Two Pictures a Day in Amman, dernière page du journal de bord du film "3000 Nights"

Par Gilles Porte, AFC

La Lettre AFC n°245

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Conscients qu’un retour sur terre est toujours un passage délicat, Samuel et moi avons continué nos " Two Pictures a Day in Amman " deux jours après le clap de fin de 3000 Nights... Mais ce soir je ne demanderai pas à Samuel de me montrer sa photo du jour...

Ce soir, c’est fini... Ce soir, c’est le temps de dresser un premier bilan comptable :
- Samuel et moi avons posté 128 images fixes...
- 78 d’entre elles s’apparentent à des portraits...
- 7 sont des photogrammes...
- J’ai triché 14 fois afin de réunir plusieurs photos sur une seule image et, plus le temps passait, plus je trichais...
- J’avoue également qu’il m’est arrivé plus d’une fois de privilégier une légende à une belle image...

Chaque directeur de la photographie et chaque membre d’une équipe de tournage sait que notre profession exige " un devoir de réserve ", aussi est-il facile d’imaginer qu’il nous a été parfois impossible, à Samuel et moi, de rendre compte de certaines histoires qui n’appartiennent qu’à celles et ceux qui les vivent...

J’ai pris beaucoup de plaisir à faire ce journal de bord en pensant parfois à mes parents qui ne savent pas toujours très bien en quoi consiste le métier de leur fils... En imaginant que ma fille pouvait peut-être mieux comprendre ce qui me tenait si souvent éloigné d’elle... En me rappelant que ma concierge me croit toujours en vacances quand elle me voit filer à l’étranger avec ma valise pour plusieurs mois... En songeant aux amis qui se sont habitués à ne plus avoir de nouvelles régulières quand je suis happé par un film... Et aussi en ayant une pensée particulière à celles et ceux qui ignorent l’emploi du temps d’un intermittent du spectacle à l’heure où un statut est encore une fois remis en question...

Puisqu’il s’agissait d’un journal de bord en images, je souhaite terminer ces mots par deux images qui ne sont ni de Samuel ni de moi : deux images qu’on pourrait croire tirées de la fiction mais qui sont pourtant extraites " de la vraie vie "...

La première image parce que c’est la première photo que j’ai vue de Maisa (notre comédienne principale) avant même de la rencontrer... et parce que je la sais aujourd’hui de retour dans son pays, loin des caméras, à nouveau sur des barricades...

La deuxième image parce que je veux croire à un avenir différent au Moyen-Orient avant de décoller pour Paris où je trouverai toujours que les aéroports sont les plus beaux monuments de ma capitale...

PS : Merci encore à celles et ceux qui ont recueilli – sur les rivages de l’AFC – nos bouteilles jetées au milieu de grands creux, de petites vagues ou encore d’une mer morte...