Le temps (bref) d’un film

par Bruno Icher

Le CNC propose aux professionnels des délais raccourcis entre sortie en salles et diffusion télé.

Dans moins de trois mois, la France devra se doter d’une nouvelle chronologie des médias. Le Centre national du cinéma (CNC) a publié une lettre destinée aux professionnels pour les inviter à une réflexion globale visant à raccourcir les délais entre la sortie en salles d’un film et son exploitation sous forme de DVD, vidéo à la demande (VOD), passage sur une chaîne cryptée puis, enfin, diffusion sur une chaîne gratuite non cryptée.

Aujourd’hui, le système français est le seul au monde qui accorde autant de temps à la durée d’un film. Six mois après sa sortie en salles, il peut sortir en DVD, tandis qu’il faut attendre trente-trois semaines, près de huit mois, pour qu’il soit accessible en VOD, sous forme d’un achat définitif ou temporaire. Il peut ensuite être diffusé sur une chaîne cryptée, en l’occurrence Canal+, douze mois après la sortie en salles. Les autres chaînes de télévision, elles, doivent attendre vingt-quatre mois (délai ramenable à dix-huit mois en cas d’accord particulier) si elles sont coproductrices du film et trente-six mois si elles n’ont pas participé à son financement.

Demandé avec insistance par plusieurs acteurs du secteur, comme le Syndicat national de l’édition vidéo numérique, ce raccourcissement des délais est souvent présenté comme une amélioration sensible de l’offre légale. C’est surtout l’une des recommandations principales faites aux professionnels par le texte de la loi " Création et Internet ", visant à réduire le téléchargement illégal.

La proposition du CNC consiste en premier lieu à fixer la sortie d’un film en vidéo (DVD et VOD) quatre mois après son apparition en salles. En ce qui concerne la télévision payante, autrement dit Canal+, bailleur de fonds majeur du cinéma, le délai serait raccourci de deux ou trois mois, amenant la diffusion du film neuf mois après l’exploitation en salles. La même mécanique serait appliquée aux chaînes gratuites, qu’elles soient coproductrices ou non, avec un raccourcissement de quatre à cinq mois. Dernier point : la séance de rattrapage, dite catch up, qui permet aux chaînes de mettre à disposition le film quelques jours après sa diffusion via son site Internet, serait fixée à une période de sept jours.

(Bruno Icher Libération, 8 janvier 2009)