Annick Mullatier partie, vient le temps des témoignages

Contre-Champ AFC n°311

Peu après la nouvelle du décès d’Annick Mullatier connue, de nombreux témoignages nous sont parvenus évoquant son souvenir et lui rendant hommage. Directrices et directeurs de la photographie, parfois ses amis, et anciens collaborateurs l’ayant côtoyée chez Fiaji puis Fuji éclairent d’une lumière particulière la personnalité d’Annick, dont l’une des qualités majeures fut la discrétion.

Merci Annick !
Tu nous manquais déjà depuis si longtemps.
Les témoignages ci-dessous reprennent mes pensées avec de très beaux textes...
Jean-Claude Aumont, AFC

En ces temps, pas si reculés, où la pellicule film tenait le haut du pavé, Fujifilm, et surtout Fujifilm France, administré par Gérald Fiévet et Annick Mullatier, ont su fédérer et rassembler les directeurs de la photo autour de leur "produit". Ils ont créé le fameux Club Fuji, à grand renfort de projections, dîners, rencontres. Pour nous, gens d’image, cela a été l’occasion de nous retrouver et de se parler.
Annick en a été le moteur et l’organisatrice toujours présente. Sa bonne humeur, sa disponibilité et la place remarquable qu’elle donnait à toute l’équipe image (sans compter les aides innombrables en pellicule pour les courts métrages, tests et films de potes) en ont fait une amie toujours attendue et bienvenue sur les plateaux.
Tu nous manquais déjà depuis la fin de Fuji (et Gérald aussi), maintenant, tu vas pouvoir remonter le Club Fuji là-haut avec les disparus… Paix à ton Âme, Annick.
 Michel Benjamin, AFC

Je suis bien triste, je garde en souvenir son sourire, sa bienveillance pour les jeunes opérateurs et l’énergie qu’elle a su déployer pour les rencontres Fuji.
Une belle personne vient de nous quitter.
Mes pensées vont à sa famille.
Stéphane Cami, AFC

En 1975, je faisais mes classes d’assistant OPV sur La 7e Compagnie et nous avions des problèmes de perforations du pas sur de la Rochester. Gérald Fiévet présentait sa Fuji. Nous avons fini le film avec lui. En 1977, Annick est venue cette fois-là et nous avons fait La 7e au clair de lune en Fuji.
Depuis cette époque, Annick s’alignait sur la fréquence du cœur, sur l’écoute, curieuse de nos difficultés et notre cheminement. Ses yeux et son sourire couronnaient sa présence. Venir sur les tournages était pour elle un jour de fête. Elle aimait partager avec l’équipe, le réalisateur et le producteur. Un peu espiègle, un peu coquine, beaucoup d’humour, un sourire avec des yeux pétillants, elle tissait généreusement des liens affectueux entre nous tous. C’était la nouvelle Fée de Fuji, distribuant des sels d’or plutôt que d’argent à notre Cinéma. Annick avait raison : son humanité est devenue grande. Merci Annick !
Une nostalgie profonde me submerge.
Bernard Cassan, AFC

Annick faisait partie de ces personnes qui nous font regretter une certaine époque révolue.
Je pense à des gens qu’on rencontre moins maintenant qui faisaient passer la qualité des relations avant les intérêts de leur compagnie.
Et finalement on était heureux de travailler avec Fuji parce qu’on allait travailler avec Annick.
Plus longtemps avant, il y avait Albert Viguier, le fondateur d’Alga, devenu Panavision, qui déchirait la facture de la location d’une caméra quand il s’apercevait qu’elle avait servi à faire un court métrage entre copains.
Je pense aussi à Didier Diaz, heureusement toujours en activité.
Dans l’impitoyable économie moderne, des gens comme Annick se feront certainement, et malheureusement, plus rares.
François Catonné, AFC

