"Tourner à Paris : les enjeux à la sortie du confinement"

Tribune de Michel Gomez parue dans "Le Film français"

La Lettre AFC n°308

Dans son numéro daté du vendredi 10 avril 2020, l’hebdomadaire Le Film français publie une tribune dans laquelle Michel Gomez, délégué général de la Mission Cinéma à la mairie de Paris, dresse un état des lieux des tournages au moment du début de confinement et pose des bases pour un futur où les tournages seraient susceptibles de reprendre. Bases qui devraient accélérer la prise de conscience et la mise en œuvre, par le secteur de la production et de toute sa filière, de pratiques conduisant à suivre « une trajectoire écologique et logistique qui permette de maintenir dans un nouvel environnement l’attractivité parisienne des tournages ».

Tribune
À l’image de l’ensemble des secteurs de l’économie française, les tournages à Paris ont été frappés de paralysie depuis le lundi 16 mars pour une durée indéterminée, alors que leur rythme s’accélérait après un début d’année hésitant. Symbole de la violence de cet arrêt brutal, le démontage partiel des décors du film d’époque Adieu M. Haffmann, réalisé par Fred Cavayé et produit par Vendôme Films, qui restent encore visibles dans les petites rues du haut de la Butte Montmartre, sous l’œil compréhensif des riverains.
Tandis que nombreux sont ceux et celles qui souhaitent réaliser pendant cette période des séquences absolument inimaginables en temps normal, la responsabilité de la Mission Cinéma de la mairie de Paris est de se projeter dès maintenant dans l’après-confinement. En la matière, tout le monde l’aura compris, le risque auquel nous sommes confrontés est celui d’un "embouteillage". En clair, à la sortie du confinement, pourraient se superposer, d’une part, les demandes de la quarantaine de films dont les tournages ont été suspendus ou devaient avoir lieu entre le 16 mars et le début du mois de mai, et d’autre part, les nouvelles demandes de tournage.

Nous allons procéder de façon itérative car à l’incertitude temporelle (date et modalités de sortie du confinement) s’ajoute la complexité pour les productions de relancer la période de préparation afin de reconstituer les équipes techniques, vérifier les disponibilités des comédiens, s’assurer de celle des décors et du matériel. Ainsi depuis le début de la semaine, nous avons pris contact avec toutes les productions des films en cours (tournages suspendus ou calés et non démarrés) pour, peu à peu, cerner les dates possibles de reprise de leur tournage et les décors choisis.
C’est notre priorité. L’objectif est d’établir une première planification que nous actualiserons jour après jour en y intégrant les projets initialement prévus en mai, juin, juillet. Mais ce retour à la normale se fera dans un contexte très particulier qu’il est indispensable de rappeler en soulignant les évolutions de ces dernières années ainsi que les conséquences de la transition écologique des tournages.

La forte progression du nombre de jours de tournage depuis 2015 et ses conséquences. Paris a connu au cours de ces dernières années une augmentation très importante du nombre de jours de tournages. Si le nombre de films, séries, publicités reste relativement stable, la croissance exponentielle de celui des séries initiées par des diffuseurs français et internationaux a modifié en profondeur la volumétrie des jours de tournage accueillis à Paris (plus de 5 000 par an, plus de 20 tournages par jour en moyenne).
Pour mémoire, le tournage d’une saison d’une série telle que "The Eddy" pour Netflix représente à elle seule une centaine de jours de tournage. Ainsi il n’y a pas de plus belle expression pour résumer une nouvelle dimension de notre métier que "la mise en jachère" de certains décors ou rues.

Il ne s’agit pas d’interdire des rues aux tournages mais de les faire respirer. Or, notre métier est de maintenir les conditions de l’acceptabilité des tournages par les Parisiennes et les Parisiens.
Cet équilibre est complexe. À ce "prix du succès" s’ajoute une tendance lourde, celle de la réduction du nombre de places de stationnement liée à de nombreux aménagements urbains (places réservées aux véhicules électriques et deux roues, développement de pistes cyclables…). [...]

  • Lire la suite en page 12 du "flip book" du Film français du 10 avril.

Michel Gomez est délégué général de la Mission Cinéma Paris Film à la mairie de Paris.

En vignette de cet article, photo de Michel Gomez Jean-Baptiste Gurliat / Mairie de Paris