Alfonso Cuarón raconte à Emmanuel Lubezki comment il a tourné "Roma"

Devenu son propre chef opérateur, le réalisateur s’interrogeait : "Que ferait Chivo ?"

La Lettre AFC n°293

Le site web amériain IndieWire, dédié au cinéma indépendant à travers de nombreux articles ou entretiens, vient de mettre en ligne un dialogue entre Alfonso Cuarón et Emmanuel “Chivo” Lubezki, où le fidèle directeur de la photographie interroge le réalisateur sur ses choix et la façon dont il a mis en images, lui-même, son dernier film, Roma.

C’est sur un plateau des studios Raleigh à Hollywood, le 14 décembre dernier, qu’Alfonso Cuarón était interrogé par son ami et collaborateur de longue date, Emmanuel “Chivo” Lubezki, avec lequel il a tourné déjà six films depuis 1991 (Uniquement avec ton partenaire, La Petite princesse, De grandes espérances, Y tu mamá también, Le Fils de l’homme et Gravity).
Rappelons pour mémoire que Lubezki est le seul directeur de la photographie à avoir reçu l’Oscar trois années consécutives : en 2014 pour Gravity, d’Alfonso Cuarón, en 2015 pour Birdman, d’Alejandro González Iñárritu, et en 2016 pour The Revenant, du même Alejandro González Iñárritu.

Alfonso Cuarón et Emannuel Lubezki sur le tournage de "Gravity", en 2013

Alfonso Cuarón répond à Emmanuel Lubezki quant à son choix de tourner en noir et blanc avec une Arri Alexa 65 au format 2,35:1 avec des optiques Primes 65 ainsi que son approche de la lumière. Extraits...

Emmanuel Lubezki : Pourquoi le noir et blanc ?

Alfonso Cuarón : Je ne voulais pas d’un film au look vintage, qui ait l’air ancien. Je voulais faire un film moderne tourné vers le passé. C’est un noir et blanc contemporain, le noir et blanc fait partie de l’ADN du film.

Lubezki : Tu installais la caméra. Tu t’adressais aux acteurs. Quand avais-tu le temps de t’occuper de la lumière ?

Cuarón : C’est une question essentielle. Prenons la séquence dans la salle à manger. Je connaissais à peu près la scène. La nuit précédent le tournage, une équipe supplémentaire effectuait un pre-light, on pré-installait et je finalisais ensuite. C’était le processus. Occuper la fonction de directeur de la photographie m’obligeait à être présent sur le plateau toute la journée (...). Quand j’étais en train d’éclairer et de mettre en place, je me disais : "Que ferait Chivo ?".

Capture d’écran