Retour sur le Festival Chefs Op’ en Lumière 2020

Par Elin Kirschfink, AFC, SBC, et Jonathan Ricquebourg, AFC
Les directrice et directeur de la photographie Elin Kirschfink, AFC, SBC, et Jonathan Ricquebourg, AFC, étaient deux des invités de la 2e édition du festival Chefs Op’ en Lumière (Chalon-sur-Saône, 9-15 mars 2020). Ils livrent ici leurs impressions sur cette rencontre - assez singulière cette année - autour du travail des chefs opérateurs et de l’image de film.

Festival Chefs op’ en Lumière (2e édition) avec Coronavirus (première édition), par Elin Kirschink, AFC, SBC
Quel étrange départ de Paris, jeudi 12 mars…
Depuis quelques jours les annulations de festivals et concerts se succèdent, nous sommes en pré-période Corona, déjà beaucoup d’inquiétude mais pas encore de confinement. Le dernier e-mail de Janick nous confirme que le festival aura bel et bien lieu, la préfecture a donné le feu vert.
Les doutes quant à cette décision (partagés en rire nerveux avec Virginie Surdej, SBC, autre invitée du festival, retrouvée dans le train) sont balayés par l’accueil chaleureux (mais physiquement distancié) sur place.
Les organisateurs du festival, Janick Leconte en tête, ont une énergie de dingue. Depuis huit mois ils préparent la 2e édition, et depuis 1988, l’association "La bobine", organisation partenaire, promeut des films art et essai avec projections de certains peu visibles ailleurs.

Dès notre arrivée, des rencontres avec les professionnel.le.s de la région (Aparr), des lycéen.ne.s et la projection de Tu mourras à 20 ans, d’Amjad Abu Alala, photographié par Sebastien Goepfert, et Nuestras madres, de Cesar Diaz, photographié par Virginie Surdej, deux projections suivies de Q-R passionnants.
À chaque fois, les salles sont pleines et les participant.e.s enthousiastes, c’est fantastique comment ce travail de longue haleine pour le cinéma d’auteur.e porte ses fruits.

Vendredi matin, pour la Master Class, un nombre incroyable de jeunes, certaines classes de lycée sont venues en bus pour la durée du festival. Beaucoup de cinéphiles de La bobine aussi. Ça fait chaud au cœur.
En parallèle, beaucoup de questions sur la suite du festival… En moins de 24 heures les consignes ont changé, pas plus de 100 personnes rassemblées, ce qui met en péril certaines projections et la table ronde du samedi. Certain.e.s invité.e.s doivent annuler, pour les autres, c’est le festival qui annule, finalement nous n’aurons été que quatre direct.eurs.rices de la photo présent.e.s.

Lycéens et cinéphiles parmi le public
Photo Louise Cornut

La Master Class à lieu dans ce climat-là… Comme nous sommes là, nous faisons au mieux…
Yonca Talu a fait un très chouette travail en traçant des ponts entre nos films et en choisissant des extraits en fonction. Merci à toi Yonca !

Ici, à Chalon, c’était un temps suspendu avant la tempête.
Nous sommes rentré.e.s, heureu.x.ses d’avoir pu honorer l’invitation et un poil inquiet.e.s d’avoir laissé des traces virales… jusqu’à la réponse de Janick, il y a quelques jours.
« Ravi d’avoir de vos nouvelles. Ravi de savoir que tout va bien pour vous.
Ici, a priori, le virus n’a pas circulé pendant le festival et toute l’équipe va bien.
Nous avons passé, grâce à vous, deux jours formidables dont on se souviendra longtemps. Merci de tout notre cœur. Cela nous permettra de convaincre nos partenaires financiers de poursuivre l’aventure l’année prochaine, enfin je l’espère !
Nous avons mis la vidéo de la Master Class en ligne sur notre site* et sur le site de l’AFC. Tout le monde était très satisfait de ce très joli moment. Yonca avait bien travaillé et la captation vidéo est bien sympa.
Je joins à cet envoi quelques photos. Tenez-moi au courant de l’avancée de vos prochains projets.
A très bientôt »

Un immense merci au festival pour l’accueil et la qualité du travail ! Nous avons dû raccourcir notre séjour, le festival s’est poursuivi en version "light", mais nous allons revenir l’année prochaine pour la table ronde, promis !
Et avec joie !

* www.chefop.org

De la nécessité des images, par Jopnathan Ricquebourg, AFC
On a fermé les cinémas, ces petits temples où l’on se presse pour voir apparaître sur un grand écran, ensemble, les images d’un ailleurs imaginé.
On a fermé les commerces qui ne sont pas nécessaires.
Qu’est-ce que c’est, une image nécessaire ?

Je pense à la photographie d’une chambre en Italie, où un homme mourant est entouré d’hommes et de femmes masqués. Je l’ai vue dans un article du New York Times ces derniers jours. Un christ au-dessus du lit, un mur de chaux couleur sable. Cette image me frappe, c’est la rencontre entre un monde qui paraît ancien, et un monde qui semble celui de demain. Une image d’aujourd’hui. Une image qui essaye de lutter contre la mort.

Est-ce que les images, c’est quelque chose qui reste une fois que le reste est mort ? Ou bien est-ce une manière de rendre vivace ce qui est à l’intérieur de nous ?

Nous avons rendu les images omniprésentes et nécessaires, mais faisons-nous des images nécessaires ? Des films nécessaires ?

Nous étions à Chalon pour parler d’image. C’était émouvant et important d’interroger nos pratiques. Merci à vous, merci au festival "Chefs’ op en Lumière" de continuer à nous permettre de partager ces moments.