L’éditorial de septembre 2025

Par Jean-Marie Dreujou, président de l’AFC

par Jean-Marie Dreujou -  Contre-Champ AFC n°370


Eduardo Serra, président de l’AFC de 1994 à 1996, nous a quittés mardi 19 août 2025. L’AFC est en deuil. J’ai tellement appris avec Eduardo lorsque j’étais son assistant durant plusieurs années.

En amont du tournage, il rassemblait une iconographie impressionnante, et au cours des "essais comédiens", nous testions différentes pellicules, différents filtres, quelquefois le flashage de la pellicule, ainsi que des développements spéciaux afin de fabriquer la direction artistique choisie lors de la préparation. Pendant ces essais, Eduardo étudiait aussi avec précision la photogénie des actrices et acteurs, qu’il éclairait toujours de manière remarquable.

Durant les tournages, le calme, "la force tranquille" et la manière de ne rien lâcher sans jamais entrer en conflit caractérisaient Eduardo.
La lumière d’une scène, d’un plan, se construisait sans que l’on s’en aperçoive et elle se révélait le lendemain soir en projection ! Où il me disait souvent : « Tu vois, on a toujours des bonnes surprises en projection, il faut faire confiance à son œil et à la pellicule ».

Il était toujours à l’écoute de ses collaborateurs et aimait partager leurs idées et conseils.

J’ai eu la chance de tourner avec Eduardo plusieurs longs métrages en province, et la vie quotidienne que nous avons partagée nous a laissé de nombreux et beaux souvenirs.

Eduardo, de manière incroyable, pouvait aussi s’asseoir n’importe où, et s’assoupir deux minutes, pour « recharger ses batteries », même dans l’inconfort le plus total… lorsqu’il était fatigué.

Eduardo Serra sur le tournage du film "Le Zèbre", de Jean Poiret, en 1992 - Photo Jean-Marie Leroy, dans son ouvrage "L'Attente"
Eduardo Serra sur le tournage du film "Le Zèbre", de Jean Poiret, en 1992
Photo Jean-Marie Leroy, dans son ouvrage "L’Attente"

Eduardo m’a appris que la lumière n’était pas seulement une technique, mais une langue, un moyen de raconter des histoires sans les mots.
Il m’a aussi poussé à franchir le pas d’assistant à directeur de la photographie, et c’est avec lui que j’ai fait mes derniers films en tant qu’assistant. Depuis La fille sur le pont, Patrice Leconte aimait alterner ses films entre nous.

Je mesure encore aujourd’hui la chance que j’ai eue de travailler avec un grand maître de la lumière, un artiste dont le regard transformait chaque image en poésie.

Enfermé dans sa maladie, Eduardo me manquait beaucoup depuis plusieurs années, il repose désormais en paix…

(Les photos illustrant cet éditorial sont de Jean-Marie Leroy, publiées avec son aimable autorisation)