33e Festival Camerimage

Compte rendu de la conférence Zeiss autour du travail de Daniel Ilabaca, opérateur "cascades caméra"

Par Margot Cavret pour l’AFC

Contre-Champ AFC n°373

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Dans le cadre d’une conférence Zeiss, Hélène de Roux a pu présenter au public de Camerimage le travail de Daniel Ilabaca et de son associé Nils Bätscher. Aujourd’hui "cascadeur caméra", Daniel Ilabaca est revenu sur son cheminement professionnel, de son épanouissement dans l’univers du Parkour, à sa professionnalisation en tant que cascadeur, et son passage du devant de la caméra à sa manipulation. Le lendemain, l’équipe a emmené les festivaliers intéressés dans les rues de Toruń, pour une mise en pratique.

Pour entamer la conférence, Hélène de Roux commence par présenter à l’audience une vidéo de démonstration de la discipline du Parkour. Daniel Ilabaca commente : « C’est une vidéo que nous avons fait sponsoriser par une marque. C’est tourné à Barcelone, donc nous avons exploré la ville à la recherche d’endroits et d’architectures intéressantes qui nous permettaient de sauter et d’effectuer des figures, avec mon collègue qui était en roller ».

Freeskating meets Parkour : Danny Aldridge & Daniel Ilabaca

« J’ai toujours été meilleur pour m’exprimer physiquement que verbalement », reprend Daniel Ilabaca, revenant sur la trajectoire personnelle qui l’a emmené à découvrir le Parkour. « J’aimais me déguiser, je faisais du théâtre, mais je n’étais vraiment pas bon à l’école ! J’ai commencé à m’intéresser au cinéma, et notamment à des films comme Gladiator, qui donnent du sens à la posture et au langage corporel, en relation avec le décor, l’espace. En Parkour, on dit que dès le premier pas on peut déjà savoir si le mouvement sera réussi ou pas. Dans ces films, c’était pareil, dès le premier geste, l’issue du combat était comme déjà scellée. Et je me suis aussi intéressé au personnage de Jack Talons-à-Ressort, un personnage du folklore anglais de l’époque victorienne, qui était un bandit masqué, qui n’a jamais été identifié et qui avait la caractéristique d’être capable de bondir très haut. C’est ce qui m’a inspiré dans ma pratique du Parkour. J’ai atteint le succès physique et la reconnaissance dans cette discipline, mais je ne me sentais toujours pas parfaitement à ma place. Puis un jour j’ai auditionné pour une publicité réalisée par Jon Favreau et photographiée par Matthew Libatique, ASC, LPS, et ça à été un tournant dans ma carrière. Nous avons fait trois semaines de préparation lors desquelles j’ai pu en quelque sorte inventer les obstacles que je rêvais de franchir. En Parkour, il faut interpréter l’espace, utiliser son imagination pour transformer l’environnement en un circuit dont il faut relever le défi, mais là, j’avais la liberté de demander moi-même le parcours parfait. Le premier jour du tournage, Jon et Matthew discutaient du plan, en se demandant où placer la caméra. Je me suis permis d’intervenir et de suggérer un placement, et c’est finalement cette proposition qui a été retenue. Pour le plan suivant, ils sont directement revenus vers moi pour me demander où mettre la caméra ! Je me suis rendu compte que mon expérience du Parkour, la compréhension de l’espace que ça m’avait apporté, étaient des compétences recherchées, que je pouvais mettre à profit, car finalement le cinéma c’est pareil : on arrive dans un espace et on se demande ce qu’on va pouvoir y créer. Je le prenais pour acquis, mais j’ai compris que chacun voyait le monde d’une façon différente, et que j’avais acquis une façon de lire l’environnement qui était unique. Peu de temps après j’ai été opérateur roller pour une publicité, et ça s’est confirmé. C’était ça, ce que je cherchais depuis tout ce temps. En rentrant à la maison j’avais eu une révélation, je voulais m’exprimer non plus devant mais derrière la caméra.

