Retour sur la Master Class de Paul Guilhaume, AFC, à propos du film de Jacques Audiard, "Les Olympiades"

Après sa participation en compétition officielle au Festival de Cannes, le nouveau film de Jacques Audiard, Les Olympiades, sorti le 3 novembre, a été présenté au festival Camerimage. L’occasion pour le chef opérateur, Paul Guilhaume, AFC, de présenter son travail, lors d’une Master Class succédant à la projection. (MC)
Photo Shanna Besson

Paul Guilhaume entame sa présentation par la principale volonté de Jacques Audiard ayant orienté ses premières recherches : il fallait que le noir et blanc soit brillant. En découvrant les photographies d’Anders Petersen, le chef opérateur définit ce qui donne la sensation de brillance selon lui : des contrastes pointus et à toutes les échelles de l’image, du contraste global de la scène à ce qu’il nomme les micro-contrastes, qui donnent un effet argenté quand la définition de l’image est suffisamment élevée pour faire se juxtaposer des détails sombres et des détails clairs.

Deux photographies d’Anders Petersen
Deux photographies d’Anders Petersen


Il s’oriente ainsi vers des images principalement denses, mais qui toutes présentent une référence du blanc le plus lumineux et du noir le plus profond possible, afin que la juxtaposition de ces deux extrêmes renforce la sensation de brillance. Il s’inspire pour cela du film Lenny, de Bob Fosse. Pour donner un look moderne au film, et éviter à tout prix une assimilation à la Nouvelle Vague en filmant Paris en noir et blanc, l’équipe écarte volontairement le tournage en pellicule et s’oriente vers un couple Sony Venice et Leica Sumilux. Cette combinaison permet également de tourner dans des situations de très basse lumière. « Les Leica Sumilux avaient en plus la spécificité de créer des bokeh plus sombres au centre qu’aux contours, ce qui créait naturellement des effets de micro-contraste », complète le chef opérateur.

Dustin Hoffman dans "Lenny", de Bob Fosse
Dustin Hoffman dans "Lenny", de Bob Fosse


Le film est tourné en couleur, pour un rendu final en noir et blanc. Paul Guilhaume explique s’être servi de la couleur comme d’un outil, qui lui permettait, grâce aux LUT puis à l’étalonnage, d’affiner avec précision la densité de chaque élément. Noémie Merlant était par exemple équipée d’une perruque verte, permettant lors du passage en noir et blanc de donner un effet blond, qu’il pouvait venir retravailler très précisément à l’étalonnage et rendre plus brillant, sans impacter pour autant le reste de l’image. Il présente des extraits, d’abord en noir et blanc puis en couleur, afin d’illustrer sa présentation. Il explique avoir étalonné les dailies tous les soirs sur Baselight, afin que le montage soit fait au plus proche du rendu final.

Noémie Merlant
Noémie Merlant


Jacques Audiard est un réalisateur aimant tourner très vite, et avec un sens du mouvement qui laisse son chef opérateur admiratif. Pour suivre le rythme, le tournage se déroule à deux caméras, mais jamais dans des axes diamétralement opposés. Le chef opérateur remontre au public une scène qui caractérise le sens du mouvement perpétuel du réalisateur, où chaque mouvement est relayé par un autre. L’interruption du personnage entraîne le déplacement de la caméra. Et quand celle-ci s’arrête à son tour, la lumière prend le relais, et l’ombre des rideaux portés par le vent vient faire danser ombres et lumières sur les murs... « Puisque le cinéma est l’art de l’image animée », commente Paul Guilhaume, « alors Jacques Audiard est un artiste impressionnant ».

(Compte rendu rédigé par Margot Cavret, pour l’AFC)