Jacques Perrin, une rencontre déterminante

Par Patrick Blossier, AFC

par Patrick Blossier Contre-Champ AFC n°332

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On a tous et toutes un parrain ou une bonne fée qui nous a permis de rentrer dans le milieu très fermé du Cinéma. La rencontre avec Jacques Perrin a été décisive pour moi et en a entraîné beaucoup d’autres. Il cherchait un assistant caméra pour accompagner Luciano Tovoli sur le premier et unique film de Marc Grünbaum qu’il produisait, L’Adoption. On était en 1979, j’allais enfin travailler sur un long métrage ambitieux avec un chef opérateur talentueux.

À la fin du tournage Jacques m’a proposé de le suivre sur son projet de film en mer : Les 40èmes rugissants. L’incroyable histoire de Donald Crowhurst, navigateur anglais qui participa à la première course autour du monde sans escale, en 1968. À l’époque, il n’était pas facile et pas courant de tourner en mer en 35 mm. Il m’a proposé d’étudier la question et m’a envoyé faire des essais avec une caméra sur un trimaran pour comprendre et apprécier les difficultés d’un tournage en mer par gros temps. Son enthousiasme était communicatif, je l’ai suivi les yeux fermés.
J’ai travaillé plus d‘un an sur le film qui n’a été qu’une succession de catastrophes. Le trimaran, décors principal du film, construit à Portand aux Etats-Unis a coulé dans le convoyage vers la France, les marins ont été sauvés mais il a fallu trouver un autre bateau en urgence…

Les rapports avec le réalisateur Christian de Chalonge se sont très vite dégradés, ils ne partargeaient pas du tout la même vision du film, l’ambiance était exécrable sur le plateau (Jacques tenait aussi le rôle principal). Dans mon souvenir, je le revois en studio à Epinay entre deux prises, enfoncé dans la petite cabine téléphonique, trempé malgré son ciré vert, essayant de trouver de l’argent pour finir le film…
Plusieurs mois de tournage ont été nécessaires pour obtenir les images d’une tempête qui se dérobait dès qu’on l’approchait…

Mais Jacques n’a jamais baissé les bras. Il aurait pu abandonner dix fois mais ce n’était pas son genre… Le film a été un gros échec commercial et critique. À sa sortie, le journal Libération titrait : "Un naufrage". Jacques était ruiné mais plutôt que de disparaître ou de mettre la clef sous la porte, il a échelonné ses dettes avec tous ses débiteurs, ce qui lui a valu le respect des prestataires comme Didier Diaz chez Transpa ou Olivier Chiavassa chez Eclair… Tous les gens qui ont travaillé avec lui ont pu apprécier son courage, son audace, sa détermination, son intégrité, sa fidélité et sa très grande gentillesse.
Au-delà de l’amitié, je me rends compte aujourd’hui à quel point la rencontre de Jacques Perrin a été déterminante dans ma formation.

En vignette de cet article, Jacques Perrin dans Les 40èmes rugissants - Photo Galatée Films

Dans le portfolio ci-dessous, quelques photogrammes des 40èmes rugissants.