L’Ange blessé

The Wounded Angel

Paru le La Lettre AFC n°264 Autres formats

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“Dans” les premières heures de l’indépendance du Kazakhstan, quatre contes moraux, quatre adolescents qui devront brûler leurs ailes pour survivre dans un pays encore marqué par un siècle de régime soviétique.
Le réalisateur Emir Baigazin
Photo Sylvain Zambelli


The Wounded Angel is the second film in a trilogy about teenagers and their complex relationship with the world. The first film, Harmony Lessons, featured intelligence and cold math, while the second is more focused on feelings. What is adolescence ? It is the most critical period for a person, when something can snap in the mind and a person gets lost forever. I am interested in whether I can find the stretched string within the teenager that is destined to snap. A readjustment of values - harsh, brutal, ravenous, but rightful in a way – follows. Why would a teenager and his inner world be interesting ? First, it is because of his inner contradictions and impudent honesty. This is what makes the world deeper, bigger and more complex for a teenager. In general, a teenager is a maximalist. He always tries to dig deep into the world’s problems, and he sincerely wants to save the people close to him from suffering. Teenagers are irrational. I am concerned with their unstable mentality and impulsiveness, which might sometimes.” – Emir Baigazin

Emir m’a approché par sa productrice, Anna Vilgelmi. Son précédent et premier film, Harmony Lesson, avait eu un prix au festival de Berlin en 2013. Là-bas, il avait vu La Religieuse qui était en compétition et sur lequel j’avais travaillé. Après m’avoir fait lire le scénario, nous avons échangé par Skype et, très vite, il m’a demandé de venir le rejoindre au Kazakhstan pour préparer le tournage. Je n’avais jamais lu un scénario pareil, un étrange mélange de réalité sociale et de poésie surréaliste. J’étais donc ravi de sa proposition.

Le film a été coproduit par Kazakh Film Studios. C’est une organisation d’Etat, installée à Almaty, un reste de la période soviétique, avec un fonctionnement encore proche de ce que ça devait être à cette période. Tout le matériel image devait être fournis par eux. J’ai donc dû "dealer", en permanence, avec cet organisme. Heureusement, la production m’avait adjoint un assistant personnel, Kairat Temirgali. Issu de l’école de cinéma d’Almaty, en section image, Kairat m’a beaucoup aidé et s’est avéré très efficace tout au long de la préparation et du tournage.
J’ai découvert dans leurs caves, sur leurs étagères, dans leurs bureaux et leurs hangars des choses extraordinaires. Une vraie caverne d’Ali Baba pour chef opérateur !

Heureusement, j’avais aussi demandé à la production de pouvoir venir avec mon assistant caméra et très précieux collaborateur, Sylvain Zambelli. Très vite, je lui ai confié la mission de tester tout le matériel caméra numérique susceptible de nous intéresser et de faire un choix en fonction de mes demandes.
Après beaucoup de péripéties, nous avons tourné avec une Red Epic venue d’un loueur privé d’Almaty et de Zeiss Ultra Prime de Kazakh Film Studios. Pour les filtres, introuvables sur place, TSF nous a fait parvenir une série complète de Hot Miror.

Pour la lumière, après beaucoup de recherches et de discussions, tout ce dont j’avais besoin comme projecteurs se trouvait dans les hangars. Le film étant en grande partie éclairé à la bougie ou dans la pénombre, j’avais apporté de France un jeu de Luciole de Maluna, loué chez TSF, en Nano et Pico. Tout le reste du matériel, dont je pensais avoir besoin pour travailler les pénombres et les effets bougie, a été trouvé avec mon chef électricien kazakh, Ilysha Miller, dans les boutiques du grand bazar d’Almaty et nous avons construit ça ensemble.

Le film tire son titre d’une toile du peintre symboliste finlandais Hugo Simberg. Ce tableau nous a beaucoup inspirés, de même que les nombreux tableaux et dessins faits par Sergey Kopylov, chef décorateur et proche collaborateur d’Emir.

"Wounded Angel", peint par Hugo Simberg
DR

J’ai tenté par la lumière et le cadre de retransmettre l’esprit, la naïveté et la simplicité de ces références. J’avais montré à Emir, comme référence pour les pénombres et les séquences éclairées à la bougie, les tableaux de Georges de La Tour. C’est vers ça que je me suis orienté bien que les décors souvent blancs peints à la chaux n’étaient pas l’idéal pour recréer ces références !
Emir travaille les scènes comme des tableaux, avec très peu de mouvements de caméra et de comédien, ce qui lui permet de contrôler tout, de façon très précise. C’est donc souvent extrêmement long, comme procédé de réflexion, de répétition et de tournage. Une fois la surprise passée, je me suis rendu compte que c’était ainsi que cela fonctionnerait et je me suis permis de faire de même !