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« J’ai commencé à créer des vidéos, et très vite je me suis intéressé aux équipements. J’ai investi dans un Steadicam, un Trinity, etc. Mais très vite je me suis senti limité par ces équipements, et j’ai voulu me mettre à fabriquer ce dont j’avais vraiment besoin. J’ai développé ma propre machinerie pour que la caméra puisse s’adapter à tous mes mouvements. Ça offrait des nouvelles possibilités de plans qui ont commencé à intéresser les équipes. Parfois je commence un film dans l’équipe cascade et je le termine en équipe caméra, quand on se rend compte que j’ai tous ces outils ! C’est une nouvelle évolution dans mon métier, avec de nouveaux défis. Maintenant je dois non seulement trouver comment franchir un obstacle, mais en plus trouver comment le faire tout en portant la caméra. Peu à peu mon outil favori est devenu le Ronin 4D. »

L’opérateur est venu à la conférence avec sa propre roulante, contenant toutes sortes d’outils, et plusieurs caméras modulables. Parmi elles, la fameuse caméra DJI Ronin 4D, dont le capteur se situe au bout d’un petit bras articulé. Équipée d’un objectif Zeiss Nano Prime, la caméra se réduit à un regard discret par-dessus l’épaule de l’opérateur, malléable et légère, adapté à toutes les configurations, même les plus extrêmes. Hélène de Roux commente, d’une façon difficilement traduisible en français : « You figured out how to hold the camera as much as wear the camera ! ». Il s’agit en effet pour le cadreur de porter le corps de la caméra presque comme on porte un vêtement, qui bouge à l’unisson avec son corps, d’un façon qui n’impactera ni son équilibre ni sa liberté de mouvement, et de désolidariser une portion la plus minime possible, pour choisir et affiner le plan avec précision. Il présente d’ailleurs avec humour une version designée par ses soins d’une potentielle Venice 3, étirée et plate sur toute la surface d’un gilet.

Daniel Ilabaca et Nils Bätscher présentant leur roulante - Photo Matthieu-David Cournot
Daniel Ilabaca et Nils Bätscher présentant leur roulante
Photo Matthieu-David Cournot

Daniel Ilabaca insiste ensuite sur l’importance qu’il voit dans la fabrication d’images de making-of. On peut remarquer en effet que toutes ses caméras sont équipées d’un système permettant d’installer une petite caméra de type GoPro, dont les images révèlent l’incroyable agilité du cadreur. « Au temps de l’intelligence artificielle, je trouve ça important de montrer les gens qui sont derrière les images que l’on voit », commente-t-il. « Les spectateurrices cherchent l’authenticité, des deux côtés de la caméra. Les gens aiment voir comment sont faites les choses, et ça nous permet de partager notre passion. »

Photo Matthieu-David Cournot

Enfin, Daniel Ilabaca présente à l’audience le projet de film sur lequel il travaille, cette fois-ci en tant que réalisateur. « Pendant toute ma carrière, j’ai évolué pour m’investir de plus en plus dans le processus créatif. En réalisant mon propre projet, je peux continuer plus librement d’explorer les possibilités qu’ont les comédiennes et la caméra de bouger ensemble. J’ai inventé ce scénario qui suit un étudiant tandis que sa vie quotidienne bascule quand un vaisseau alien apparaît dans le ciel et crée la panique. Nous avons tourné des essais pour un premier plan, qui le suit dans une cage d’escalier ouverte. C’est un suivi dans lequel j’ai intégré un moment où la caméra pivote et révèle l’endroit d’où elle vient. A ce moment-là, le public se demande comment le plan a pu être réalisé, et la magie opère. Nous avons travaillé avec le Ronin 4D et un objectif Zeiss Nano Prime 18 mm, et deux cadreurs, Nils et moi, qui nous relayons pour passer d’un escalier à un autre sans couper la caméra. »

Extrait du dossier préparatoire du film
Extrait du dossier préparatoire du film

Le lendemain, les invités et les festivaliers ont pu poursuivre la conversation sur le terrain, lors d’une session de mise en pratique, dans la fraîcheur des rues de Toruń, mais autour d’un chaleureux partage d’expériences.

Pendant l'atelier - Photos Matthieu-David Cournot
Pendant l’atelier
Photos Matthieu-David Cournot

(Compte rendu rédigé par Margot Cavret pour l’AFC)