The Big Friendly Giant

Par François Reumont pour l’AFC

La Lettre AFC n°296

Garrett Brown était l’invité d’honneur du Festival "Toute la mémoire du monde 2019" à la Cinémathèque française, le 15 mars. L’inventeur du Steadicam® s’est prêté à une conférence marquée par l’émotion, l’humour et la générosité dans une salle Henri Langlois pleine à craquer de cinéphiles et d’opérateurs Steadicam.

Du haut de ses deux bon mètres, son regard perçant et ses cheveux blancs font parfois penser à James Cameron en plus gaillard (dont il aime souvent citer les utilisations de son Steadicam). Avec une bonne surdose d’humour en réserve quand il mime les surprises et autres moments-clés de sa carrière.

De la genèse de l’invention (avec notamment une publicité automobile pour Subaru filmée en 1970 avec un caméra suspendue au bout d’une perche de 10 mètres sous un hélicoptère, projetée sous les yeux ébahis des spectateurs) aux premiers pas en filmant ses proches, Garrett Brown insiste sur cette passion pour le mouvement de caméra qui représente pour lui le cinéma.

Garrett Brown et Régis Prosper

On retiendra de ces deux heures historiques passées avec l’un des dignes descendants de Louis Lumière ou du professeur Chrétien (comme l’a introduit Laurent Mannoni) une personnalité et un charisme hors du commun. Quelques conseils aux opérateurs Steadicam débutants ou confirmés (première règle : souriez, ne tirez pas la langue avec application, bref, ayez toujours l’air cool et détendu - ne montrez jamais que vous souffrez, les réalisateurs détestent ça...), et une série de moments de l’histoire du 7e art, comme ce télex de Stanley Kubrick (alors en préparation de The Shining) qui lui annonce son vif intérêt pour la machine et lui demande aussitôt la hauteur minimale de l’axe optique quand on l’utilise.

Ce formidable passeur de technique a été ovationné par la salle entière et par la bonne vingtaine d’opérateurs Steadicam venus honorer l’homme qui a changé leur vie (et pas mal de films également). A l’image de ce simple plan improvisé en 1983 de quelques minutes tourné innocemment avec sa femme (qu’il avoue cadrer parfois un peu bas au niveau des fesses) sur les marches qui mènent au musée de Philadelphie.

Une des toutes premières bandes VHS tournées avec le premier modèle de l’appareil atterrit dans les mains de John Avildsen, réalisateur de Rocky, en plein tournage du film. Ce dernier voit soudain arriver le plan-séquence clé-en-main qui lui manque pour immortaliser l’entraînement de Stallone.
Ni une ni deux, Garrett Brown débarque sur le tournage et capture l’un des moments de cinéma qui marquera plusieurs générations.

C’est d’ailleurs sur une série de plans tournés par Garrett Brown sur ces fameuses marches, il y a quelques mois, que s’achève sa présentation. On y voit une nuée de personnes de tous âges, communiant en une sorte de pèlerinage filmique sur le lieu, pour s’immortaliser en grimpant les marches en petite foulée et en levant les bras. « C’est marrant », explique le natif de Philadelphie (qui y réside toujours), « quand je me balade en ville je vais voir ces marches et je suis à chaque fois stupéfait par le nombre de gens qui viennent imiter Rocky. »

« Ça me fait chaud au cœur naturellement... Je vais alors prendre un café avec le conservateur du musée, qui est un voisin. Et ce dernier me dit en souriant : "Il y a juste un truc que ta machine n’avait pas prévu, Garrett... Si seulement tous ces gens pouvaient ensuite entrer dans mon musée, ça, ce serait vraiment cool !" »

Un immense merci à Jacques Delacoux, sponsor de cette soirée avec Transvideo, et un grand bravo à Régis Prosper, de Cartoni France et Planning Caméra, qui a traduit avec décontraction et sourire (comme un vrai opérateur Steadicam) les propos de Garrett. Un événement qui sera à redécouvrir très bientôt en ligne sur le site de la Cinémathèque française.