C’est avec une grande tristesse que j’apprends la disparition d’Annick Mullatier. Comme à beaucoup d’autres, elle m’a donné des coups de main à mes débuts, mais aussi plus tard dans ma carrière. Je n’étais pas un chef op’ Fuji mais il était évident que Fuji offrait une véritable alternative à l’image Kodak qui convenait à certains films, en contraste, en saturation, en palette de couleurs, et cela tout le monde le voyait dès la projection des essais maquillage.
Annick avec son éternel sourire et ses robes en tissus indiens préférait les rapports humains avec les opérateurs au dévouement corps et âme à l’entreprise qui l’employait. Comme d’autres, je crains fort que le moule ne soit cassé...
Je veux vous faire part de ma première rencontre avec Annick.
1990, je suis en dernière année a La Fémis. Fuji a invité des opérateurs soviétiques (ils le sont encore !), dont Vadim Youssov, qui a fait tous les films de Tarkovski jusqu’à Solaris inclus, excusez du peu ! Annick emmène cette délégation visiter la toute récente Fémis mais personne, parmi les soviétiques, ne parle français ni anglais. Jack Gajos, directeur de La Fémis à l’époque, se souvient qu’un élève parle russe : Chambon. Et me voici bombardé interprète avec mes souvenirs de russe que je n’ai plus pratiqué depuis le bac. Annick m’en est très reconnaissante et m’offre son aide dès que j’en aurai besoin. L’occasion survient rapidement : ma camarade de promotion et amie Isabelle Razavet réalise, pour son travail de fin d’études, un très beau documentaire sur sa grand-mère dont j’assure la photographie. Peut-être sous l’influence de Ricardo Aronovich, qui dirige le département Image et qui nous l’a fait comparer avec la Kodak, nous décidons de tourner le film en Fuji. C’est un film qui se tourne en décembre à la campagne et nous sommes convaincus que la Fuji rendra merveilleusement la lumière chaude, les camaïeux de brun, de jaune et d’ocre des arbres et de la terre de cette fin d’automne, ce qui s’avère parfaitement juste. Annick tient alors sa promesse et nous fait cadeau de deux boîtes de 120 mètres en 16, ce qui représente beaucoup par rapport à notre maigre métrage.
Voici comment naît une relation généreuse et fidèle bien que je tourne la plupart de mes films en Kodak.
Quand je pense à Annick aujourd’hui, je revois ses yeux bleus toujours rieurs et son sourire radieux, je me souviens de son soutien aux opérateurs débutants traités sur le même plan que les opérateurs les plus confirmés.
Adieu Annick, je t’embrasse bien fort.
Olivier Chambon, AFC

Annick Mullatier, c’est toute une époque... que de souvenirs, que de bons souvenirs...
Le Club Fuji , L’ARP à Beaune, Cannes..., des rencontres magnifiques entre seniors et juniors du métier. Une grande dame du cinéma.
Bon voyage, Chère Annick !
Laurent Dailland, AFC

Il était une fois… Tous les contes de fées commencent par ces mots et s’il est dit, avant ou après moi, que Fuji, comme Agfa et Kodak, a été l’une des trois fées qui ont permis, grâce à leurs pouvoirs surnaturels, à l’AFC d’exister à ses débuts, Annick en aura été la plus merveilleuse des incarnations.
Je ne m’étendrai pas sur les qualités humaines et professionnelles dont Annick a fait preuve et sur lesquelles nombre de témoignages reviennent ici mais dévoilerai un petit secret qu’elle m’avait demandé de bien garder... Aux soirées du Club Fuji, se trouvait à l’entrée ou à la sortie, suivant le moment auquel on y prêtait attention, un récipient hémisphérique transparent rempli de photos prises pendant les précédentes réunions par le photographe de la maison, au doux nom d’artiste, Baxter. Elles n’avaient rien de très artistique, leur auteur, s’il me lit, ne m’en voudra pas, mais étaient là comme simple souvenir, témoin de notre présence, et chacun pouvait se servir comme bon lui semblait.
Au moment où Annick s’apprêtait à prendre sa retraite, elle m’avait appelé en me demandant de passer la voir au bureau, à l’époque avenue de Villiers. Chose se faisant, il y avait dans la pièce quasi vide un grand carton qu’elle souhaitait me confier, me disant qu’il contenait les dernières photos des Clubs Fuji qui lui restaient, de le prendre avec moi mais surtout de n’en parler à personne d’autre de la maison… Pacte conclu, motus et bouche cousue ! Je suis allé dans la foulée le poser sur un coin d’étagère encore libre à l’AFC, après y avoir rapidement jeté un œil et vu qu’il y avait là des petits trésors de convivialité, l’une des marques de fabrique de la maison Fuji France. On y reconnaissait nombre d’entre nous, dont certains étaient encore jeunes et beaux comme des astres, entre autres amis, connaissances et inconnus, certainement illustres...
Le carton, comme promis, y est resté fermé jusqu’à ces derniers jours où j’ai voulu rechercher des photos sur lesquelles figurerait Annick. Quelques-unes sont dans le portfolio de l’article faisant part de sa disparition et, comme il y a aujourd’hui pour ainsi dire prescription, je ferai des scans de celles qui me semblent les plus emblématiques et les publierai dans un article évoquant le souvenir de ces Clubs Fuji tant appréciés mais jamais égalés et regrettés encore aujourd’hui.
Une dernière et affectueuse pensée pour Annick et ses proches en citant Charles Perrault. « Mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des grands-mères, on en gardera la mémoire. »
Jean-Noël Ferragut, AFC