Je suis resté neuf semaines au Kazakhstan. Nous avons préparé deux semaines et tourné 45 jours ! Au Kazakhstan, il n’y a ni loi ni règles, pour ce qui est des tournages et des conditions de tournage… Même si nous avions un statut privilégié, Sylvain et moi avons vécu avec les mêmes règles et les mêmes conditions que le reste de l’équipe pendant ces 45 jours. Certains jours, ces conditions se sont avérées dantesques…

La chambre d’Yves Cape et Sylvain Zambelli sur le tournage de "L’Ange blessé"
Photo Sylvain Zambelli

Heureusement, l’équipe très jeune qu’Emir avait montée autour de lui, toute issue de l’école de cinéma d’Almaty comme lui, s’est toujours avérée très sympathique et finalement assez efficace dans sa façon de travailler qui peut être parfois très particulière !

Un des quatre enfants du film "L’Ange blessé"
Photo Sylvain Zambelli

J’ai aussi eu le plaisir de rencontrer Azamat Dulatov, jeune et énorme gaillard, très talentueux opérateur local très reconnu. Il est venu me voir en me demandant de pouvoir assister au tournage à mes côtés ce qu’il considérait comme un véritable privilège !
L’équipe caméra était déjà tellement nombreuse (Sylvain avait six assistants caméra, imposés par Kazakh Film et leurs habitudes de travail) que j’ai hésité mais heureusement pas longtemps. Nous nous sommes tellement bien entendus que je lui ai confié les plans que nous avons faits au MOVI dans les mines. Son physique impressionnant et sa dextérité au cadre lui ont permis de cadrer ces séquences sans aucun problème. Kairat et Azamat formaient un parfait duo qui nous a beaucoup aidés sur le tournage, mais aussi en dehors…

Une grande partie du film se passe en intérieur nuit, soit éclairé à la bougie, soit à la lampe à pétrole, soit dans la pénombre. Comme souvent, j’ai décidé de m’appuyer sur ce qui existait et de rajouter juste ce qui était nécessaire pour que les informations soient là et pour avoir suffisamment de latitude à l’étalonnage pour encore jouer avec l’image. J’ai été bien aidé par cette caméra Red Epic très sensible "en bas de courbe" et par le HDR dont je me suis servi pour éviter au maximum la surexposition des flammes, des bougies ou des lampes à pétrole. La lumière d’ambiance était donnée par des guirlandes, sur dimmer, serpentant aux plafonds et équipées d’ampoules de 25 W. Les effets des bougies ou des lampes à pétrole étaient, eux, refaits soit par des cornets de frites avec des douilles et des ampoules de 25 W, soit des Lucioles Pico ou Nano sur dimmer aussi.

Pour les intérieurs jours, vu la difficulté à obtenir ce que je voulais, j’ai assez vite décidé de faire au plus simple ! Quand les scènes, l’orientation des décors et la météo le permettaient, j’ai plutôt joué avec des toiles et des "nets" noirs qu’avec des projecteurs.
Pour les extérieurs jour, je me suis contenté de décider précisément l’ordre des scènes à tourner en fonctions de la position du soleil.

Le film a été tourné en 4,5K en compression 6:1. En jouant avec toutes les métadonnées disponibles dans la caméra, nous avons étalonné les rushes du film, Sylvain et moi, sur le plateau ! Cela s’est avéré possible par l’extrême lenteur générale de notre tournage. Ce qui était au début une façon de passer le temps s’est finalement avéré un jeu fort agréable !
Emir à fait le montage à Almaty et Richard Deuzy a étalonné en deux semaines chez The Post Republique à Berlin où tout c’est très bien passé.

L’Ange blessé
Réalisateur et scénariste : Emir Baigazin
Production : KazakhFilm Studios JSC (Kazakhstan), Augenschein Filmproduktion (Germany), Capricci Films (France)
Producteurs : Anna Vilgelmi, Beibit Muslimov
Chef décorateur : Sergey Kopylov
Chef costumière : Kamilla Kurmanbekova

Équipe

Assistants caméra : Sylvain Zambelli et Kairat Temirgaliev
Chef électricien : Ilysha Miller

Technique

Matériel caméra : Kazakh Film Studios (Red Epic, série Zeiss Ultra Prime, filtres Hot Miror fournis par TSF Caméra)
Matériel lumière : TSF Lumière
Étalonnage : Richard Deuzy chez The Post Republique à Berlin