Camille

J’ai rencontré Boris il y a quelques années à l’occasion de sa première fiction, Hope. J’avais beaucoup aimé sa vision du cinéma et le scénario. Hope a été une expérience riche et inoubliable et j’étais très heureuse qu’il me propose de repartir sur son nouveau projet autour de la photographe Camille Lepage, tourné en Centrafrique et à Angers.
Jeune photojournaliste éprise d’idéal, Camille part en Centrafrique couvrir la guerre civile qui se prépare. Très vite, elle se passionne pour ce pays et sa jeunesse emportée par la tourmente. Désormais, son destin se jouera là-bas.
Nina Meurisse dans le rôle de Camille Lepage
Copyright Pyramide Films

Deux ans avant le tournage, Boris a initié des "Ateliers Varan" à Bangui, pour former des jeunes à la réalisation de documentaires et contribuer à reconstruire le cinéma centrafricain, tout en préparant son propre projet. Marko, le preneur de son et moi-même avons rejoint ces formations pour la partie technique. Il était évident que nous allions partir avec une équipe française minimale et faire participer ces jeunes apprentis au tournage du film. Ainsi l’équipe image s’est composée d’une pointeuse et d’un chef électro français et de Bertille, "électrote", ci-dessous, en avant-plan, entourée des stagiaires Varan, une partie de notre équipe locale...

Photo Michaël Zumstein / Agence Vu

... de Leila, seconde assistante opératrice, au travail ci-dessous avec Hélène, première assistante opératrice...

Photo Michaël Zumstein / Agence Vu

... de Christian, machiniste (ci-dessous).

Photo Michaël Zumstein / Agence Vu

Christian... qui m’a sauvé la vie. En tout cas, c’est ce que j’aime penser. Il était très intéressé par le poste de machiniste. Lors de mon intervention dans le cadre des Ateliers Varan, j’avais senti que nous pourrions établir une relation de confiance.
Après des débuts houleux (nous avons failli casser la caméra dès le premier plan dans une chute), Christian a été mon guide dans tous ces chemins extrêmement accidentés que j’ai parcourus l’œil et le cerveau dans la visée. Les routes sont défoncées, les plaques d’égouts manquantes, sans parler de la brousse.
Lors de la reconstitution de la démolition de la mosquée Fouh, il a dû quitter le plateau, submergé d’émotion. Et puis il a décidé que sa place était à côté de la caméra et que travailler ensemble sur ce sujet douloureux lui permettrait d’affronter ses souvenirs. Il est revenu juste à temps pour se jeter sur moi et m’éviter d’être scalpée par une plaque de tôle rouillée arrachée du toit. Merci pour tout Christian !

J’ai eu la chance d’avoir accès au disque dur de Camille et de pouvoir voyager à travers ses milliers de photos. Cela a été extrêmement éprouvant par moment, j’en connaissais encore très peu du pays et ce témoignage silencieux de la violence de cette guerre civile me retournait les tripes. Les photos s’empilaient, comme les cadavres. J’ai dû y retourner à plein de reprises pour digérer et arriver à "m’identifier" à Camille Lepage. Tout comme la formidable Nina Meurisse, qui a suivi le même chemin. La question du regard était centrale dans le projet, comment glisser du point de vue de Camille vers la narration, comment se positionner émotionnellement et physiquement, comment être légitime dans tout cela...
Je pense que finalement les réponses sont venues en cours de route et le fait d’avoir suivi cette jeune photographe, heure par heure, jour par jour, acharnée au travail, m’a permis non seulement de la connaître un petit peu mais aussi de guider les choix de regard et de cadre d’une manière plus instinctive en cours de tournage. La séquence de portrait en fin de film en témoigne...

Très tôt s’est posée la question du format. En épluchant le travail des photographes ayant couvert le conflit, j’ai été très attirée par le 1,5, moins évident en mouvement qu’en images fixes. C’est ce côté "inconfortable" avec "de l’air et du corps" qui m’intéressait. Toujours dans le questionnement, il me semblait que ce format obligeait à regarder autrement, à contraindre la direction du regard. Nous avons fait des essais mélangeant archives, photos et fiction, tournés sur la pelouse devant Panavision et sommairement montés.

La méthode de travail de Boris est particulière. Tout en s’appuyant sur le scenario co-écrit avec Bojina Panayotova, la recherche de vie et de vrai prend beaucoup de temps dans la première partie de journée. On recrée le bordel et puis tout le monde se jette dans l’arène.

La perméabilité entre photos, archives et fiction nous a amenés à travailler par exemple à la morgue de l’hôpital communautaire, entre levées de corps bien réelles et fantômes du conflit... Merci Michaël d’avoir capté ce moment de solitude. Par terre, étendu en vêtements noirs, Christian, notre machiniste qui a tenu à faire de la figuration à ce moment précis.

Photo Michaël Zumstein / Agence Vu

Les moments les plus précieux se passent en pré-repérages. Se lever tôt et arpenter les rues à pied, s’imprégner des ambiances et choisir certains décors ensemble tout en discutant du sens du film. C’est ce que nous avons encore fait cette fois-ci avec Boris. Cette étape m’est indispensable.

Coté technique : après des essais comparatifs, nous avons choisi de tourner en RED Dragon avec des Zeiss GO. Je recherchais des hautes lumières baveuses et je remercie Panavision de m’avoir laissé composer une série cohérente en flares avec le moins d’aberrations chromatiques possible aux diaphs les plus ouverts.
Les séquences à moto ont été tournées avec un Fuji XT3 sur Zhiyun Crane 2, enregistré sur Atomos Inferno.
En lumière, j’ai voulu garder les intérieurs éclairés à l’ampoule économique froide qui contraste avec la terre brune et le soleil chaud en Afrique. En France cela s’inverse, les intérieurs sont plus chauds que les extérieurs. Mes références visuelles se sont limitées pour ce projet à deux photos de Camille Lepage, l’une pour la lumière et l’autre pour le cadre.

Un grand merci à Isabelle Laclau, étalonneuse du film. En plus de ses continuelles propositions, elle a abordé avec beaucoup de sérénité les séquences en lumière naturelle, démarrées sous ciel brumeux le matin et terminé sous les derniers rayons de soleil rougeoyant.

Équipe

Première assistante opératrice : Hélène Degrandcourt
Deuxième assistante opératrice : Leila
Chef électricien : Jean-Baptiste Moutrille
Electriciens : Bertille et Christian

Technique

Matériel caméra : Panavision Alga (RED Dragon 5K et objectifs Zeiss GO)
Laboratoire : Poly Son
Rushes : Sparrow
Etalonnage : Isabelle Laclau