Selfie

Dans le texte qui suit, le directeur de la photographie Pierre-Hugues Galien, AFC, parle de son travail aux côtés des cinq réalisateurs du film Selfie, pour lequel il a tourné avec une caméra Panavision DXL et des optiques Primo 70.
Photo Maria Camille Orlando


Pierre-Hugues Galien, AFC, tournait durant l’été 2018 le long métrage Selfie (Mandoline Films), avec une DXL et une série Primo 70, dont la motorisation interne a été finalisée pour l’occasion. Le film se compose d’histoires courtes réalisées par Tristan Aurouet, Thomas Bidegain, Marc Fitoussi, Cyril Gelblat et Vianney Lebasque. S’étant penché sur la filmographie et les goûts visuels des réalisateurs, Pierre-Hugues pensait que les choix de ratio et de surface de capteur allaient varier de l’un à l’autre (du Super 35 sphérique au 2,40:1 anamorphique). Or, aux essais filmés, tous se sont approprié ce format proche du 65 mm en choisissant le ratio 1,85:1, en (presque) Full Frame. L’homogénéité visuelle du film se ferait donc sur la perception de l’espace et la profondeur de champ liée à la grande taille du capteur, ce qui laisserait plus de liberté à Pierre-Hugues pour créer une esthétique différente d’un segment à l’autre, en travaillant plus précisément sur l’adéquation de la lumière et du pré-étalonnage "on set".

Photogramme


« Le travail sur le rendu de l’image sur le plateau est un moyen de garder une trace sensible de l’émotion que l’on ressent auprès des comédiens pendant la prise. Cette approche était déterminante. Comment réussir un film avec cinq réalisateurs différents ? Il faut rester extrêmement connecté à ce qui se passe sur le plateau. Chaque réalisateur a une personnalité et une manière de travailler différentes. Si l’on reste connecté à ce qu’ils nous font ressentir à la mise en scène, chaque segment du film sera juste et aura sa personnalité. Pour que le film reste néanmoins homogène, la présence de l’équipe est déterminante. La préparation a dû être très précise. La direction artistique, que nous avons élaborée avec le chef décorateur Johann Ageorges, a commencé très tôt. Le choix des décors en amont du film a permis d’élaborer le découpage sur les décors et de ne pas avoir à l’improviser le matin du tournage. Chaque réalisateur a apprécié cette méthode. L’équipe est restée la même pendant le tournage des cinq segments. Le rôle de chacun a pris une valeur particulière. Chaque technicien était alors très impliqué dans la construction globale du film. »

Jean-Bernard Lortie (à gauche), chef électricien - Tournage du segment réalisé par Thomas Bidegain (absent sur l’image)
Photo Maria Camille Orlando


A l’image, les choix qui ont été faits devaient poser une esthétique à la fois globale pour le film mais aussi plus nuancée pour chaque partie. La DXL et son grand capteur permettent un travail sur le rendu de l’espace filmé assez intéressant. On peut parler du modelé et du rendu de la profondeur (de la troisième dimension "z") qui deviennent assez remarquables en grand format. Sur le tournage de Selfie, les metteurs en scène ne parlent pas tellement de modelé, de structuration du plan dans la profondeur avec Pierre-Hugues Galien, le vocabulaire est différent : « On a juste l’impression que les comédiens ont plus de présence et qu’ils font un pas vers nous. Avec des focales assez larges, on réussit à avoir des effets de modelé aussi beaux que sur des gros plans au 100 mm. Filmer un gros plan avec une focale plus courte permet à la fois de mettre en valeur la présence du comédien tout en ouvrant le champ sur le décor. La mise en scène prend alors toute sa valeur. »

Photogramme


Pour Pierre-Hugues Galien, « avec la DXL et les Primo 70, la qualité de modelé et de rendu des couleurs sur les visages est époustouflante ! On devient même sensible aux effets de texture. La chef costumière, Stéphanie Watrigant, a compris ce que pouvait apporter ce grand capteur. En caricaturant : pour une comédie romantique, on mettait un pull en mohair à la comédienne pour que ça ait l’air plus délicat. Maintenant on voit la différence entre le cachemire et le mérinos. »

La performance colorimétrique du nouveau capteur est également déterminante pour le directeur de la photo : « J’avais le choix entre la DXL et la DXL2. Le capteur de la DXL2 est plus "propre" dans les basses lumières mais le rendu des peaux est plus dur et j’avais envie d’un film plus doux, plus rond. Ce capteur a de bonnes qualités de séparation de couleurs dans les tons chauds et pour les peaux c’est plus agréable. J’aime parfois les optiques et les capteurs grand format pour récupérer le plus de nuances de couleurs possibles. Les Primo 70 sont les optiques les plus fines que j’ai pu voir… Mais il ne faut pas faire l’amalgame entre finesse et contraste, détail et résolution. La grande résolution du capteur doit servir la finesse du rendu de l’image et non pas la rendre hyper définie. La nuance est déterminante et pas toujours simple à équilibrer. »

Photogramme


Lors d’un entretien précédent, Patrick Leplat (Panavision) rappelle : « À l’arrivée de la HD, on a confondu définition et dureté, or ce sont surtout certaines optiques qui avaient des caractéristiques de pertes de flou brutales et qui augmentaient le contraste de l’image, en plus de la compression. On a associé définition et contraste, or c’est faux ! Quand on ajoute de la définition (35,4 megapixels pour le capteur Monstro), l’image prend du volume et on perçoit l’axe "z". C’est extrêmement nouveau. Il faut l’appréhender et savoir comment l’utiliser. »

Pierre-Hugues nous explique que la configuration épaule et l’ergonomie du corps caméra lui ont fait retrouver les sensations de la Panavision XL en 35. Les changements d’optiques avec les moteurs intégrés et des "config" de la caméra sont maintenant extrêmement rapides grâce à l’accessoirisation de la DXL en mode "sans outils" comme les caméras 35 mm de Panavision. La visée Primo (à lentille en verre) est remarquable. Sa dalle héritée des moniteurs Astro ne dérive jamais.

(Propos recueillis par Hélène de Roux, pour l’AFC)

Portfolio

Équipe

Assistante opératrice : Sarah Boutin
DIT : Karine Feuillard
Chef électricien : Jean-Bernard Lortie
Chef machiniste : Carlos Ribeiro

Technique

Matériel caméra : Panavision Alga (Panavision DXL, série Panavision Primo 70, zoom Panavision 70-185 mm Primo 70, zoom Angénieux Optimo 24-290 mm)
Matériel machinerie : Panavision Alga
Matériel lumière : Transpalux

synopsis

Dans un monde où la technologie numérique a envahi nos vies, certains d’entre nous finissent par craquer.
Addict ou technophobe, en famille ou à l’école, au travail ou dans les relations amoureuses, Selfie raconte les destins comiques et sauvages d’Homo Numericus au bord de la crise de nerfs…