Charles-Henry Montel, cadreur, nous a quittés

Par Philippe Houdart, cadreur
C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris le décès, le 9 mars dernier, à 94 ans, de Charles-Henry Montel qui nous a quittés tranquillement avec, semble-t-il, la même sérénité que celle qu’il dégageait lorsqu’il opérait aux manivelles d’une caméra.
Charles-Henry Montel, Caméflex à l’épaule, sur le tournage du "Cercle rouge", en 1970
De g. à d. : Henri Decaë, Charles-Henry Montel, Jean-Pierre Melville et Bernard Stora - DR

Ayant débuté sa carrière de cadreur au tout début des années 1950, Charles-Henry a, tout au long de la seconde moitié du vingtième siècle, travaillé auprès de grands réalisateurs (André Hunebelle, Denys de la Patellière, Anatole Litvak, Louis Malle, Jean-Pierre Melville, Claude Chabrol, Claude Sautet, John Frankenheimer et surtout Gérard Oury et Henri Verneuil dont il fut longtemps l’indispensable collaborateur) et de directeurs de la photographie dont principalement Henri Decaë et Claude Renoir. Il fait donc partie de cette génération de cadreurs qui ont connu une évolution phénoménale de leur outil de travail, commençant leur carrière en cadrant à travers la pellicule et la terminant en utilisant la Louma et les caméras télécommandées.
Si nombre d’entre nous l’ont côtoyé professionnellement, nous avons tous un jour eu l’occasion de voir les films cadrés par Charles-Henry Montel, tant Le Capitan et Le Capitaine Fracasse, Le Clan des Siciliens, Le Cercle rouge, Les Aventures de Rabbi Jacob ou Peur sur la Ville font partie des classiques du patrimoine du cinéma français.

J’ai rencontré pour la première fois Charles-Henry lorsque j’étais un jeune second assistant caméra et ai été tout de suite fasciné par le calme et la dextérité avec laquelle il manipulait ses manivelles, avec une douceur et une facilité d’exécution qui pouvait faire croire que tout cela était d’une grande simplicité. Il était, pour chaque plan, aussi attentif à la précision des cadrages qu’à la fluidité des mouvements et ne se départissait pas d’un calme olympien, que certains d’ailleurs lui reprochaient alors que ce n’était de sa part qu’une façon de préserver sa concentration.
Car, pour avoir eu la chance de travailler à ses côtés ensuite de nombreuses fois et lier avec lui des contacts d’amitié qui n’ont pas cessé après son départ à la retraite, je peux témoigner qu’il possédait un grand sens de l’humour et que, si le faire rire sur un tournage n’était pas chose facile – mais j’y suis arrivé ! – il n’était pas le dernier à apprécier les plaisirs d’un bon repas ou d’une discussion entre amis. Et c’est ce Charles-Henry Montel-là, tout autant que le grand professionnel de l’image qu’il a été, qui restera à jamais dans la mémoire de ceux qui ont eu la chance de partager son amitié.

Rechercher une photo de tournage fait vagabonder l’esprit d’une pensée à l’autre. Et en voyant celle envoyée par Philippe Houdart*, un détail me frappe. Les opérateurs de cette génération – celle des Decae, Montel, Lauliac – avec lesquels j’ai travaillé, portaient volontiers une casquette, le plus souvent à motif pied de poule !
De Charles-Henry, casquette mise à part, il me reste le souvenir de ses mains d’artiste, sa façon inouïe de lancer ses manivelles et de les rattraper du bout des doigts, le cigare vissé au bord des lèvres ; l’aisance d’un corps en mouvement avec la caméra qui s’éteignait une fois l’œilleton quitté.
Isabelle Scala

* Sur Le Caviar rouge – NDLR