Disparition de Morvan Omnès, chef machiniste, Milo Omnès et Hervé Ribatto, machinistes

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Les directrices et directeurs de la photographie de l’AFC, aux côtés des associations de techniciennes et techniciens du cinéma et de l’audiovisuel, partagent la douleur des familles et proches de Morvan Omnès, Milo Omnès, son fils, et Hervé Ribatto, victimes d’un tragique accident de la route qui leur ont coûté la vie. Et leur témoignent leur amicale sympathie, leurs pensées allant par ailleurs à Timothée Anciaux, machiniste, grièvement blessé lors de l’accident.

Hommage rendu par Philippe Brelot, directeur de la photographie, sur le site de L’Union des Chefs Opérateurs, qu’il préside
Morvan mon ami, mon compagnon, mon machino,
Un ou une machiniste sur un tournage est là pour effectuer les mouvements de "l’appareil" et de ses opérateurs, mais aussi pour en assurer la sécurité… une proximité et une confiance qui nous ont amenés à tisser des relations fortes qui, au fil du temps, allaient bien au-delà du travail. Il aura fallu ce jour maudit du 23 avril 2021 pour que cette solide amitié soit brisée net.
Morvan, Milo, Hervé et Timothée dans cette voiture à ce mauvais endroit à ce mauvais moment… la force et la violence de la destinée ne se contrôle pas et elle nous laisse désarmés face à cette injustice. Comment te décrire, Morvan, pour ceux qui n’ont pas eu la chance de te connaître…
J’avais l’habitude de parler de toi aux réalisateurs en ces termes : Morvan est composé pour un tiers de bon granit breton, un gros tiers de tendresse, de ton sourire et du charme de ta voix grave, un autre grand tiers de malice, d’espièglerie et d’humour et enfin un quatrième tiers de grand professionnalisme… Et si jamais le réalisateur ou la réalisatrice m’objectait que cela faisait quatre tiers je répondais que c’était comme ça Morvan, un homme entier et plus encore.

Morvan Omnès, derrière la caméra, et Philippe Brelot sur le tournage de "Lili Rose", de Bruno Ballouard, en 2013
Morvan Omnès, derrière la caméra, et Philippe Brelot sur le tournage de "Lili Rose", de Bruno Ballouard, en 2013
Photo Andrea Forssell

Dire que tu me manques n’est pas assez, dire que je ne te verrais plus soulever des caméras et des matériels énormes sans ciller et juste après pousser des dollies et déplacer des grues avec la légèreté et la souplesse d’un chat est inconcevable. Dire que nous ne nous verrons plus, dire que nous ne referons plus le monde ensemble est impossible.
Ton équipe était à ton image, solide, fidèle et fière de la qualité du travail bien fait. J’ai un peu côtoyé Hervé, un autre solide gaillard avec ce bel accent du Sud, bienveillant comme toi. Comme on dit d’une « tenue », il t’allait bien. Timothée Anciaux, je ne le connaissais pas beaucoup, mais on n’est pas dans ton équipe par hasard, une affinité et une amitié de compagnons en est le liant. À cette heure où il est en réanimation aux urgences, nous lui souhaitons la force, le courage et le meilleur.

Milo ton fils, ton portrait craché, débutait… 19 ans le bel âge pour débuter sur ses premiers plateaux, le bel âge mais qui ne doit pas s’arrêter là, et à qui on ne doit pas arracher les ailes. Notre seule infime consolation, c’est qu’il n’est pas parti seul, mais à tes côtés et sous la bienveillance d’Hervé.
Aujourd’hui je te pleure, l’ami, je vous pleure, les amis, ce qui te ferait bien rire Morvan, juste avant que tu ne pleures avec nous… Puis nous rirons avec tes amis et tes proches parce qu’il sera impossible de parler de toi, de vous, sans que nous ne puissions rire… et pleurer.
Adieu l’ami, Yec’hed mat !

En mémoire d’Hervé Ribatto, par Léo Hinstin, AFC
Quelques mots pour évoquer le regretté Hervé Ribatto, disparu dans un tragique accident de voiture avec Morvan Omnès et son fils Milo Omnès tandis qu’ils rentraient du premier jour de tournage d’un long métrage en région Centre Val de Loire.
Hervé était un des piliers de l’équipe de François Tille, nous avons fait beaucoup de projets longs et courts tous ensemble. L’accident brutal dont lui et ses collègues ont été victime a profondément bouleversé l’ensemble de la profession. Et d’autant plus ceux qui ont eu la chance de travailler avec Hervé car il était d’un caractère heureux, aimable et franc. Il y a un lien fort qui se crée entre le cadreur et le machiniste qui l’accompagne, Hervé a souvent assuré mes arrières quand je cadrais à l’épaule et je savais que toujours j’étais en sécurité. Je me rappelle quand nous avons tourné les grandes scènes d’incendie sur Taj Mahal, de Nicolas Saada, d’Hervé qui au signal convenu m’a sorti du plateau F des sudios d’Epinay, je pense que mon œil n’avait pas eu le temps de se décoller de l’œilleton et mes pieds n’avaient pas touché le sol que nous étions déjà dehors, hilares. Je repense aussi à ce tournage américain un été à Pomerol au milieu des vignes, plein d’insouciance et de douceur de vivre que les temps actuels rendent quasi irréels. Et enfin je me souviens de nos discussions sur le plateau peu après la naissance de ma fille, lui qui était si fier de ses enfants et c’est à eux que j’ai pensé en premier quand j’ai appris la terrible nouvelle. Adieu Hervé, j’entends encore ton accent chantant et je vois ton sourire, mon cœur se serre, il ne se desserrera pas de sitôt.

Hervé Ribatto sur le tournage d’"Under the Eiffel Tower", d’Archie Borders, en 2017
Hervé Ribatto sur le tournage d’"Under the Eiffel Tower", d’Archie Borders, en 2017
Photo Julie Robineau

François Tille, chef machiniste, évoque le souvenir d’Hervé Ribatto
Nous nous sommes connus dans le Sud sur Boudu, un film de Gérard Jugnot, en 2004, le "local" de l’équipe. Je me souviens très bien de notre première rencontre, personnage impressionnant, gueule de dur, crâne rasé et un grand cœur. Nous avons collaboré de nombreuses fois et il est très vite devenu notre ami. Nous étions très heureux de pouvoir faire équipe ensemble, Thomas Blanc, Jonathan Ly, Hervé et moi.
Élément indispensable dans le bon fonctionnement d’une équipe, mais pas que. Plein de bons moments partagés, personne intègre et carrée, qui inspirait le respect. Mes pensées vont tous particulièrement à sa femme Rosane et ses deux enfants, Lilia et Jules.
J’ai tellement de peine, adieu mon ami.

Hervé Ribatto sur le tournage de "L’Empereur de Paris", de Jean-François Richet, en 2017
Hervé Ribatto sur le tournage de "L’Empereur de Paris", de Jean-François Richet, en 2017
Photo François Tille

Adresses e-mail et cagnottes
Adresses e-mail pour déposer un mot, une photo, une vidéo que les familles de Morvan et Milo pourront regarder et parcourir quand elles le souhaiteront et par ailleurs en soutien à Timothée :

Cagnottes aidant aux frais qui surviennent

En vignette de cet article et photo N&B dans le portfolio ci-dessous, photo Andrea Forssell