Le monde en-chanté de Jacques Demy

Exposition et rétrospective à la Cinémathèque française

La Lettre AFC n°230

L’œuvre cinématographique de Jacques Demy dessine un monde. Un monde de villes portuaires (Nantes, Nice, Cherbourg, Rochefort, Los Angeles, Marseille), traversé de chassés-croisés amoureux, où l’imaginaire a toujours raison de l’impossible. Dix-huit films que le cinéaste désirait tous "liés les uns aux autres".
Couverture du catalogue de l’exposition
Couverture du catalogue de l’exposition

Comédie humaine pop, hantée d’une pléiade de personnages en-chantés, à la sensualité chromatique explosive, qui apparaissent dans le champ avec une précision méticuleuse, pris dans le filet géométrique d’une mise en scène au cordeau qui fait de Demy (1931- 1990) un des plus grands perfectionnistes du cinéma français. Et un des seuls à avoir interrogé le devenir musical du septième art.
L’univers de Jacques Demy se compose de marins, forains, fée des Lilas, ouvriers, jumelles excentriques, artistes rêveurs ou marchand de télé. Il est un de ces cinéastes magiciens qui a su garder son enfance intacte, continuant d’y puiser tout au long de sa vie son énergie créatrice.

Puissance de sublimation inassouvie, présente aussi dans sa pratique du dessin (dès les années 1940), de la photographie et de la peinture (dans les années 1980), que l’exposition révèlera pour la première fois aux côtés de clichés inédits de sa compagne Agnès Varda, et d’œuvres réalisées par ses plus proches collaborateurs. En particulier, les créations musicales de Michel Legrand (son " frère de cinéma ") ainsi que les gouaches fauves du décorateur Bernard Evein, qui l’accompagna durant toute sa carrière. Mais l’œuvre de Demy outrepasse la seule histoire du cinéma pour s’inscrire dans celle de l’art du XXe siècle. Pour prouver ce postulat esthétique, l’exposition, construite de manière chronologique, confrontera les films avec des œuvres originales d’artistes dont Demy a explicitement revendiqué l’influence : Raoul Dufy dont l’aquarelle La Baie des anges inspirera le film éponyme de Demy, David Hockney pour sa représentation lumineuse de la Californie ou Leonor Fini pressentie pour créer les costumes fabuleux de Peau d’âne.

Revoir les films de Jacques Demy, c’est aussi redécouvrir les images de Ghislain Cloquet (Les Demoiselles de Rochefort, Peau d’âne), Raoul Coutard (Lola), Jean Penzer (Lady Oscar, Une chambre en ville, Trois places pour le 26), Jean Rabier (La Baie des anges, Les Parapluies de Cherbourg), Jean-François Robin, AFC (Parking), Peter Suschitzky (Le Joueur de flute), Andréas Winding (L’Evénement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune), etc.