La Caméra d’or 2009

par Diane Baratier
Cette année, vingt-six premiers films en compétition pour la Caméra d’or.
Régal de cinéphiles.
Le jury, était composé de six membres : Olivier Chiavassa, Charles Tesson, Sandrine Ray et Roschdy Zem...
Le jury de la Caméra d’or 2008
En avant plan : Edouard Waintrop, Diane Baratier, Charles Taisson
En arrière plan : Roschdy Zem, Sandrine Ray et Olivier Chiavassa

Olivier Chiavassa, connu par vous tous comme directeur d’Eclair et maintenant du groupe Quinta regroupant les entreprises Duran, Duboi, Scanlab, LTC, Cinestereo, SIS, et les audis de Boulogne.
Charles Tesson, maître de conférence d’histoire et d’esthétique, critique, auteur d’ouvrages sur Buñuel, Satyajit Ray, Kurosawa, théâtre et cinéma…
Sandrine Ray, réalisatrice de Vivante, long métrage sorti en 2002.
Edouard Waintrop, critique, essayiste, directeur du festival de Fribourg.
Roschdy Zem, président du jury, acteur, scénariste-réalisateur, ouvert aux autres, il a donné le la à nos débats et nous a mis à l’aise pour discuter et juger les films. Ce qui n’avait pas l’air d’être le cas dans tous les jurys… On a eu de la chance de tomber sur lui.
Heureusement, parce que ce n’est pas si simple de décider quand on connaît les conséquences pour la carrière du réalisateur de l’issue de notre choix.

C’était un bon crû que le crû 2009 au dire des habitués et nous avons discuté autour de 10 films qui méritaient tous le prix. C’est vous dire la difficulté et la concentration pour exprimer au plus juste nos impressions et les raisons déterminant nos décisions.
A titre personnel, je conseillerais le documentaire chinois Pétition, très beau film sur une poignée de Chinois résistants à toutes les pressions pour faire valoir leurs droits. Le réalisateur Zhao Liang a suivi pendant 14 ans ses personnages et notamment une mère et sa fille dont le mari a été tué pendant une visite médicale et qui n’a d’autres recours que de demander réparations à la cour des plaignants à Pékin malgré les rabatteurs qui tentent de la faire taire par tous les moyens.

Il y a le film israélien Eyes Wide Open, un film irako kurde Whisper With the Wind, I Love You Phillip Morris avec Jim Carrey, un film bulgare Eastern Plays, Une vie toute neuve d’Ounie Lecomte, J’ai tué ma mère, film canadien écrit, interprété et réalisé par un jeune prodige de 19 ans, tous ces films ont des qualités qui ne laissent pas indifférents, malgré tout il n’y avait qu’un prix et il fallait choisir.
Après de tenaces discussions, nous avons remis le prix au film australien Samson et Delilah. Ce film raconte une histoire d’amour entre deux adolescents aborigènes. Le réalisateur qui est chef op a assuré l’image du film pour conserver une intimité avec les deux jeunes interprètes non professionnels. Et il y est arrivé !
Il a tourné en 35 mm avec une Pana et une valise de mandarines, sans machino ni électro, ils étaient 12 en tout dans l’équipe. Tous les trucages sont faits à la prise de vues et le film rappelle le cinéma muet puisqu’il traite d’ados communiquant peu par la parole… pas si différents des nôtres.

Nous avons décidé de donner une mention spéciale au thriller Ajami qui avait des qualités complémentaires, un très bon scénario, avec à nouveau une interprétation hors du commun mais pas le sentiment du premier. Film coréalisé, les deux réalisateurs, l’un arabe palestinien et l’autre juif de Tel-Aviv, ont mis en place un système complexe et hors du commun pour aboutir à cette vérité dans la relation des personnages encore une fois non professionnels.

Tous ces films promettent un futur réjouissant, même s’ils ne se situent pas toujours sur notre territoire. Les expériences de production nouvelles qu’ils ont mises en place donnent un résultat neuf aussi bien dans la narration que dans la justesse et la finesse des rapports humains. Par contre, je n’ai rien trouvé de très nouveau dans l’image.
Pas de nouvelles matières, de nouvelles compositions ou invention. Pas de nouvelle pâte et regard d’un réalisateur qui amène son univers dans son rêve qu’il nous donne à voir.

Pendant le festival, je me suis amusée à poser une question toute simple, qu’est-ce que c’est pour vous un directeur de la photo ?
Je me suis rendue compte à quel point les gens l’ignorent et même ceux qui travaillent dans le cinéma. Je me demande si nous ne devrions pas y réfléchir pour rendre plus accessible aux autres l’image de notre métier et mieux communiquer.