Le départ d’Annick, c’est toute une époque qui se termine.
Tous ceux qui nous ont aidés et croyaient en nous, à nos débuts.
On peut ajouter Henryk Chroscicki (Technovision), Alain Boutillot (Cinecam), Claude Chevereau, Françoise Eléfantis (Kodak), etc.
Ce que j’adorais avec Annick, c’était sa joie de vivre, elle adorait nous rencontrer. J’ai des souvenirs très beaux de déjeuners avec elle où l’on parlait de cinéma, certes, mais surtout de la vie.
Moi aussi, elle m’a beaucoup aidé. C’était une très belle personne.
Eric Gautier, AFC

J’entends encore la voix de Pierre Lhomme nous parler « des bonnes fées ». « Les bonnes fées », au début de l’AFC, c’étaient les labos, les prestataires et les distributeurs de pellicules qui soutenaient financièrement notre association, mais pas que… , par leur participation active, ces « bonnes fées » contribuaient à une vie sociale et conviviale au sein de notre profession.
Le décès d’Annick Mullatier me replonge dans les années 1980 où Fuji, en ouvrant son comptoir parisien, apparut sur le marché français comme un libérateur : dans ces années, il n’y avait qu’une seule pellicule accessible qu’il fallait payer comptant. Par sa politique d’ouverture, l’équipe de la pellicule nippone a certainement aidé à assouplir nos rapports commerciaux avec monsieur Eastman. Pour autant ne pas se faire d’illusion... les lois du marché existaient mais, avec tous nos fournisseurs de pellicule, s’était établie une complicité fondée sur de l’éthique, une passion partagée du cinéma et leur intérêt pour notre travail. Les visites de Françoise Eléfantis de Kodak, de Francine Jean-Baptiste pour Agfa et d’Annick Mullatier pour Fuji, pour ne citer qu’elles, étaient quasiment ritualisées.
Et, comme cela a été dit dans les nombreux témoignages, l’équipe Fuji a soutenu les projets improbables, comme ceux de nouveaux réalisateurs, et a accompagné de jeunes directeurs de la photo dans leurs premières collaborations.
C’était une époque où, dans nos agendas professionnels, rares étaient les semaines où nos soirées n’étaient pas prises pour la présentation d’un nouveau produit, une projection, un débat technique… Ces rencontres, nombreuses, ont contribué à créer avec nos associés, mais aussi entre nous, directeurs de la photo et assistants, des liens plus forts qu’une simple relation professionnelle.
Non, ce n’est pas un rêve : "Un séminaire Fuji" avait réuni 40 directeurs de la photos et leurs compagnes, invités en Corse, pour un week-end ; Kodak avait organisé une visite de ses usines de Rochester, pour 150 chefs opérateurs européens transportés dans un charter qui avait fait escale à Paris et Londres ; on peut ajouter le festival de Chalon, rendez-vous annuel où tous les DP AFC étaient invités, le Club Fuji, la soirée Caméra d’or...
Il me semble difficile de ne pas relier ces souvenirs avec le courrier que nous a envoyé Marc Galerne, de K5600. En voila une autre de ces « bonnes fées », un associé qui a toujours été à nos côtés. Marc souhaite que la baguette magique de la fée puisse toujours être active et nous presse, par notre éthique et nos réflexions, à ce que nos relations avec l’industrie du cinéma soient plus citoyennes. La mutation technologique ne peut se passer d’humanisme, particulièrement dans nos professions.
Annick Mullatier, tout comme Gérald Fiévet, votre tandem ressemblait à votre pellicule Fuji, douce et pastel. Votre humanité, nous ne pouvons pas l’oublier… Grâce à vous, beaucoup de nos films ont pu se tourner avec plaisir et facilité.
Dominique Gentil, AFC

