Disparition du cinéaste Jean-Jacques Beineix

Par Jean-François Robin, AFC

par Jean-François Robin Contre-Champ AFC n°328

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Avec Jean-Jacques Beineix disparait un cinéaste qui a marqué son époque grâce à une esthétique dérivée de la publicité qui se pratiquait dans les années 1980.

J’ai eu la chance de tourner avec lui quelques unes de ces publicités mais surtout de collaborer à trois longs métrages, 37°2 le matin, Roselyne et les lions et IP5.
Il avait tourné son dernier film en 2001, Mortel transfert et depuis, à part quelques documentaires, il s’était tu, se contentant de théoriser sur le cinéma et d’écrire un roman, Toboggan, qui retrace l’itinéraire d’un cinéaste qui n’a plus rien à dire et ne crée plus, référence hautement autobiographique dont il s’est défendu.
37°2 le matin est devenu un film culte grâce à ce ton et cette image qu’il voulait flamboyante et qui je l’espère a été à la hauteur de ses exigences. Car, comme beaucoup de grands metteurs en scène, il était exigeant et ne transigeait sur rien. Nous tournions beaucoup, beaucoup de prises et de métrage et les premiers montages de ses films duraient toujours plus de trois heures.
Je me souviens, lors de tournages dans des pays lointains, que partout on avait vu Betty Blue, le titre anglais de 37°2, c’était alors la référence du cinéma français.
Sur le plateau, il cadrait souvent et s’émerveillait d’utiliser et de maîtriser une tête manivelle. Ses tournages étaient une alternance de légèreté, de bons mots et de tension dès qu’il avait peur de perdre le contrôle de son film.
Avec IP5 nous avons vécu un drame, la mort en direct d’Yves Montand victime de deux infarctus successifs alors qu’il tournait le dernier plan de son rôle.
Beineix, accusé injustement, en fut énormément affecté et il se remit difficilement d’une profonde dépression qui rejaillit sur le fil de sa carrière.
Après ce tournage d’IP5, il avait tenté de faire un film américain aux Etats-Unis mais le système anglo-saxon s’est révélé être un carcan dont il n’est pas parvenu pas à s’accommoder et le film ne se fit jamais.
Jean-Jacques Beineix a marqué le cinéma français du sceau d’un nouveau "maniérisme" qui a fait quelques émules. Depuis quarante ans le style de 37°2 ne s’est pas effacé, on en retrouve ça et là quelques retombées ce qui prouve que la mémoire de ce cinéma est encore vivace et que nous ne sommes pas près d’oublier Jean-Jacques Beineix et son cinéma.

• En 1987, j’ai écrit un journal du tournage de 37°2 publié chez Séguier qui sonne aujourd’hui comme un hommage à Jean-Jacques.

En vignette de cet article, Jean-Hugues Anglade et Béatrice Dalle dans 37°2 le matin.