Le Pouvoir

Quel documentariste n’a pas désiré un jour pouvoir filmer " le pouvoir ", en toute liberté. C’est ce que Pierre Favier et Patrick Rotman ont obtenu de François Hollande qui en a accepté le principe : laisser entrer une caméra à l’Elysée et filmer les premiers mois de son quinquennat. (D. G.)

Romain Winding a commencé ce tournage de mai à juillet, je l’ai poursuivi jusqu’en janvier. Après avoir filmé la cérémonie de passation de pouvoir, au milieu de tous les médias, les portes du " Château " ne se sont pas ouvertes facilement. L’équipe de communication de l’Elysée, habituée aux relations avec les médias, comprenait mal la particularité de l’approche documentaire de Patrick Rotman et Pierre Favier.
Le tournage a mis du temps à trouver sa forme ; peu à peu, nous avons été introduits dans les réunions, y compris dans un conseil des ministres (une première). Mais c’est François Hollande qui a dû à plusieurs reprises recadrer son équipe pour nous permettre de tourner.

Tournage sous les ors du "Château" de l’Elysée
Xavier Griette, au son, Pierre Favier, Patrick Rotman et Dominque Gentil, à la caméra - Photo Matthieu Normand


Introduits dans un salon ou un bureau, nous ne disposions que de quelques minutes pour saisir le sens des situations et capter les plans pertinents.
L’assistant image a dû souvent s’effacer pour nous permettre de nous glisser sous les ors de la République, dans la plus grande discrétion. Même le pied que j’aurais souvent désiré restait à la porte. Plus nous étions invisibles, plus nous retardions le fatal « Merci messieurs » du président, signe que François Hollande souhaitait retrouver ses conseillers ou ses ministres, dans la plus grande des confidentialités. La difficulté était donc de se faire discret.
Lors des déplacements à l’ONU, à Bruxelles, ou à Chaumont-sur-Loire, cela a été un apprentissage de trouver sa place au milieu des équipes de sécurité, de ne pas passer pour un journaliste, pour se maintenir dans le cercle rapproché du président.
Ce sont les visionnages en salle de montage qui ont permis de préciser notre façon de tourner et de se familiariser avec la sensibilité et les souhaits de Patrick Rotman.
Patrick désirait une forte proximité avec les personnes et souhaitait que le Palais de l’Elysée, son protocole et son décor pesant soient omniprésents.

Petit à petit, le style a été trouvé en tenant compte des contraintes qui étaient importantes. Le " stand by " permanent en attente de rendez-vous, qui s’improvisaient autant qu’ils s’annulaient, était rude pour les nerfs. L’inconnue du temps de tournage : prévu pour trois mois initialement, celui-ci s’est prolongé pendant sept mois.
Côtoyer le pouvoir de si près est aussi troublant : lors du tournage dans sa voiture, savoir qu’on va passer 30 minutes au coude à coude seul avec le président dans les encombrements parisiens, savoir qu’on ne se permettra pas de lui parler des intermittents… Alors ? Le sujet est venu de lui-même…

Romain a fait le choix matériel qui ne pouvait qu’être extrêmement spartiate : aucun éclairage, une caméra Sony EX 3 équipée d’un zoom Fujinon 13x4,5. La caméra Sony EX 3 était le choix judicieux, un capteur de taille raisonnable, et une fiabilité reconnue.
La sensation pendant le tournage avec ces petites caméras numériques est souvent très " insécurisant ". Il est héroïque de faire le point et de contrôler l’exposition à travers un viseur de pauvre qualité. Au final, l’image a résisté aux forts contrastes et aux colorimétries improbables des lieux, aux visages non maquillés. Le résultat, pour un outil si discret, est très satisfaisant.

Xavier Griette, l’ingénieur du son, a été un compagnon idéal : la qualité du son est étonnante, il a su bien négocier avec les très nombreux miroirs du palais. Mathieu Normand, assistant attentionné réussissait à rendre cette caméra confortable et fiable.
Merci à Romain qui m’a transmis la caméra pour tourner un film sur un quinquennat pas aussi " normal " qu’il était programmé…

Le Pouvoir, de Patrick Rotman, proposé et conçu par Pierre Favier et Patrick Rotman
Image : Dominique Gentil et Romain Winding
Son : Xavier Griette
Montage : Yvan Gailliard
Production : Kuiv : Michel Rotman, Rezo.

Technique

Matériel : TSF (caméra Sony EX3, zoom Fujinon 13 x 4,5)