Le cinéaste Michel Hazanavicius a fait partie de la trentaine d’experts qui ont suivi ces travaux. Le réalisateur du film plusieurs fois primé The Artist (2011) se dit « très content » du résultat : « Après le rapport de Pierre Lescure, en mai 2013, le rapport Bonnell propose une analyse remarquable du secteur. On a désormais deux outils. Ces derniers temps, la profession avait le sentiment qu’elle n’arrivait pas à se réformer. A présent, la montagne paraît accessible. Il faut saluer le volontarisme d’Aurélie Filippetti, la ministre de la culture, qui a initié ce travail de fond », dit-il.
Il évacue, en revanche, la question du cachet des comédiens : « Cela me désespère. On devrait laisser le sujet aux journaux people ! En revanche, il faut renforcer la transparence de la remontée des recettes, lors de l’exploitation d’un film. Faute de quoi, les comédiens et les réalisateurs ont parfois tendance à se prémunir en se payant sur le financement du film. D’où l’alourdissement des budgets », résume-t-il.
Autre expert, le directeur du cinéma du groupe Canal+, Manuel Alduy, a un avis plus mitigé. Du fait de la concurrence entre les diffuseurs, Canal+ s’inquiète de l’une des propositions du rapport visant à rendre les films disponibles plus rapidement en vidéo à la demande – dix-huit mois contre trente-six actuellement. Par ailleurs, Manuel Alduy s’étonne que « certaines propositions concernant la chaîne cryptée n’aient pas été discutées avec les intéressés. Bonnell dit : “Canal pourrait faire ci, pourrait faire ça…” Je réponds : Canal+ verra le moment venu ! »
Une autre piste du rapport Bonnell, prévoyant que certains films " ragiles " pourraient faire l’objet d’une exploitation directe en vidéo, fait bondir le Syndicat des producteurs indépendants. « C’est juste inacceptable », tranche sa déléguée générale, Juliette Prissard.
Lors de son discours de clôture, Aurélie Filippetti a déclaré que le rapport Bonnell ne resterait pas dans un tiroir. La commande avait été passée à ce spécialiste du secteur il y a un an, après la querelle déclenchée par la tribune de Vincent Maraval (Le Monde du 28 daté 29 décembre 2012). Le producteur et distributeur de Wild Bunch y dénonçait les cachets exorbitants des comédiens et réalisateurs stars au regard des résultats décevants de leurs films en salles.
Aurélie Filippetti a ainsi demandé au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) d’engager « immédiatement », avec la profession, des travaux complémentaires, notamment sur « la chronologie des médias ».
Elle a repris à son compte l’une des propositions du rapport visant à encadrer les budgets, et notamment les cachets des comédiens : René Bonnell appelle à l’autorégulation de la profession, faute de quoi des mesures contraignantes pourraient être prises.
Le communiqué du ministère de la culture ne dit pas autre chose : il s’agit de « limiter l’inflation, s’il le faut en conditionnant à la maîtrise des coûts certains soutiens ou investissements ».
Enfin, la ministre a retenu deux autres axes : le premier doit permettre d’assurer la diversité de la production ; le second a pour but de lutter contre l’inquiétant turnover des films en salles (beaucoup ne restent à l’affiche qu’une seule semaine), en n’excluant pas « un renforcement des engagements de programmation » des exploitants.
(Alain Beuve-Méry et Clarisse Fabre, Le Monde, vendredi 10 janvier 2014)
- Lire les documents se rapportant aux Assises pour la diversité du cinéma.
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