Un chaleureux souvenir pour Annick qui était toujours disponible pour nous aider et pour nous informer dans nos choix d’émulsion de pellicules Fuji. Elle nous donnait avec plaisir de la pellicule pour faire des essais photographiques et était très curieuse des résultats et de notre point de vue sur les émulsions.
Elle était toujours présente aux projections de l’AFC et nos conversations autour d’un verre étaient toujours pleines de bonne humeur. Je plaisantais avec elle sur la Qualité du Vert Fuji en le comparant à celui des rizières…
Annick, merci pour ta gentillesse et ta générosité, tu resteras gravée pour toujours dans ma mémoire !
Jimmy Glasberg, AFC

Comme nombre d’opérateurs, je suis venu un jour dans les locaux de Fuji, pour un projet de court métrage. C’est fou quand j’y repense combien l’accueil fut d’emblée chaleureux, amical, alors que personne ne me connaissait et que mon CV ressemblait à une feuille de papier à cigarette. Cette immédiate simplicité, c’était sa force parmi toutes les qualités d’Annick.
Dans nos échanges, cet enthousiasme qu’elle partageait sur le moindre des projets, fut-il un court métrage fauché que nous avons tous fait. Gérald Fiévet, jamais loin lui aussi, peut-être plus réservé, mais néanmoins tout à fait au courant du moindre projet.
Elle pouvait aussi être fière car la gamme Fuji n’a cessé de s’améliorer, allant dans des directions très différentes de la célèbre Kodak, et nous offrant ainsi un choix inestimable pour nous jeunes opérateurs.
Combien de bobines pour nombre d’essais qu’Annick nous fournissait avec ce sourire joyeux : « Allez, testez-la et dites nous » !
Mais Annick, c’était aussi une confidente, quelqu’un à qui l’on pouvait dire des choses personnelles, sur le travail, sur notre vie, quelqu’un qui garderait ces conversations pour elle.
Voila Annick, tu es partie toute en discrétion comme le jour où tu m’annonças ton départ de la profession sans remords, juste avec ce sourire d’avoir avec nous partagé toutes ces années.
Tu resteras à jamais comme une belle personne.
Eric Guichard, AFC

Profonde tristesse à l’annonce du départ d’Annick Mullatier avec qui nous sommes nombreux à avoir partagé tant de choses...
Mais en respect de la très grande discrétion qui était la sienne, je garderai nos souvenirs au chaud de notre cœur.
Dominique Le Rigoleur, AFC

Il y a quelque chose que le numérique ne nous fera jamais : une bobine de film a un début (après l’amorce), une durée qui apporte des choses merveilleuse et d’autres qui le sont moins - qu’importe, c’est la vie -, et une grande claque quand la bobine est finie et vient gifler le carter.
Chaque fois que quelqu’un de bien s’en va, c’est la même chose !
Ça aussi c’est la vie…
Adios Annick Mullatier !
Pascal Lebègue, AFC

