L’éditorial de septembre

P… de virus !, par Gilles Porte, président de l’AFC

by Gilles Porte AFC newsletter n°311

Les feuilles de service… Le casque audio sur les oreilles… Bashung… Christophe… Johnny Cash... Les flèches fluo… Vert fluo… Jaune fluo… Orange fluo… Les ventouses... Le régisseur, agrippé à son talkie, qui te dit que ce n’est pas ici que tu dois te garer… Le camion caméra avec son nez rouge de clown… Les camions électros… Le camion machino… Le groupe électrogène… La bijoute... Les loges… Michèle… Patrick… Thierry… Isabelle…

Le haillon qui déconne… La moto du perchman qu’on reconnaît… Son top case qui te rappelle que les motards ne sont pas tous les mêmes... Les cahiers de rapports… Rose… Bleu… Blanc… L’iPad de Lulu avec son autocollant du tour de France… Le PAT... La pâte américaine... L’italienne... La salade... Le viseur de champ... Les caisses d’optiques… Le 24… Le 35… Le 50… Le 75… Le zoom Angénieux… La Pee Wee avec son bras articulé, à l’instar de celui de son aïeule Moviola, qui installait des bombes sur les tarmacs américains… Les grandes branches… Les petites branches… La base… Le bazooka… Les projecteurs… HMI… Tungstène… A LEDs… Le ballon à hélium, qui ressemble à Batman avec son masque noir… Les pinces à linge... Le bac à pieds… Pied de 1 000… Baby… Wind Up… Long John Silver… Les balles de tennis fendues...Les toiles… De spi... De soie… Bounces… Les cadres… 216… 250… 251… 252… Hampshire… La face... Le Pillow… Les cubes… 15… 20… 30… 50… Base… Opérateur… Pédaline... Les bouts... Les borniols, qui doivent leur nom à une célèbre entreprise de pompes funèbres... Les cales… Sifflets… Plates… Les gueuses... Les rails… Les barres… La roulante de la caméra… La roulante des électros… La roulante des machinos… De l’accessoiriste… Son bric-à-brac… Lingettes… Gants en latex bleus… Pince à épiler… Deux balais qui dépassent…Poils durs… Poils tendres… Une plume… Les écrans vidéo… 25 pouces… 17 pouces… 7 pouces… 5,6 pouces… Les tentes… Noire… Blanche… La cantine… Les flèches fluo de retour… Extérieur jour… Crépuscule… Nuit… Le directeur de production qui te demande combien tu peux faire de plan(s) en 30 minutes… La scripte qui te répète que le montage a besoin du plan de passage de la voiture… Les gaffers… Noir… Blanc… Gris… Rose… Les petits boudins… Jaune… Rouge… Vert… Les marques sur le sol à la craie… 10…9… 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1…

C’est la rentrée !

Ici, une équipe entière d’électriciens qu’on remplace de toute urgence… Là, une équipe d’assistants caméra qui n’a pas d’autre choix que de quitter le plateau… Olivier, un fabriquant français qui se met en retrait du marché faute de pouvoir honorer ses factures... Une série Amazon interrompue parce qu’une comédienne est touchée…

Cet été, combien étions-nous à nous être interrogés afin de savoir à quoi ressemblerait la vie d’après mais cet "après", nous n’y sommes pas, alors il faut vivre "avec", masqués… En tissu… En papier… 200 par jour ici…

Etrange, cette période où personne ne peut vraiment se toucher, s’embrasser… Où il est conseillé de se méfier des foules, des figurants, des autres en général, de l’autre en particulier, des poignées de porte, de chaque objet, et où l’on prend conscience que le bas d’un visage définit aussi une personne… Son nez… Son menton… Sa bouche… Ses pommettes…
Que surtout les masques et les gestes barrières imposés ne nous empêchent pas de communiquer, de parler, de nous réunir, de s’engueuler, d’argumenter et de se rencontrer encore et encore… Associations… Etudiants… Responsables pédagogiques… Techniciens… Ouvriers… Directeurs de festival… Membres du CNC…. Loueurs… Partenaires techniques…

Et quand les espaces artistiques où "le vivant" est au centre rouvriront vraiment, alors pourrons-nous parler "d’après" car, aussi différent soit-il, cet "après" pourra-t-il se passer d’une salle de cinéma grande ouverte, d’une course au milieu de festivaliers pour ne pas rater une projection ou encore d’une soirée au théâtre qui nous permet parfois de découvrir une actrice avant de l’immortaliser sur grand écran ?

En vignette de cet article : Le ballon à hélium, "masqué", à la tombée du jour - Tournage du film Alors on danse, réalisé par Michèle Laroque / Nolita Cinema - Photo Gilles Porte.