Mário Carneiro

par Marc Salomon, membre consultant de l’AFC

La Lettre AFC n°169

Nous avons appris le décès du cinéaste brésilien Mário Carneiro survenu à Rio de Janeiro le 2 septembre dernier (Le Monde, 9-10 septembre 2007). Il était âgé de soixante-dix-sept ans.
Mario Carneiro à l’œilleton d’une Arri II C

Avec Mário Carneiro c’est une des grandes figures du cinéma brésilien qui disparaît, un des opérateurs majeurs dans la mouvance du Cinéma Novo et qui travailla principalement avec les réalisateurs Paulo César Saraceni et Joaquim Pedro de Andrade.
Il était le descendant d’une grande famille d’humanistes, son grand père, Mário Barbosa Carneiro, avait créé en 1910 avec Candido Rondon la SPI (Société protectrice des Indiens) et son père, Paulo Carneiro, chimiste de formation (il travailla comme chercheur à l’Institut Pasteur à la fin des années 1920) et diplomate (il fut ambassadeur du Brésil à l’Unesco) était pétri du positivisme scientifique d’Auguste Comte. Il avait même fondé l’Association internationale La Maison d’Auguste Comte (aujourd’hui 10 rue Monsieur-le-Prince à Paris) où une salle de lecture qui porte son nom fut inaugurée en 2001.

Mario Carneiro, autoportrait dans les années 1950

Mário Carneiro était né en 1930 et partagea donc sa jeunesse entre Paris (où il étudia la peinture et la gravure tout en fréquentant assidûment la Cinémathèque française) et le Brésil (où il étudia l’architecture et côtoya Oscar Niemeyer). De retour au Brésil dans les années 1950, il découvrit aussi Limite – œuvre d’avant-garde et unique film réalisé par Mário Peixoto en 1931 – et commença à tourner des petits films personnels armé d’une caméra Paillard-Bolex. C’est le célèbre compositeur Vinicius de Moraes, ami de son père, qui l’encouragea dans cette voie.

Il signe les images et co-réalise avec Saraceni un court métrage en 1960 (Arraial do cabo) puis, l’année suivante, Peau de chat de Joaquim Pedro de Andrade (un épisode de Cinco Vezes favela). Dans un superbe noir et blanc parfaitement nuancé, le film nous montre des enfants des favelas qui volent des chats dans les beaux quartiers de Rio pour vendre leur peau à des fabricants de tambours. Suivront Porto das caixas de Saraceni (1962) d’après un roman de Lúcio Cardoso qui s’inspire d’une histoire vraie (une femme malmenée par un mari frustre et brutal décide de l’assassiner), un des films fondateurs du Cinéma Novo qui fait référence au Néo-Réalisme italien.
Puis Garrincha de J. P. de Andrade, documentaire sur Manuel Francisco dos Santos, dit Garrincha, star du football brésilien. Mário Carneiro retrouve J. P. de Andrade en 1965 avec Le Prêtre et la jeune fille : dans la région aride et désolée de Minas Gerais, un jeune prêtre s’éprend de la seule et belle jeune femme du village qui fut l’amante du curé qui vient de mourir (un film qui conduit « un thème digne de Buñuel vers un scepticisme proche de Robert Bresson », disait Glauber Rocha).

Les images en noir et blanc superbement contrastées et ciselées vaudront à Carneiro une réputation de formaliste. Il revendiquait d’ailleurs l’influence de la gravure dans son travail par le goût des noirs d’encre et des contours dessinés par la lumière. Il poursuivra sa collaboration avec Paul César Saraceni (Capitu en 1968, A casa assassinada en 1971, O viajante en 1999) mais aussi occasionnellement avec Domingos de Oliveira (Toutes les femmes du monde en 1967), Leon Hirzman (Nelson Cavaquinho en 1969) et Glauber Rocha avec un court métrage documentaire sur le peintre Di Cavalcanti en 1977.

Il avait lui-même réalisé un film en 1976 : Les Gros et les maigres (images de Pedro de Moraes, fils de Vinicius et photographe de renom). Mário Carneiro jouissait d’une grande notoriété au Brésil, la chaîne de télévision Canal Brasil lui consacra une soirée-hommage cinq jours après sa mort.
On pourra découvrir une partie de son travail grâce au superbe coffret de 5 DVD consacré à Joaquim Pedro de Andrade que vient d’éditer Carlotta.
On trouvera aussi sur le site Web de l’Association brésilienne des directeurs de la photographie (ABC) un long et passionnant entretien
(en portugais) avec Mário Carneiro réalisé par Lauro Escorel auquel nous empruntons quelques unes de nos informations.

Lire également, toujours en portugais, un autre entretien avec Mário Carneiro sur le site www.cenaporcena

Mario Carneiro dans son atelier de Rio