Annick a été une personne très active et super engagée et passionnée par ce qu’elle faisait et par ce qu’elle représentait : à savoir la pellicule Fuji. La concurrence avec Kodak était présente, certes, mais nous avons tous tourné également en Fuji, aussi grâce à elle.
Pour rejoindre les propos de Gilles [Gilles Porte, voir ci-dessous], oui la Fuji portait chance à Humbert Balsan, nous avons pu le vivre lors de la sortie de Y aura-t-il de la neige à Noël ?, par exemple.
Annick a toujours été là dans les discussions avec les labos, lorsque nous souhaitions faire des essais avant tournage, elle lisait les scénarios des films sur lesquels nous travaillions et elle a toujours été une personne à l’écoute de nos envies, de nos doutes. Annick était présente à nos côtés, pas seulement pour des raisons commerciales et d’intérêts pour le groupe Fuji, mais c’était une vrai personne, qui instaurait un rapport honnête et sincère. Voila mon sentiment. Je l’ai beaucoup côtoyée sur de nombreux projets et j’ai essayé d’être la plus fidèle possible vis-à-vis de Fuji, aussi grâce à elle et grâce à son "humanité" en tant que personne.
Mes pensées pour sa famille.
Hélène Louvart, AFC

Je me souviens d’Annick m’accueillant chez Fujifilm alors que je sortais de mon école de cinéma et que je voulais faire un petit clip en Super 16 mm. J’étais tout embarrassé de demander un coup de main...
Quel rayon de lumière, cette gentillesse, l’envie d’aider, son intérêt des projets des opérateurs...
Elle était heureuse de savoir que l’on tournait, que ce soit chez Fuji, chez Kodak ou de quelque manière que ce soit. On avançait et cela lui faisait plaisir.
Annick fait partie des belles personnes qui m’ont aidé. Elle fait partie de mon histoire. Je suis bien triste de la savoir partie...
Merci Annick !
Je pense à elle, je pense à sa famille.
Antoine Marteau, AFC

C’était à l’occasion des soirées Fuji que je l’avais rencontrée alors que je n’étais qu’assistant. Très belle personne, Annick a aidé tellement de jeunes opérateurs, dont je faisais partie. Elle ne regardait jamais les gens de haut, comme certains dans le métier à cette époque. Nombreux sont ceux qui ne l’oublieront jamais, elle, mais aussi Gérald et ces moments de convivialité qu’ils avaient su créer.
Vincent Mathias, AFC

Annick Mullatier, au Cinéma des Cinéastes au début des années 2000
Annick Mullatier, au Cinéma des Cinéastes au début des années 2000

Il m’est difficile de rendre hommage à Annick car elle a été pour moi une amie très proche, jusqu’à la fin de sa vie, et sa disparition m’attriste profondément.
Beaucoup d’entre nous peuvent témoigner de sa disponibilité, son écoute, sa générosité lorsqu’elle était chez Fuji. Je témoignerai donc de "l’après Fuji".
Ce que je peux dire, c’est qu’Annick aimait passionnément le cinéma et s’intéressait sincèrement à ceux qui le fabriquaient. Depuis son départ à la retraite, en 2008, Annick passait beaucoup de temps dans les salles obscures. Elle lisait avec intérêt la Lettre de l’AFC, pour se tenir informée de l’évolution de notre métier et suivre l’actualité des chefs opérateurs.
Quand elle croisait dans la rue un tournage, elle allait toujours demander qui réalisait et qui faisait l’image.
Elle a toujours été là, dans l’ombre de notre métier jusqu’à ses derniers jours.
Et pour moi, une lumière s’est éteinte.
Béatrice Mizrahi, directrice de la photographie

C’est grâce à Annick que nous avons pu tourner, entre autres courts métrages, Le Mozart des Pickpockets, de Philippe Pollet-Villard, César et Oscar du Court Métrage de fiction.
Je lui dois beaucoup et garde des magnifiques souvenirs des Clubs et dîners Fuji.
Pensées.
Philippe Piffeteau, AFC

