En fait, j’ai eu le sentiment de tourner une fiction traditionnelle où l’un des personnages était joué par un acteur plutôt ronchon, peu malléable et totalement imprévisible (je parle du renard, bien sûr !).
Pour tous les paramètres relatifs aux renards, Luc avait d’ailleurs forgé le terme de " renardologie " et il s’est vite avéré que la " renardologie " n’était pas une science exacte !
Chaque scène nécessitait de la part de l’un de notre dizaine de renards imprégnés (chacun a son domaine de " compétence "), un lent apprentissage des parcours et des gestes, mais une fois cette technique et ces temps pris en compte, et grâce à un plan de travail plutôt généreux, nous sommes allés au bout du projet.
Le tournage s’est réparti sur quatre saisons : montagne, vallées, soleil, nuit, vent, pluie, neige, décors à 99 % en extérieur (il y a un seul décor intérieur, terriers mis à part !), toute l’équipe a pris l’air et je crois que le spectateur aura aussi son comptant de chlorophylle.
Nous avons tourné toutes les scènes à deux caméras 35 mm, une ou deux caméras HD venant s’adjoindre parfois pour des GP d’animaux, en fonction du " jeu " des renards. Le résultat de la HD n’est pas au niveau du 35 mm, mais ces caméras Sony 750 avaient un " loop ", petit système de mémoire cyclique qui prend en compte les 10 secondes qui précèdent le déclenchement. Je vous laisse imaginer tout ce qu’on peut " sauver " avec un tel système.
L’option qui avait été prise étant une petite équipe et un long tournage, la consigne était peu d’éclairage artificiel et un groupe léger transportable sur les pistes du Jura et des Abruzzes.
En fait, j’ai eu très vite envie de me passer de " tout ça " et d’éclairer le moins possible, finissant même par bannir tous réflecteurs ou grands cadres.
Il m’est en effet apparu au fil des épreuves – mais j’aurais du mal à vous expliquer cela rationnellement – qu’un film entièrement en paysages sauvages supportait mal les " traces " de lumière additionnelle destinée à compenser je ne sais quel trou noir.
Aidé par la tonalité plutôt claire du pelage des goupils et surtout par la carnation transparente de la petite comédienne, j’ai, en fait, utilisé des écrans plus souvent noirs que beiges pour couper des réflexions ou retrouver du contraste.
Et nous avons surtout très vite vérifié que, pour ce genre de projet, la règle était d’être au bon endroit au bon moment.
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- Filmage à hauteur de renard, les pieds dans l’eau…
- De gauche à droite : Pierre Stétin, 1er assistant opérateur, Luc Jacquet et Gérard Simon
Merci aux nombreux membres de l’équipe (opérateurs animaliers insomniaques, assistants joyeux et increvables, machinistes équilibristes, animaliers futés, électriciens malins, accessoiriste imbattable…, etc.) qui se sont succédé au fil des saisons et ont fait de ce tournage une extraordinaire partie de campagne.
Mention spéciale à François Royet, deuxième opérateur, venu du documentaire, qui a été un complice formidable et inventif.
Bise à Barbara Constantine, la scripte la plus spirituelle à l’ouest de la Valserine.
Enfin, hommage appuyé à Luc Jacquet, souvent décrié dans ces colonnes, qui a pris à bras-le-corps ce véritable film de fiction avec simplicité, opiniâtreté, talent et décision et a su en faire une émouvante célébration de la nature.
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- Cinébulle pilotée par Dany Cleyet-Marrel
Eric Dumage
Arane-Gulliver
Le Renard et l’enfant
Les Chevaliers du ciel vus par Eric Dumage
Les Chevaliers du ciel
Boudu
Tout près du sol (ex CQ2)
Qui perd gagne
Fanfan la tulipe
Monsieur Batignole
" Le Roi danse " récompensé à Camerimage 2001