Le Dernier des fous

Sortie le 3 janvier 2007 « Parfois notre métier n’est pas tant fait de technique ou de sens artistique que d’abnégation et de renoncement. La force d’un engagement politique ou d’une expression très intime, difficile à communiquer, d’une vision poétique peuvent nous inviter à abandonner nos bases, à dépasser nos limites ou, à l’inverse, à réduire nos ambitions pour ne pas entraver l’expression la plus juste d’une idée. Parfois c’est la confusion, le manque de préparation ou l’incapacité à communiquer qui régissent notre action. Travailler avec Laurent Achard sur Le Dernier des fous fut une expérience de cet ordre. »

« C’est Christophe Pollock qui avait été choisi pour photographier ce film et, trois jours avant le début du tournage, son état de santé l’en a empêché. J’ai été appelé à la rescousse et j’ai pris le train en marche. Le budget du film était hypertendu et j’ai accepté tous les choix posés avant moi par Christophe, pellicule, matériel et équipe, et je remercie Pukio, l’assistant caméra, et Jacques Bulot, le chef électricien pour leur constance dans l’effort et l’efficacité tout au long du tournage. Nous n’avions jamais travaillé ensemble, nous ne nous connaissions pas, et nous avons pourtant rapidement surmonté ce handicap. Malgré tout, la seule chose que je ne referais pas dans des circonstances similaires serait de prendre tous ces paramètres tels quels. La pellicule était la 5277 (Kodak). Je ne l’avais jamais utilisée, la trouvant trop douce, et, à défaut de préparation, j’avais besoin de repères francs. De même avec mon équipe, certains automatismes, certains choix artistiques n’étaient pas en place, et pas de période de rôdage.

J’avais déjà photographié le très beau premier long métrage de Laurent Achard, Plus qu’hier, moins que demain. Mais cette fois-ci j’ai trouvé un homme à vif, fatigué, angoissé. Alors il a fallu comprendre sans explications, sentir plutôt que décider et avancer au jour le jour dans un climat difficile. Au résultat, ce n’est peut-être pas le film où j’ai produit le travail le plus maîtrisé mais, de manière intuitive, j’ai construit une lumière où l’obscur est étrange, où la rudesse est vivante.

Les moments d’incommunicabilité que nous rencontrons de temps en temps dans notre travail sont un problème que nous connaissons et auquel nous essayons de faire face du mieux que nous pouvons. Ils sont naturels, on ne peut pas être en permanence conforme aux idées et aux références parfois très personnelles des auteurs que nous transcrivons par l’image. Par contre nous ne pouvons pas grand-chose pour accompagner des gens qui refusent de l’être, ou que nous ne pouvons pas rejoindre là où ils veulent aller. Alors ce qui devrait être une collaboration devient un travail solitaire. Et la seule chose que je puisse dire, c’est que, à l’autisme ambiant du film, s’ajoute le tempérament de Laurent Achard, et ma solitude, et celle de la scripte et de tous les autres, et qu’elles ne vont pas à l’encontre du film, mais que, peut-être, elles l’étayent.

Une pensée pour Christophe Pollock qui depuis nous a quittés. »

Technique

Pellicule : Kodak 5277
Matériel caméra : Iris Caméra (TSF)
Laboratoire : GTC