Semaine de la critique

Cannes 2004

La Lettre AFC n°132

L’Après-midi de Monsieur Andesmas de Michelle Porte, photographié par Dominique Le Rigoleur, d’après un texte de Marguerite Duras
Nous avons tourné à Gordes dans la propriété de la réalisatrice, lieu isolé, entouré par la forêt - dont elle connaît les arbres, la lumière, le vent - durant le mois d’octobre, donc sans les cigales !

CQ2 (Seek You Too) de Carole Laure, photographié par Gérard Simon.

L’Après-midi de Monsieur Andesmas

« Michelle Porte connaissait Marguerite Duras depuis 66 et avait des rapports d’amitié avec elle. Elle lui a consacré plusieurs films.

C’est avec Marguerite Duras que j’ai fait mon premier long métrage comme chef opératrice. Je l’ai connue grâce à Nestor Almendros.

Nous avons tourné à Gordes dans la propriété de la réalisatrice, lieu isolé, entouré par la forêt - dont elle connaît les arbres, la lumière, le vent - durant le mois d’octobre, donc sans les cigales !

Le film se passe en extérieur, en un après-midi de 14 h à la tombée du jour.
Le fait de tourner au mois d’octobre nous a fait bénéficier d’un soleil plus bas toute la journée, plus compatible avec les milieux et fins d’après-midi aux lumières rasantes du scénario, mais, par contre, de journées courtes et fraîches pour les acteurs.

Nous avons tourné le film pratiquement dans l’ordre du scénario en privilégiant le plus possible les axes du soleil. Au fur et à mesure que la journée avançait dans le scénario, le tournage avançait dans le mois d’octobre avec un soleil de plus en plus bas.

Monsieur Andesmas (Michel Bouquet) attend Michel Arc, un entrepreneur, qui ne vient pas. Il sera distrait par le passage d’un chien, l’arrivée de l’étrange petite fille de l’entrepreneur, puis troublé par l’arrivée de la femme de celui-ci (Miou-Miou).

Ils resteront ensemble dans cette attente, côte à côte, renvoyés à leur solitude, jusqu’à ce que la lumière décline... »


CQ2 (Seek You Too)

de Carole Laure, photographié par Gérard Simon

« Le film de Carole Laure était un tout petit budget à tourner en 29 jours entre Montréal et forêt canadienne.
Il suit à la trace l’itinéraire d’une " enfant perdue " (Clara Furey) du monde carcéral à celui de la danse moderne.

Prison de Montréal (où venait de passer Kassovitz et son Gothica), studios de danse très vitrés (et très miroir aussi !) en étage et au cœur de la ville, motel perdu en forêt, rues de Montréal de nuit, intérieurs véhicules nuit/jour, presque autant de décors que de jours de tournage, équipe compacte, presque pas de groupe, bref, il fallait faire vite et efficace.

Gérard Simon

Carole était tentée par la HD, que je n’avais jamais pratiquée, mais après quelques renseignements glanés çà et là (merci aux membres AFC initiés) sur la souplesse du système et sa résistance au climat canadien (tournage octobre-novembre) nous avons opté pour du Super 16 + gonflage numérique.
Rétrospectivement et au vu des intempéries qui se sont abattues sur le tournage (pluie, neige, vent glacé) je ne regrette pas notre choix.

Tournage classique donc avec la très confortable Aaton XTR à la main. Je ne connais pas Beauviala, mais ses deux Aaton sont des miracles d’équilibre, qui se coulent sur votre épaule et deviennent instantanément un prolongement de votre regard... Qu’il en soit remercié.
En choisissant le Super 16, je n’étais pas mécontent non plus de tourner en argentique, tant il me semble que c’est encore le support le plus précis et le plus " palpable " (j’allais écrire " charnel " ou " sensuel "...).

Quelques Kinoflos, des Softubes, des ampoules 150 W (qui s’avérèrent très pratiques car, dans le Nouveau Monde toutes les installations domestiques sont sur " dimmer ") et des sodiums pour les extérieurs nuit, etc. je me suis retrouvé dans les conditions du presque-reportage de mes débuts.
Carole Laure est une réalisatrice inoxydable (il a tant plu !), calme, précise, sachant utiliser les suggestions de son équipe, et, cerise sur le gâteau, faisant face à l’adversité (il y en a eu...) avec humour...

C’est la deuxième fois que je tourne au Québec, et la courtoisie, la gentillesse ambiantes me vont toujours droit au cœur.
Un merci particulier à Stéphane Caron, 1er assistant opérateur, pour ses impeccables " foyers " et à Patrice Dagenais, chef machiniste qui m’a bricolé une " Louma " du pauvre en 20 minutes.

Voilà, vous allez me dire que tout ça est un peu trop rose comme tableau... Ça prouve que vous n’avez jamais croisé l’hiver à Montréal... »