Disparition du cinéaste québécois Michel Brault

La Lettre AFC n°235

Avec le décès, samedi 21 septembre 2013 à Toronto, du Canadien Michel Brault, directeur de la photographie, réalisateur, producteur, scénariste, le 7e art vient de perdre l’une de ses figures les plus emblématiques. Il était âgé de 85 ans. A son nom, le terme cinéaste, au sens large mais aussi le plus noble, restera pour longtemps attaché.
Michel Brault
DR

Né le 25 juin 1928 à Montréal, Michel Brault débute en effectuant un stage, en 1949, à l’ONF (Office national du film) en tant qu’assistant à la caméra. Après quelques années passées comme photographe professionnel, il signe les images de Petites médisances et Images en boîte, deux séries pour la télévision sur lesquelles il utilise la lumière naturelle comme source principale.
De retour à l’ONF, en 1956, il expérimente l’utilisation de grands angulaires pour se rapprocher des gens et participera ainsi, avec Maurice Carrière et Gilles Groulx, puis Pierre Perrault, à l’avènement du cinéma direct. Durant l‘été 1960, il signe la photographie de Chronique d’un été, réalisé par Jean Rouch et par le sociologue Edgard Morin, film qui obtient le prix de la critique à Cannes en 1961.
Jean Rouch avait demandé à André Coutant, le constructeur du Caméflex, de concevoir un prototype de caméra légère 16 mm, permettant de cadrer " à l‘épaule " et équipée d‘un moteur synchrone pour enregistrer le son direct. Michel Brault participe avec enthousiasme à la mise au point de cette caméra, l’Eclair 16, avec le constructeur. Selon ses propres termes, « on inventait la caméra avec les fabricants ».

Au titre de directeur de la photographie, on doit à Michel Brault les plus belles images du cinéma québécois, celles notamment de Mon oncle Antoine et Kamouraska, de Claude Jutra, du Temps d’une chasse et des Bons débarras, de Francis Mankiewicz.
Par ailleurs, il écrit, réalise et tourne les images de nombreux films personnels dont, entre autres, Les Enfants du silence (1962), Pour la suite du monde (coréalisé avec Perrault en 1963), La Fleur de l’âge (1964), Entre la mer et l’eau douce (1967), Eloge du chiac (1969) ou encore Les Ordres (1974), qui lui valut un Prix de la mise en scène au Festival de Cannes.

Depuis la fin des années 1980, Michel Brault s’était tourné surtout vers la réalisation de films pour la télévision, secondé à la direction de la photo par son fils Sylvain. Il devait fêter en novembre le cinquantième anniversaire de la sortie de Pour la suite du monde (1963), un documentaire-fiction sur la vie des habitants de L’île-aux-Coudres, dans la baie du Saint-Laurent, le premier film canadien présenté au Festival de Cannes.

« J’ai toujours dit que pour faire ce genre de cinéma, il faut pleurer d’un œil et de l’autre il faut penser à ce qui reste de pellicule dans le magasin. Une moitié du cerveau travaille sur l’émotion, et l’autre sur la technique, et en même temps. Or il y a nombre de réalisateurs qui se consacrent exclusivement au contenu. J’ai travaillé avec plusieurs réalisateurs qui " avaient une idée ", mais n’avaient aucune " idée " comment la transformer en film. » (Michel Brault)

« Tout ce que nous avons fait en France dans le domaine du cinéma-vérité vient de l’ONF. C’est Brault qui a apporté une technique nouvelle de tournage que nous ne connaissions pas et que nous copions tous depuis. » (Jean Rouch, les Cahiers du cinéma, n° 144 - juin 1963).

  • Lire " Michel Brault, l’homme cinéma ", version adaptée de la présentation du cinéaste par le directeur de la photographie québécois Michel La Veaux publiée dans le journal québécois Le Devoir
  • Lire enfin un article en anglais consacré à Michel Brault sur le site Internet de Hot Docs, Canadian International Documentary Festival

Marc Salomon, membre consultant de l’AFC, recommande

  • de lire ou relire le remarquable ouvrage d’André Loiselle, Le cinéma de Michel Brault, à l’image d’une nation, paru en 2005 aux éditions L’Harmattan
  • de lire ou relire " L’homme à la caméra ", un long entretien avec Michel Brault publié en 2004 sur www.cinema-quebecois.net, site de réflexion sur les théories et les pratiques du cinéma québécois
  • de voir ou revoir chacun des 5 DVDs du coffret " Michel Brault – Œuvres 1958-1974 Works ", édité en 2006 par l’Office National du Film du Canada.

Pierre Lhomme, AFC, recommande de voir ou revoir
http://www.onf.ca/film/hommage_michel_brault/
Par Alexandre Chartrand, Office national du film du Canada