Le directeur de la photographie Xavier Dolléans, "Mental" et les optiques Leitz M0.8

par Ernst Leitz Wetzlar La Lettre AFC n°301

La série "Mental", photographiée par Xavier Dolléans, vient de remporter le prix de la Meilleure série TV dans sa catégorie au Festival de La Rochelle. Le succès des quatre saisons de la série "Skam", qui raconte le quotidien de lycéens, a été inattendu autant que fulgurant avec 70 millions de vues cumulées sur la plateforme Slash de France Télévisions. Cela a permis à Xavier Dolléans de se forger une réputation de jeune directeur de la photo en recherche d’innovation, à contre-courant des recettes habituelles de la télévision.

Xavier Dolléans, lors de l’un de ses premiers métiers de technicien de ballon éclairant, avait attentivement observé les grands chefs opérateurs - notamment Robert Richardson et Philippe Rousselot - avec l’envie de suivre leur trace. Une formation en 35 mm à l’École Louis-Lumière l’avait convaincu de se lancer comme chef opérateur sans être trop longtemps assistant, suivie, il y a deux ans, par des cours de lumière à Los Angeles dans l’école fondée par Vilmos Zsigmond.

Xavier Dolléans
Photographie Thomas Gros

En début d’année 2019, Xavier Dolléans est reparti sur la série "Mental", qui sortira en octobre sur le même modèle que la série "Skam" : un format numérique exclusivement sur Internet à destination des 16-22 ans, un public qui déserte la télévision et les salles de cinéma, sauf pour les blockbusters américains. Pour "Skam" les séquences étaient égrenées toute la semaine sur un rythme non connu à l’avance - et donc haletant - et les quelques projections en salles avaient été prises d’assaut par les fans de la série (450 places retenues sur Internet en 43 secondes !)
La série "Mental" se déroule dans une unité psychiatrique pour adolescents et, comme son nom l’indique, explore l’univers mental de jeunes qui sont border-line, bipolaires ou schizophrènes en proie à des hallucinations vraiment étranges. Sur "Skam", Xavier Dolléans avait beaucoup aimé les quelques scènes tournées en plein format 6K - plus beau, plus doux - et a proposé de tourner ainsi avec la caméra Sony Venice et le ratio d’image de 2:1 qu’il affectionne particulièrement.

Il a choisi les optiques Leitz M0.8 afin d’être le plus léger et le plus compact possible, et a insisté pour montrer précisément au réalisateur de la série "Mental", Slimane Baptiste Behroun, l’ensemble du processus de tournage incluant les contraintes et les possibilités offertes afin de voir comment ils pouvaient travailler.

Photographie Ariane Vergallo

Résumons : deux caméras en monture M avec les optiques Leitz M0.8 mais qui pouvaient aussi basculer en monture PL avec des optiques fixes Mamiya utilisées pour certaines séquences spécifiques où le minimum de point devait être réduit, et pour des effets particuliers avec des Lensbaby (optiques à décentrement, bokeh effect). Une audacieuse combinaison qui a parfois obligé les assistants opérateurs à devenir des as du changement de monture M en monture PL, en quatre minutes chrono !
Cette prise de risque, à travers un choix de matériel complexe à utiliser sur ce type de tournage, a obligé chef opérateur et réalisateur à réfléchir à l’avance au style et à la fonction de chaque séquence dans la série. Et cela a superbement marché malgré le rythme fou de dix fois 26 mn en 25 jours de tournage !

À l’arrivée, 75 % de la série a été tourné avec les optiques Leitz M0.8.
Xavier Dolléans avait déjà utilisé les optiques Leitz Summilux-C sur des pubs et il a retrouvé la douceur sur les visages qu’il avait aimée.
Une fois la courte course de mise au point des Leitz M0.8 facilement démultipliée (elles s’utilisent comme des optiques classiques avec la commande HF), Xavier Dolléans a beaucoup tourné avec les courtes focales, notamment le 21 mm pour les gros plans des adolescents très proches de leur visage, « Comme si on était dans leur tête ». En plein format, un 21 mm correspond à peu près à un 16 mm « avec beaucoup moins de déformations pour les Leitz M0.8 qu’avec la plupart des optiques. »
Il a apprécié la combinaison compacte et légère du capteur déporté qui, associé à ces optiques, a permis des placements caméra dans des endroits insolites et réduits - sous une chaise, au fond d’une armoire (sans avoir à enlever le fond), ou bien la caméra collée au plafond, à la verticale.
Une souplesse d’utilisation qui a permis à l’audace et l’inventivité de Xavier Dolléans de s’exprimer.