Décès du directeur de la photographie et réalisateur Bernard Joliot

La Lettre AFC n°304

Nous avons appris avec tristesse la nouvelle du décès du directeur de la photographie et réalisateur de films publicitaires Bernard Joliot, survenu à Clamart, dimanche 17 novembre 2019, dans sa quatre-vingt-neuvième année. Ayant débuté, dès l’âge de 18 ans, à la caméra comme assistant de son oncle Robert Gudin à Cinéma et Publicité, il y entamera une carrière de directeur de la photo de films publicitaires qu’il poursuivra - en parallèle du cinéma de 1975 à 1992 - de manière indépendante jusqu’en 2005. Trois directeurs de la photo et un chef électricien témoignent.

Bernard Joliot, une personnalité attachante, par Eric Dumage, AFC
Début 1979, travaillant comme assistant caméra sur un film publicitaire produit par La Franco American Films, réalisé par Jacques Doillon et éclairé par Pierre Lhomme… je fus sollicité par la production pour remplacer l’assistant caméra de Bernard Joliot, indisponible. C’est comme cela, par le hasard des agendas de chacun, que je fis connaissance avec Bernard. Une personnalité attachante, avec une qualité essentielle : aucun stress, juste une confiance et des rires.
A cette même période, je travaillais régulièrement avec Pierre Lhomme, enchaînant longs métrages sur longs métrages mais entre chaque, je pouvais varier les plaisirs de voyages lointains avec Bernard jusqu’en 1984.

Bernard, sportif infatigable, était à cette époque président du Tennis Club de Clamart, mais surtout il ne ratait aucun match du PSG au Parc des Princes. Malgré mon désintérêt pour le foot, Bernard restait fidèle et m’emmenait avec lui sur ses tournages, tout autour du monde.

Mais je lui dois bien plus que cela… car tourner en France ou à Paris, me semblait confortable. En cas de problème, Alga ou Chevereau n’était pas éloigné… Non, car m’emmenant tout autour du monde, j’ai pris conscience de cet important détail : connaître par cœur son matériel, savoir le réparer si nécessaire, et là je ne remercierai jamais assez Claude Ruellan (père de Jean-Claude) un magicien de la mécanique des caméras chez Alga Vincennes, qui m’a tant donné de conseils simples mais essentiels.

Avec Zoritza Lozic, sa compagne, j’ai pu garder contact avec lui jusqu’au bout. Je l’invitais régulièrement à notre MicroSalon AFC, à La Fémis. Merci Bernard pour cette belle amitié, et ta confiance dans tant d’aventures lointaines !

Bernard Joliot, en tournage à Bora Bora, en 1979
Photo Eric Dumage

En souvenir de Bernard Joliot, par Jean-Noël Ferragut, AFC
Bernard Joliot est l’un des tout premiers chefs opérateurs que j’ai eu la chance de rencontrer, au côté de Pierre Gudin, dans les studios de Cinéma et Publicité, avenue Jean-Baptiste Clément à Boulogne. Cinéma et Publicité, qui se partageait avec Jean Mineur (Balzac 00 01...) la régie des films publicitaires projetés dans les salles de cinéma, tournait à l’époque ses propres films publicitaires. Bernard et Pierre en étaient les deux chefs opérateurs "maison" et j’effectuais là mon tout premier stage de trois mois au sortir de Vaugirard, d’octobre à décembre 1970, tout yeux, tout oreilles à la large palette de leur savoir-faire.
Pierre Auffret*, le chef des travaux de l’École (directeur des études aujourd’hui), qui m’avait à la bonne, m’avait proposé ce stage et j’étais ravi de l’accepter. Ce furent trois mois d’observation et d’apprentissage, où j’ai touché du doigt mes premières "vraies" caméras et reçu l’un de mes premiers bulletins de salaire (dans les 120, 150 francs la journée), après ceux de deux mois passés au banc-titre de l’ORTF, durant les vacances d’été, au 5e étage de la rue Cognacq-Jay.
J’ai dû assister Bernard deux ou trois fois - loin, pour moi, de compter pour du beurre - sur des "réclames" peu argentées n’ayant pas les moyens de se payer un as des as de l’assistanat prise de vues. L’ayant peu côtoyé, je n’en ai que de vagues souvenirs, si ce n’est, ajoutées à son professionnalisme et son talent d’opérateur, la bienveillance, la gentillesse et la bonne humeur qui semblaient l’habiter...

* A noter, pour ceux qui ont connu Pierre Auffret, que nous avons eu l’heureuse surprise de revoir ce jeune nonagénaire - toujours alerte et bon pied, bon œil - à l’hommage rendu par l’ENS Louis-Lumière, le 2 décembre, au regretté Tony Gauthier.

Au piano du paradis des opérateurs, par Pascal Gennesseaux, AFC
Bernard Joliot nous a quittés. Bernard était un homme de la publicité principalement, aussi bien comme opérateur que réalisateur.
A ses débuts, me racontait-il, il partait en triporteur, coffre chargé du matériel caméra et électrique, et allait tourner pour CP (Cinéma et Publicité) des « réclames » dans tout Paris.
Les temps ont changé, les techniques de prise de vues ont évoluées aussi bien au cinéma qu’en publicité, et Bernard a toujours réussi à en tirer le meilleur parti. Il était capable de tout filmer, aussi bien le jingle de la pomme d’Antenne 2 se transformant en boule de Noël en image/image que d’assurer la photographie du film France…, tourné en Showscan 70 mm, 60 i/s. Il pouvait éclairer n’importe quel "Pack Shot" en quelques instants, satisfaisant les agences, et ravir des actrices aussi exigeantes qu’Isabelle Adjani par la qualité de sa photo.
Mais avant tout, Bernard était un homme éminemment sympathique. Tourner à ses côtés était toujours un grand moment de plaisir, même dans les conditions les pires.
Alors, un dernier sourire à Bernard et je le laisse improviser, comme lors de nombreuses fins de journée dans le salon d’un hôtel, un de ces airs de jazz qu’il affectionnait sur le piano du paradis des opérateurs.

Bernard Joliot, le talent de la débrouille, par Serge Cry, chef électricien
Avec Bernard, j’ai fait des centaines et des centaines de films publicitaires à travers le monde, mais aussi quelques longs métrages, également à travers le monde… Toutefois, mes meilleurs souvenirs de Bernard ne sont pas les voyages mais la gentillesse, la générosité, l’humilité et le savoir-vivre de Bernard. Son talent était la débrouille car nous avons fait des tournages dans certains pays où il n’y avait pas grand chose mais on se débrouillait et ça, toujours dans la bonne humeur.
Nous avons aussi beaucoup tourné en France et pour le coup, c’était la même chose, toujours la même ambiance, mais avec plus de moyens.
Je n‘oublierai jamais ces moments passés avec lui.

Serge Cry sur le tournage d’un film publicitaire pour Axion, réalisé et photographié par Bernard Joliot, en 1979
Photo Eric Dumage
Clap du film publicitaire pour Axion
Photo Eric Dumage

En vignette de cet article, Bernard Joliot, à l’œilleton d’un Mitchell Mark II, sur le tournage en Provence du film publicitaire pour Axion, en mai 1979 - Photo Eric Dumage