A Pierre Gamet, ou Gazelle, ou Pierrot...

Par Gilles Porte, AFC

par Gilles Porte La Lettre AFC n°217

J’étais deuxième assistant... C’était mon troisième long métrage comme assistant caméra. Le directeur de la photographie était Patrick Blossier, la 1re assistante caméra Nathalie Durand, le chef machiniste Yves Vandersmissen et le chef électricien Rachid Madaoui... Gérard Depardieu venait d’interpréter Cyrano de Bergerac et Marie Gillain décrochait son premier rôle au cinéma devant notre équipe image...
C’était il y a tout juste 20 ans !
Bernard Chaumeil, dit "Nanard", et Pierre Gamet, dit "Pierrot"
Bernard Chaumeil, dit "Nanard", et Pierre Gamet, dit "Pierrot"
Tournage de Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau - Photo Yves Agostini

A l’île Maurice, sur le tournage de Mon père ce héros, j’ai découvert les raies manta, les nuits américaines, quelques projecteurs à arc et Pierrot & Nanard...
Sur le combo, dans la réserve, je guettais la pointe du micro qui venait tutoyer le cadre sans jamais y entrer et je regardais du coin de l’œil Patrick qui souriait derrière son œilleton chaque fois que Nanard se posait " sur le trait ".
J’ignorais tout du son et j’avoue qu’aujourd’hui je n’en connais pas davantage mais ce jour-là j’ai compris deux choses.
1 - Que plus le micro était proche de la source de celle ou celui qui émettait le son et meilleur le son serait pour Pierrot.
2 - Que parfois le " son " et " l’image " pouvaient se conjuguer de la plus belle des manières sauf sur un terrain de foot, le dimanche, quand il s’agissait de rencontrer des joueurs locaux qui voulaient se faire la peau des Parisiens sur lesquels, à ce moment-là, aucun Qatari n’aurait pris le risque de miser !

Mais avec Pierrot, on ne parlait, à cette époque, ni du Qatar, ni de Paris : on ne cessait d’évoquer la petite ville de Tarare où Pierre était né et que personne, sur l’île, ne connaissait.
Moi, je me souvenais d’une bosse qui m’avait marqué dans son bled. Je l’avais empruntée plusieurs fois à vélo, à l’époque, avec un dossard dans le dos.
Nous étions tous les deux issus de la région Rhône-Alpes et c’est con, mais à 10 000 bornes de Paris, ça nous avait rapprochés !

J’avais donc rencontré Pierrot en double, avec Nanard, et voilà que j’apprends qu’il nous a quittés sur une autre partie de double !
Mais qu’est-ce que t’as foutu, Pierrot, sur ce putain de terrain de tennis ?
Tu ne pouvais pas attendre bien sagement que la balle rebondisse vers toi plutôt que de te précipiter au filet ?
Si Nanard avait été avec toi, nul doute qu’il y serait monté au filet, lui, et qu’il se serait posé sur le trait, encore une fois, te laissant gérer, en fond de court, les tentatives de passings !

"Pierrot" Gamet sur le tournage des "Infidèles"
"Pierrot" Gamet sur le tournage des "Infidèles"
Photo Guillaume Schiffman


Tu nous manques beaucoup à l’AFC, Pierrot, comme tu manques beaucoup à tous ceux et celles qui ont eu la chance de te croiser.
L’autre jour, tes deux familles se sont réunies pour lever un verre au son de différents instruments dirigés par ton fils pendant que des images de toi défilaient sur un écran.
Même " hors champ ", tu continuais à forcer l’écoute.
Tu as réussi ce que peu d’entre nous ont préservé, Pierrot et, pour être sincère, en écrivant ces mots, je me rends compte que je ne connais pas d’autres exemples dans notre profession aujourd’hui... En ce sens, tu étais là aussi un p... de repère !

Puissions-nous tous, comédiens, auteurs, réalisateurs et techniciens, ne jamais oublier ton humilité, ta grande classe, ton immense professionnalisme, ta grande sensibilité, ton énorme sourire et les parties de doubles avec celui avec qui tu disais avoir passé plus de temps qu’avec celle que tu n’as cessé d’aimer...