David Quesemand, AFC, se souvient de William Klein

par David Quesemand Contre-Champ AFC n°335

William Klein nous a quittés le 10 septembre dernier à l’âge de 96 ans. Sociologue de formation, il fut successivement peintre abstrait, graphiste, photographe et cinéaste. Cet artiste protéiforme épris de pop culture bouscula les codes de la photographie et signa, dans les années 1960, quelques films devenus cultes comme Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? (photographié par Jean Boffety) et Mister Freedom (photographié par Pierre Lhomme, AFC). David Quesemand, AFC, évoque ici le tournage de son dernier film, Le Messie.

En 1998-99, nous avons assisté William Klein pour Le Messie, un long métrage documentaire en forme de clip vidéo sur la musique du fameux oratorio de Haendel. Financé par la mission pour le passage de l’an 2000, l’idée était de faire un état des lieux du monde et des adeptes de Jésus pour son anniversaire.
Nous avons tourné en France, en Andalousie (Semaine sainte à Pâques) et aux USA. C’était assez jouissif d’y voyager avec cet Américain de Paris des plus anti-américain qui soit…

William Klein - Archives David Quesemand
William Klein
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Regarder Bill regarder, lui passer son Leica ou la caméra Super 16 et le voir aller si librement au contact de son sujet, me retrouver à charger les magasins de la SR2 ou ses boîtiers sur des poubelles en suivant des processions, sur les bancs d’une église gospel ou dans les vestiaires des "Bodybuilders for Jesus", filmer la Gay&Lesbian chorale de Times Square ou celle de la Dallas Police sur leur roof top chantant "We are the lambs of God", attendre huit jours au Caesars Palace de Vegas les autorisations pour tourner dans la Valley of Fire… tout était fou et normal à la fois.

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Il savait être extrêmement rugueux avec tout ce qui se mettait en travers de son chemin pour faire une image n’hésitant pas longtemps à être très désagréable, pas forcément juste, mais tendre aussi avec ceux qui l’aidaient, on rigolait bien. Je me souviens aussi de sa galerie new-yorkaise qui profitait de son passage pour organiser une vente-signature où il m’avait incité à y voler son fameux livre "New York 54-55". De retour à l’hôtel, il était fier que je lui ai obéi.
Je me souviens aussi de l’enterrement de sa femme (j’aurai toujours un doute : étais-je vraiment le bon David qu’il avait voulu inviter en m’appelant ?...) où il photographiait le cortège. Le regardant faire et connaissant le rythme des 36 pauses, je lui demandai son Leica pour vérifier : la pellicule n’était pas enclenchée, ça l’avait fait marrer, il s’en foutait pas mal ce jour-là…
Je me souviens qu’on avait aussi une Hi8 dans l’équipe. Sans doute que si le film, sorti début 2000 pendant la grande tempête, avait eu plus de succès, nous aurions vu un montage de ce making of. Peut-être surtout aurait-il refait un film ?
Une belle aventure avec Paco Wiser, Daniel Edinger, Philippe Giblin et Vincent Muller pour le dernier film de William Klein produit par Michel Rotman chez Kuiv… (DQ)