes réalisateurs africains, tels, entre autres, le Malien Souleymane Cissé, le Nigérien Oumarou Ganda ou le Sénégalais Sembène Ousmane. A la fermeture de celle-ci, en 1980, elle fonde l’association Atria, à la fois structure de montage et, avec Atriascop, de production exécutive mais aussi lieu de rencontre – sinon havre de paix – du cinéma africain à Paris. Atria avait pour but de servir de relais entre l’action engagée auprès des cinéastes et le milieu des professionnels français.

De g. à d., Andrée Davanture aux côtés des réalisateurs Drissa Touré, Mansour Wade et Fanta Regina Nacro dans les années 1980
Photo Claude Le Gallou - CinémAction n° 106

Parmi plus de trente longs métrages, Andrée Davanture a monté les films de cinéastes d’Afrique de l’Ouest et du Nord comme Gaston Kaboré, Férid Boughedir, Fanta Régina Nacro, Assane Kouyaté, Adama Drabo, Daoud Alouad Syad, Safi Faye, Khaled Ghorbal, Tariq Teguia, ou encore d’ailleurs, tels Rithy Panh, Philippe Van Leeuw, AFC, ou Teresa Villaverde.

En 2005, lors du Fespaco (Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou), où trois films qu’elle avait montés étaient sélectionnés pour la compétition (La Nuit de la vérité, de Fanta Régina Nacro, Tasuma, de Daniel Sanou Kollo, et Le Prince, de Mohamed Zran), un hommage lui fut rendu. En lui attribuant le prix du montage pour Le Prince, le président du jury déclarait : « Le jury tient à rendre un vibrant hommage à une grande dame du cinéma africain pour son infatigable apport technique, artistique et pédagogique à nos cinématographies ».

L’AFC présente ses plus sincères condoléances à Claire Davanture, sa fille productrice, Mathilde Delacroix, sa petite-fille étalonneuse, ainsi qu’à leurs proches.

A noter que la Cinémathèque française rendra hommage à Andrée Davanture lors d’une soirée le 20 octobre à 20 heures. Nous publierons à cette occasion des témoignages de cinéastes et autres personnes ayant travaillé avec elle.

  • Lire l’hommage d’Olivier Barlet, " Andrée Davanture face à l’esprit colonial ", sur le site Internet d’Africultures
  • Lire un article de Michel Amarger sur le site de la Fédération africaine de la critique cinématographique
  • Lire aussi un article de Jean-Michel Frodon publié sur le blog ciné de Slate.fr
  • Lire enfin un entretien avec Andrée Davanture, par Olivier Barlet, sur " Le lâchage d’Atria " publié en juin 1999 sur le site d’Africultures.

(En vignette de cet article, Andrée Davanture en décembre 2007 - DR)