Un peu moins d’un an après le César du meilleur premier film pour Quand la mer monte, coréalisé avec l’actrice Yolande Moreau, je réalise une centaine de portraits de femmes et d’hommes sans qui ce film n’aurait pas tout à fait été le même… Leica M4P… 35 mm… Pas de lumière additionnelle… Je prends juste rendez-vous et la personne concernée prend le César comme elle veut... Ces photos[1] sont réunies dans le livre Rendons à César…, publié aux Editions de l’Œil.
Les mots qui étaient écrits sur la quatrième de couverture étaient : « Rendons à César… ou plutôt rendons le César. A celles et ceux – habitants du nord de la France, mais aussi de Belgique ou de Paris – qui avaient aidé à faire que ce film existe… Leur rendre des attentions, juste compressées dans une statuette, comme un témoin qu’on se passe de main en main. »
Annick Mullatier était une de ces personnes. La légende qui accompagnait son portrait était :
« Quand j’ai demandé à Humbert[2] s’il préférait que je tourne avec de la Fuji ou de la Kodak, il m’a répondu que Fuji lui portait chance ».
J’étais allé retrouvé Annick chez elle, comme toutes celles et ceux que je photographiais… Elle habitait dans le 2e arrondissement, dans un des appartements qu’on voit derrière elle. Je me souviens, elle m’avait demandé comme elle devait le prendre. Je lui avais répondu : « Comme tu veux Annick… Tu crois sincèrement que je sais comment académique se porte ce machin ? » Elle avait voulu faire figurer un clap Fuji pour immortaliser l’instant.
J’ai eu la chance de rencontrer son regard bienveillant, son sourire, sa voix douce… Je me souviens avoir été invité dans un grand restaurant parisien, près des Champs-Elysées, à un dîner Fuji alors que je n’étais qu’assistant caméra. Sa volonté de réunir des assistants à la table de grands directeurs de la photographie m’avait marqué…
Merci Annick pour la personne que tu as été et pour toute l’attention que tu nous as donnée et ne soyez pas étonnés cette semaine si vous habitez près d’une mer et que vous constatez qu’elle descend un peu plus que d’ordinaire…
Gilles Porte, AFC
[1] Rendons à César...
[2] Humbert Balsan, producteur du film

Annick Mullatier, César et clap Fuji en mains, en 2005
Annick Mullatier, César et clap Fuji en mains, en 2005
Photo Gilles Porte

Une grande tristesse. Annick était toujours là avec son rire, elle m’a beaucoup soutenue, moi qui étais arrivée dans ce métier par la fenêtre. Je me suis formée sur le tas, comme on dit, et c’est grâce à la bienveillance de gens comme Annick que j’ai pu naviguer sans dommage. Merci mon Annick chérie. Je t’aime.
Elizabeth Prouvost, directrice de la photo et photographe

Souvenirs
La même semaine disparaissent deux femmes d’image, l’une représentait Fujifilm et l’autre œuvra longtemps comme assistante caméra puis comme réalisatrice. Annick Mullatier et Myriam Touzé avaient toutes les deux une vitalité réconfortante.
Annick, qui nous a si souvent aidés, ne se cantonnait pas à vendre sa pellicule mais elle participait, elle aidait, elle conseillait et, par exemple, chaque fois que j’ai sorti un livre sur le cinéma, elle a m’a aidé en soutenant financièrement l’éditeur à y inclure de images. Son sourire et sa générosité éclairaient le monde un peu ingrat du commerce auquel elle ne se cantonnait heureusement pas. Ses visites sur les tournages, les manifestations qu’elle organisait avec son comparse Gérald Fiévet ont rayonné sur les tournages français des années 1990 et 2000 en nous laissant de magnifiques souvenirs.
Myriam fut une assistante zélée pendant quinze ans avant de devenir scénariste et réalisatrice, j’avais tourné avec elle une petite série de "Fables de la fontaine" où elle se montra passionnée et talentueuse. Puis elle intégra l’enseignement du scénario et de la réalisation à des étudiants qui ne rataient jamais un de ses cours.
Ces deux femmes disparaissent la même semaine et c’est une vraie perte pour le monde de l’image.
Qu’elles reposent en paix !
Jean-François Robin, AFC

