Comment avez-vous été impliqué dans le projet ?
Kristy Baboul : J’avais déjà travaillé avec Anna sur De l’or pour les chiens. Pour Love Me Tender, elle m’a associé très tôt, dès les premières phases d’écriture. J’ai ainsi pu suivre l’évolution du scénario et échanger avec elle sur le langage visuel du film bien avant le tournage.
Comment décririez-vous le look du projet ?
KB : Nous avons travaillé le look du film en amont du tournage avec l’étalonneur, Laurent Ripoll, qui nous a offert plusieurs directions possibles en matière de contrastes, de couleurs et surtout de textures. L’histoire s’étend sur deux ans et demi et traverse toutes les saisons, alors que nous n’avons pas tourné de façon chronologique. Avec Thomas Lefourn (chef électricien) et Robin Gaillard (chef machiniste), nous devions donc trouver une véritable cohérence visuelle, une lumière capable d’accompagner ce qui se joue émotionnellement pour le personnage principal incarné par Vicky Krieps. Les variations lumineuses ont été pensées comme des respirations narratives : par exemple, le dernier tiers plonge le film dans un hiver gris, froid, parfois sombre, qui accentue par contraste la lumière et la chaleur retrouvées de la scène finale. Le cadre s’élargit, la focale aussi, et comme le personnage, le film retrouve une perspective. Malgré les thèmes qu’il aborde, Love Me Tender devait rester un film lumineux.
Y a-t-il des références visuelles particulières qui vous ont inspirés ?
KB : Avec Anna, nous avons exploré de nombreuses références : le travail de la photographe Lise Sarfati, le cinéma allemand, notamment Wim Wenders, dont L’Ami américain et Les Ailes du désir, nous ont inspirés pour leur approche de la couleur et des nuits. Nous avons beaucoup mentionné les films d’Andreï Zviaguintsev, précieux pour la rigueur et la précision du cadre. James Gray, et surtout Two Lovers, a aussi été une référence importante pour sa manière de filmer la ville.
Mais la référence qui a le plus profondément marqué notre travail reste Andreï Tarkovski, et plus spécifiquement Le Miroir. Ce film nous a accompagnés du début du tournage jusqu’à l’étalonnage, autant pour sa poésie visuelle que pour son rapport à la lumière, aux contrastes et à la matière.
Qu’est-ce qui vous a amené chez Panavision pour ce projet ?
KB : Ma relation avec Panavision remonte à un stage que j’ai fait à Woodland Hills (Los Angeles) quand j’étais étudiant. Depuis mon premier film en tant que directeur de la photographie, Panavision m’a toujours accompagné et soutenu, en particulier Alexis Petkovsek, qui m’a souvent aidé à orienter mes choix. J’ai toujours été fasciné par la richesse de leur parc optique et par les solutions qu’ils sont capables d’apporter. Pour Love Me Tender, j’ai d’ailleurs longtemps hésité entre plusieurs séries : j’étais très attiré par les Ultra Speed, par la série H, et pendant un moment nous avons même envisagé de tourner en anamorphique.
Qu’est-ce qui vous a attiré dans les objectifs spécifiques que vous avez choisis ?
KB : Le choix des optiques est pour moi quelque chose d’instinctif, presque intime. Anna était d’abord séduite par l’anamorphique mais les distorsions trop marquées la freinaient. Panavision nous a alors proposé les Primo modifiés : à pleine ouverture, elles génèrent un bokeh légèrement ovale, rappelant l’anamorphique mais de manière plus maîtrisée. Cette stylisation subtile convenait parfaitement à Anna, notamment pour renforcer l’idée de filmer son personnage comme un "lonesome cowboy". J’ai également utilisé les Zeiss Super Speed. À pleine ouverture, ils offrent un rendu très doux, presque lacté, idéal pour les scènes d’intimité comme la dernière rencontre amoureuse du personnage. Selon moi, en fermant un peu, elles deviennent d’ailleurs plus précises, plus "sharp", ce qui me permettait d’adapter la sensation visuelle aux émotions. Enfin, nous avons beaucoup travaillé avec de longues focales et un zoom, surtout pour filmer Clémence dans la ville. Cela comprimait l’espace, réduisait sa perspective, comme si Paris pesait sur elle. Ce choix accentue son isolement tout en nous permettant de la filmer à distance, avec discrétion, sans jamais perturber la comédienne et son personnage.
Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir directeur de la photographie et qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui ?
KB : C’est une question difficile, mais je sais que ma passion pour le cinéma, la littérature et la peinture, en particulier tout ce qui touche au clair-obscur, en constitue la base. Le cinéma est pour moi un moyen unique de transmettre des émotions et de créer de l’identification. La possibilité de traduire visuellement des mots, un scénario, et d’accompagner un auteur pour trouver la forme la plus juste de ce qu’il souhaite exprimer… C’est sans doute cela qui m’a donné envie de devenir directeur de la photographie. Aujourd’hui encore, ce qui m’inspire, c’est cette recherche : trouver la lumière, le cadre et désormais, la texture la plus juste.
En
Fr

