Françoise Eléfantis vue par Jean-Louis Fournier

La Lettre AFC n°172

Je me rappelle très bien ce début d’année 1976, lorsque Bernard Jubard a intégré Françoise Eléfantis dans la division cinéma et télévision de Kodak-Pathé pour assurer les relations commerciales avec les équipes de production ciné. J’avais rejoint cette division au mois de novembre précédent, nous étions les deux jeunots.
Françoise Eléfantis et Jean-Louis Fournier
Françoise Eléfantis et Jean-Louis Fournier
lors du Festival de Cannes en 1992

Elle venait de la production cinéma et connaissait très bien les directeurs de production et surtout les chefs opérateurs, moins bien la technique et les pellicules. Je venais du Centre de Technologie Kodak et si je maîtrisais assez bien la technique et les pellicules, je connaissais très mal les directeurs de la photographie et leur pratique. Nous étions donc complémentaires et faits pour nous entendre et devenir des amis de trente ans.

Nous sommes devenus de vrais amis, mais nous nous entendions comme chien et chat. Françoise a tout de suite pris à cœur son rôle d’intermédiaire entre Kodak et les directeurs de la photographie et faisait remonter les réclamations et les demandes de ceux-ci de manière véhémente. Et lorsque je lui demandais des éclaircissements techniques pour que nous puissions réagir, cela entraînait des " disputes " mémorables. La discussion était très animée, certains diraient homérique ! Françoise avait un sacré tempérament.
Mais ces échanges, qui se sont poursuivis des années, étaient constructifs et se terminaient plus calmement lors d’un déjeuner où Françoise me préparait un programme de rencontres, de visites sur des tournages, pour que je contacte directement les directeurs de la photo. C’est grâce à Françoise que leurs besoins ont pu mieux être pris en compte lors de l’élaboration de nouvelles négatives. Nos relations se sont apaisées après son départ en retraite.

C’est sa ténacité comme avocate des chefs opérateurs qui a permis de modifier le rendu des ombres des images en améliorant notamment le contraste du pied de courbe sensito et en créant un " look " particulier, plus doux, avec les négatives Ultralatitude puis Expression.
On dit que personne n’est irremplaçable. Pour moi, comme pour beaucoup, Françoise est irremplaçable. " The show must go on ", mais il ne sera plus tout à fait le même. Adieu Fanchon, je suis certain de penser à toi lors de mes cours de sensito, même, peut-être surtout, à cause de nos discussions passionnées.