Chère Annick,
Une page vient de se tourner et j’en suis triste...
Je me souviens de mon arrivée au sein de Fiaji dans un milieu inconnu pour moi.
Je me souviens de la patience et de la bienveillance dont vous avez fait preuve pour me former à ce métier.
Je me souviens des toutes ces belles années de collaboration.
Je me souviens de merveilleux moments passés ensemble.
Je regrette que la vie nous ait éloignées ces dernières années.
Mais je comprend votre discrétion autour de votre santé.
Et surtout... je regrette de ne pas avoir été là pour ce dernier voyage, nous en avions tant faits ensemble !
Bon voyage Annick !
Sandrine Taisson , collaboratrice d’Annick Mullatier chez Fiaji puis Fujifilm, de février 2000 à juin 2008

Sandrine Taisson et Annick Mullatier, au Festival de Cannes, en mai 2007
Sandrine Taisson et Annick Mullatier, au Festival de Cannes, en mai 2007
Photo JN Ferragut

Je suis très triste. J’aimais beaucoup Annick, avec qui nous avons passé plein de joyeux moments…
Manuel Teran, AFC

Quel chagrin ce matin en apprenant cette nouvelle.
Je me souviens, comme Gilles Porte, de ces déjeuners au restaurant Chez André, rue Marbeuf, et de ma timidité de jeune assistante caméra à entrer dans ce lieu pour accompagner de "grands" directeurs de la photo.
Je me souviens de ta générosité, de ton écoute, Annick. Tu prenais le temps avec tous d’échanger sur le cinéma et sur nos vies.
Plus tard, quand je suis devenue directrice de la photographie, tu étais fière de ce passage. Même quand je te faisais des infidélités avec Kodak, nous continuions à nous retrouver pour un déjeuner dans un grand restaurant italien, chez ton frère.
Sans que tu ne le saches, nos rendez-vous me donnaient du courage et de la force.
Je pense à ton fils dont tu me parlais souvent.
C’était une autre époque où nous prenions le temps de nous voir et de parler.
Merci Annick infiniment pour tout ce que as donné à tous ceux qui t’ont côtoyée.
Myriam Vinocour, AFC

J’ai habité dans la maison Fiaji, rue Pierre-Charron, de 1997 à 2004. Annick est arrivée avant et repartie après. Elle était la plus ancienne de l’immeuble. Nous vivions sur le même palier. Je me souviens de l’odeur des gitanes qu’elle et Gérald empilaient dans le cendrier ; de ces après-midis à "descendre" la liste des films et téléfilms en projet, le Bellefaye dans une main, le téléphone dans l’autre ; de notre premier rendez-vous sur les Champs-Élysées avec une pléiade de directeurs de la photographie. Nous en avons écumé des festivals ! Des dîners ! Des tournages ! Courts métrages, longs métrages, téléfilms, petits ou grands, rien ne nous était indifférent. C’était une évidence.
Alors, je pourrais dire qu’Annick était généreuse, qu’elle aimait donner sa chance, qu’elle avait un cœur pour les petits, les plus faibles, les différences. Je pourrais écrire qu’elle aimait la jeunesse et l’audace, qu’elle était pugnace et tenace. Car tout cela était vrai. C’est un fait : Annick a fait du bien autour d’elle.
Mais je ne peux oublier que, même si elle était toujours claire et directe, la ligne qui nous reliait, elle et moi, était parfois sinueuse, étroite, voire perpendiculaire. Nos chemins étaient si parallèles, si différents, qu’il nous paraissait impossible qu’ils se rejoignent. Sauf, peut-être, à l’infini.
Pourtant, malgré nos différences, ces années passées à voyager ensemble (Cannes, Saint -Tropez, Grenoble…) nous ont appris à nous re-connaître. Notre proximité de chemin a fini par dompter nos différences et a laissé place à une intimité si forte qu’elle a scellé notre relation. Merci Annick !
Aujourd’hui, je suis fier d’avoir fait partie de cette bande de mousquetaires qui avait fait de la générosité et de la droiture une norme commerciale. D’accord, nos vies à tous sont perforées. Nos bobines finissent toujours dans des boîtes en fer, en carton ou en bois. D’accord. Mais quand la lumière nous traverse… Dieu, que c’est beau ! Salut Annick.
Christophe Zimmerlin , collaborateur d’Annick Mullatier chez Fiaji, de 1997 à 2004