Histoire du Festival de Cannes : "L’Écran rouge, syndicalisme et cinéma"

Par Laurent Andrieux pour l’AFC

La Lettre AFC n°287

En 2017, le CNC et la CGT avaient organisé une rencontre sur les évènements fondateurs du Festival International du Film de Cannes, en trois temps forts - deux tables rondes et la projection de La Bataille du rail, de René Clément, en version restaurée par l’INA avec le soutien du CNC. Un an plus tard sort en librairie L’Écran rouge - Syndicalisme et cinéma, de Gabin à Belmondo.

A l’occasion de la 70e édition du Festival, les chercheurs Tangui Perron, Morgan Lefeuvre, Pascal Ory, Michel Pigenet et Olivier Loubes avaient abordé l’histoire de la fondation du Festival et de ses premières éditions - en particulier celle du Festival qui n’eut jamais lieu, en 1939 -, illustrée d’un certains nombre d’éléments documentaires.

Loin d’avoir pu alors présenter tout le matériel recueilli - dont de nombreux éléments documentaire du "fonds Henri Alekan" mis à disposition par Ada Alekan, veuve du chef opérateur -, et partant de l’envie de poursuivre, ils ont conçu un projet éditorial et réuni en un ouvrage les fruits de leurs recherches. Le travail collectif, dirigé par l’historien Tangui Perron, publié avec le soutien du CNC et de la CGT en un temps record de moins d’un an par Camille Deltombe aux Éditions de l’Atelier et préfacé par Costa-Gavras, était présenté dans le prestigieux salon des Ambassadeurs du Palais des Festivals, le 12 mai dernier.

Le livre revient sur les temps forts de la participation des syndicats à la vie du cinéma français entre 1934 et 1958 : les grèves de 1936, pendant lesquelles les studios et les laboratoires furent occupés, la production par la CGT de La Marseillaise, un film qui se voulait "pour le peuple et par le peuple", réalisé par Jean Renoir en 1938, la (re)naissance quasi miraculeuse du Festival en 1946-1947, l’extraordinaire mobilisation populaire de janvier 1948 pour la défense du cinéma menacé par les accords Blum-Byrnes de 1946 - une mobilisation prolongée par les actions dans les ciné-clubs, les comités de défense du cinéma et auprès des parlementaires...

Au fil des pages, on assiste ainsi à la lente pose des fondations du cinéma français à laquelle syndicats et militants ont largement contribué.

De g. à d. : Costa-Gavras, Tangi Perron, Camille Deltombe, Denis Gravouil, Francisco Murillo

La présentation était faite conjointement par le directeur de la publication, l’éditrice et la fédération du Spectacle CGT, représentée par son secrétaire général, Denis Gravouil, directeur de la photographie.

S’est joint à eux le secrétaire général de la fédération PACA des cheminots CGT des Alpes-Maritimes, Francisco Murillo. Actualité militante oblige, certes, mais aussi l’occasion de rappeler le Prix de la mise en scène et le Prix du jury international attribués en 1946 à La Bataille du rail, de René Clément, photographié par Henri Alekan, cofondateur de l’AFC et ancien président du Syndicat des Techniciens CGT.

Denis Gravouil et Francisco Murillo

Le film avait été produit par la Coopérative Générale du Cinéma Français, coopérative syndicale créée à l’initiative du Comité de libération du cinéma français (CLCF). L’occasion de rendre aussi hommage aux ouvriers bénévoles de la CGT qui ont permis la tenue du Festival en 1946 et 1947, par la construction en un temps record du Palais et de ses décors.

Une préface de Costa-Gavras

Costa-Gavras

Costa-Gavras, réalisateur engagé, président de la Cinémathèque française et auteur de la préface du livre, a rappelé l’importance des combats menés des années trente à la fin des années cinquante, et celle des relations intimes entre création et contexte social et historique : « Cette histoire collective est aussi celle de militantes et de militants célèbres ou injustement oubliés, tels que le cinéaste Robert de Jarville ou la monteuse Marguerite Houllé, tels la critique Michèle Firk ou le réalisateur Louis Daquin. Si le comédien est dans toutes les mémoires, que sait-on du syndicaliste Gérard Philippe, dont l’action militante fut si fructueuse ? Sait-on que des femmes cinéphiles, Lotte Eisner, Mary Meerson et Marie Epstein, contribuèrent largement à la naissance de la Cinémathèque française ? De même, les engagements de grandes figures de l’histoire du cinéma comme Simone Signoret, Jean Epstein, Jean-Paul Le Chanois, Henri Alekan ou Jacques Lemare sont rarement évoqués. Ils apparaissent ici au grand jour. »

Et d’évoquer « Jean Gabin, qui incarna avec tant de talent un chômeur, un cheminot ou un métallo, tandis que le mouvement syndical se mettait à produire des films pour montrer au peuple son histoire. », ou Jean-Paul Belmondo, ancien président du Syndicat Français des Acteurs CGT.

  • Lire ou relire l’article consacré aux 70 ans du Festival de Cannes : "1946, l’année où tout a commencé ?"
  • On lira aussi l’article de David Fontaine, en page 5 de l’édition du 23 mai 2018 du Canard enchaîné.
  • L’Écran rouge
    Syndicalisme et cinéma, de Gabin à Belmondo
    Sous la direction de Tangui Perron
    Éditions de l’Atelier - 224 p., 30 €
    En librairie