Impressions du Festival International du film Haïfa 2010

par Philippe Ros

par Philippe Ros La Lettre AFC n°204

Recommandé par Richard Andry et Nigel Walters, BSC, président d’Imago, j’ai eu le plaisir d’être invité par ACT, Association israélienne des Professionnels du Cinéma et de la Télévision à Haifa, fin septembre, pour animer une Master Class sur " Cinema and Television Photography in the Digital Age ".
Cette invitation s’inscrivait dans le cadre des rapports qu’entretient Imago avec ACT. Grand merci à Richard, Nigel et à Imago pour ce passionnant voyage.
Cette Master Class se tenait durant le Festival International du Film qui a lieu depuis 26 ans à Haïfa.

De ce fait, j’ai été invité à présenter deux soirs de suite Océans, le film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, et à faire partie du jury de la sélection internationale : Golden Anchor, compétition pour le cinéma méditerranéen.

J’ai été accueilli le premier matin par Idan Or, directeur d’ACT, Ron Katzenelson directeur de la photo et Amit Rosen, " chairman " d’ACT et chef électricien, dans un exceptionnel restaurant bio où j’ai pu profiter d’un brunch très conséquent. Beaucoup de questions de la part de ces très sympathiques membres d’ACT sur la situation des techniciens en France. Idan part à la conférence internationale des directeurs photo qui se tient à Budapest en novembre.

Idan Or, Philippe Ros et Ron Katzenelson

ACT est une association et un syndicat qui a la particularité de regrouper 750 techniciens de la télé et du cinéma. Cela leur donne une force assez importante, à tel point que lors du dernier film anglais tourné en Israël, les techniciens britanniques ont découvert qu’ils étaient beaucoup moins bien payés que les Israéliens, notamment au niveau des heures supplémentaires.
Il faut dire qu’avec la présence d’Idan Or, qui est payé à plein temps pour diriger et représenter ACT, les producteurs ont un vrai et solide interlocuteur. Idan connaît bien le métier, il a été un assistant opérateur reconnu (un de ses derniers films est La Visite de la fanfare).

Selon Idan, le paysage cinématographique souffre de films sous-produits, ce festival témoignait effectivement d’un nombre impressionnant de films et de documentaires.
Ce festival est très agréable, bon enfant, car ouvert à tout le monde. Un festival international avec des projections publiques très familiales, des projections en plein air de vieux films muets, des organisateurs sympathiques et détendus, un jardin très agréable pour les réceptions. Un vrai plaisir... Le fait qu’Haïfa reste encore en Israël une des rares villes multiculturelles préserve aussi cette ambiance.
Les deux projections d’Océans ont été vraiment appréciées par un public qui a poursuivi les questions et les réponses durant une heure à l’extérieur de la salle. Des questions essentiellement orientées sur la préservation des mers, sur les techniques utilisées pour tourner telle ou telle séquence. Pas facile de répondre sans la présence de tous les autres directeurs photo, opérateurs sous-marins et spécialistes de la faune marine…
Beaucoup de films à voir, peu de temps pour flâner dans les jardins magnifiques surplombant Haïfa.

Jardins surplombant Haïfa
Photo Philippe Ros


Le jury était constitué de deux Israéliennes, Dalia Karpel, réalisatrice et journaliste, et Ziv Naveh, directrice du Gesher Multicultural Film Fund, d’une Américaine, Gaylen Ross, réalisatrice de documentaires, d’un Russe, Alexei Popogrebsky, réalisateur de plusieurs films dont le dernier How I Ended this Summer vient de remporter plusieurs récompenses dont le grand prix du London Film Festival.
Nous avions dix films à voir dont deux films français, Hors-la-loi de Rachid Bouchared, éclairé par Christophe Beaucarne, et Hadewijch de Bruno Dumont éclairé par Yves Cape.
Les délibérations furent assez longues et complexes, deux tendances s’opposant. Primer des films aboutis ayant déjà rencontré leur public comme La nostra vita ou récompenser des œuvres plus audacieuses. C’est la deuxième option qui a été choisie avec le grand prix pour Kosmos de Reha Erdem (Turquie - Bulgarie 2010) éclairé par Florent Herry (opérateur belge). Un film extrêmement attachant, curieux et irritant par moments, mais qui ne peut pas laisser indifférent. On peut lire, en anglais, l’intéressante critique de la revue turque Today’s Zaman.
Honey, film de Semih Kaplanoglu (Allemagne - Turquie) subtilement éclairé par Bans Ozbicer et tourné en 35 mm 2 perfs, a remporté un prix spécial pour, je cite, « a rare cinematic poem ». Une bonne définition pour ce film intimiste qui avait déjà remporté l’Ours d’or à la Berlinale 2010 et qui clôt la trilogie commencée avec Egg et Milk.
Un regret commun avec Alexei, le réalisateur russe : Shout, documentaire néerlandais réalisé par Sabine Lubbe Bakker Ester Gould, n’a pas remporté de récompense. Ce film suit pendant une année la vie de deux jeunes garçons vivant sur le plateau du Golan occupé par Israël. Ils doivent choisir entre rester sur cette terre où ils sont en fait des citoyens de non droit ou partir pour faire des études à Damas et… y rester. Damas où règne un autre type d’oppression.

Enfin la Master Class sur l’ère numérique, but originel de ce voyage, a été l’occasion d’expliquer les méthodologies utilisées sur Océans et d’exposer quelques points de vue sur les chaînes numériques. Organisée très efficacement par Ron et Idan, cette réunion m’a permis de rencontrer une soixantaine de directeurs photo, d’assistants et de responsables de maison de location de matériel caméra. Film ou numérique, cassette ou fichiers, rôle de la gestion des données, un vrai échange avec un public exigeant. Beaucoup de questions sur la RED, évidemment la caméra numérique la plus utilisée en Israël. Pour moi une occasion formidable de connaître d’autres façons de gérer les demandes artistiques et les contraintes de production.