Albatros

Tourné pendant l’hiver 2019/2020 dans un rayon de 30 km autour d’Etretat, Albatros commence comme une chronique de la vie d’un gendarme en pays de Caux (dans la veine du Petit lieutenant) jusqu’à ce que celui-ci tue accidentellement un homme. Le film devient alors beaucoup plus mental, la parole se faisant de plus en plus rare, la mer devenant le lieu où le gendarme se bat avec lui-même.

Ce projet présentait deux challenges pour moi : trouver une méthode de travail avec Xavier Beauvois avec lequel je travaillais pour la première fois comme chef opérateur, et résoudre les problèmes que posent les tournages en pleine mer, sur un voilier de 7 mètres, avec en plus, une séquence de tempête. Xavier est un esthète instinctif et il ne faut pas beaucoup de temps pour s’apercevoir que le découpage ou le choix de tourner en intérieur ou en extérieur, est décidé par lui le jour même, en fonction du temps qu’il fait, de sa mise en scène et de son inspiration. C’est une façon de faire avec laquelle je me sens assez à l’aise car je l’ai beaucoup pratiquée avec André Téchiné.

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Mais le vrai problème concernait les séquences en mer. Souvent assez agitée au large de Fécamp en hiver, tout plan paraissait très compliqué, soit parce que la place disponible sur le voilier ne permettait aucune installation, soit parce que les vagues – aussi petites soient-elles – rendaient les prises de vues en dissocié très chaotiques. Sans compter les risques que l’on fait prendre au matériel dans cet environnement aquatique et salin.
Ce n’est que trois semaines avant le tournage, profitant d’essais filmés avec l’Alexa Mini LF et la série Signature Prime tout juste disponibles en France, que j’ai voulu tenté d’utiliser le Stabe One en mer pour voir si physiquement je pouvais maîtriser cet outil (que je pratique beaucoup depuis quelques années) sur le voilier ou en dissocié sur un zodiac.

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Cette intuition s’est révélée être la bonne à plusieurs titres : d’abord parce ce que dès les essais nous avons pu faire de nombreux plans sur mer agitée avec un dispositif très simple (Easy Rig + Stabe One). Ensuite, parce que mon chef machiniste Edwin Broyer a pu envisager de nombreux dispositifs qui m’ont permis, pendant le tournage, de rendre l’exercice physiquement moins pénible.
De même, mes assistants, Raphaël André et Marie Deshayes, ont pu imaginer et fabriquer diverses protections pour la caméra et le stabilisateur, efficaces en toute situation. Et enfin et surtout, parce qu’à ma grande surprise, Xavier Beauvois (qui déteste le Steadicam) a adoré ce que je faisais avec cet outil et se l’est approprié en se mettant à l’utiliser beaucoup sur terre. Il avait à cœur de montrer la réalité de la vie d’un gendarme de province mais aussi la réalité sociale de cette région.

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Nous avons tourné en décor naturel, dans la véritable gendarmerie d’Etretat, dans les pavillons attenants où les gendarmes habitent, dans une maison de pêcheur typique de Fécamp. Tous ces décors étaient très étroits (sans parler du voilier) et rendaient toute utilisation de dolly et de rails quasiment impossible. Le Stabe One nous a permis de relier les espaces et de filmer les personnages en accordant une grande importance aux endroits qu’ils occupent.
Pour palier une météo très variable et une durée de lumière du jour très courte en cette saison, nous avons conçu, avec Christophe Duroyaume mon chef électricien, un éclairage venant uniquement de l’extérieur, composé principalement de Skypanel 30, 60 et 360, nous permettant d’une part de varier rapidement l’intensité et la température de couleur de la lumière, et d’autre part de tourner à 360°dans les décors.
J’ai pu aussi m’appuyé sur le travail subtil mais essentiel du chef décorateur Yann Mégard, sur son sens des matières, des couleurs et des points de lumière artificielle. Ainsi, pendant tout le tournage, je me suis laissé guider par Xavier, au gré de ses intuitions, de son inspiration, de son sens du cadre, en savourant l’impression d’avoir trouvé ma place, impression que j’ai partagée avec toute mon équipe. Et je considère que c’est vraiment une grande chance d’avoir travaillé avec ce cinéaste.

  • Lire ou relire l’entretien accordé par Julien Hirsch à Arri Camera System en mars 2021.
  • Bande annonce officielle :

    https://youtu.be/46zQxMGCWsU

Portfolio

Équipe

Premier assistant opérateur : Raphaël André
Seconde assistante opératrice : Marie Deshayes
Chef électricien : Christophe Duroyaume
Chef machiniste : Edwin Broyer
Etalonneur : Richard Deusy

Technique

Matériel caméra : Transpacam (Arri Alexa Mini LF et série Signature Prime)
Matériel lumière : Transpalux
Postproduction : M141