Disparition du directeur de la photographie Renan Pollès, artiste protéiforme

La Lettre AFC n°303

Renan Pollès, directeur de la photographie et réalisateur, mais aussi écrivain, artiste contemporain et passionné d’archéologie, nous a quittés le 23 octobre 2019 à l’âge de 76 ans. On se souviendra du raffinement de sa photographie pour les films de Michel Andrieu et de Pascal Thomas comme des points de repères émergeant d’une filmographie qui préféra souvent emprunter les chemins de traverse, à l’écart d’un cinéma mainstream, par fidélité à des artistes cinéastes dont l’univers recoupait son goût pour le fantasque et l’imaginaire : Jean-Michel Barjol, Jean Rollin, Robert Lapoujade, Yvan Lagrange, Jacques Robiolles...

Renan Pollès est né le 5 février 1943, à Tréguier, dans les Côtes-d’Armor, fils d’Henri Pollès, écrivain et grand bibliophile qui baptisa ainsi son fils (et non pas Ronan) en hommage à Ernest Renan, lui aussi trégorrois d’origine.
Diplômé de l’IDHEC en 1965, Renan Pollès débutera dans la mouvance libertaire et l’underground post-soixante-huitards. La Peau dure, de Jean-Michel Barjol, en 1968, est un documentaire qui dresse avec humour et empathie le portrait du fossoyeur d’un petit village du Jura et sa proximité quotidienne avec la mort. Un film étrangement prémonitoire quand on sait que bien des années plus tard, Renan Pollès réalisera ses séries dites “Vanités”, photographies d’assemblages hétéroclites où un crâne est entouré d’objets contemporains.
La mort et la transformation sont encore la thématique du Cochon, célèbre moyen métrage co-réalisé par Jean-Michel Barjol et Jean Eustache en 1970 (et co-photographié par Philippe Théaudière). Toujours avec Barjol, Renan Pollès supervise ensuite les images de What a flash ! - quinze caméras et plus de soixante micros -, expérience ultime de mise en application des revendications libertaires et des utopies de l’après-Mai 68, où plus de 200 personnes du monde du spectacle, peintres, musiciens, acteurs ou techniciens sont enfermées durant trois jours et trois nuits dans un immense studio.
Durant cette première période des années 1970, il faudrait encore citer Requiem pour un vampire, de Jean Rollin (variation libre sur le thème du film de vampire mâtiné d’un érotisme soft à la manière de Mario Bava), Traité du Rossignol, de Jean Fléchet, Le Sourire vertical, de Robert Lapoujade et, bien sûr, L’An 01, de Jacques Doillon, en 1973, film emblématique de la contestation libertaire.

C’est à partir de 1978 que Renan Pollès rejoint un cinéma plus “grand public” en travaillant régulièrement avec Pascal Thomas (Confidences pour confidences) et Michel Andrieu (Bastien, Bastienne) mais sans jamais trop s’éloigner de ceux qui arpentent d’autres territoires, dans les domaines du documentaire ou du cinéma engagé : Jean-Noël Delamarre (Saloperie de rock n’roll), Romain Goupil (Mourir à trente ans ; La Java des ombres).
Entre 2005 et 2012, il mettra encore joliment en lumière quatre adaptations de nouvelles d’Agatha Christie réalisées par Pascal Thomas : Mon petit doigt m’a dit, L’Heure zéro, Le Crime est notre affaire et Associés contre le crime.

Renan Pollès sur le tournage d’ “Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour...”, de Pascal Thomas, en 2009
Photo Olivier Petitjean


Parallèlement à ses activités de directeur de la photographie, Renan Pollès entreprend des études d’archéologie dans les années 1980 jusqu’à l’obtention d’un DEA et devient un spécialiste reconnu du Néolithique final Armoricain. Il réalisera des documentaires comme Mythes & Mégalithes, en 1989, qui « retrace l’évolution des idées autour des dolmens et menhirs et plus particulièrement en Bretagne. Des vieilles traditions populaires qui les ont entourées de légendes et de rites aux rêveries romantiques qui aboutissent à la celtomanie, jusqu’aux délires actuels qui habillent d’oripeaux modernes les anciens mythes et font appel à de mystérieuses civilisations disparues ou à des créatures venues d’autres planètes. »
En 2000, il publie un superbe album, La Momie : de Khéops à Hollywood, ouvrage érudit, une archéologie de l’imaginaire sur « la fabrication du mythe de la momie dans la société occidentale depuis le Moyen-Age jusqu’aux productions iconographiques et cinématographiques contemporaines. »

A partir des années 2000, Renan Pollès réalise aussi différentes œuvres sous forme de photographies (série des “Vanités”, entre autres), sculptures et peintures qui feront l’objet de nombreuses expositions.

Vanité à la lampe à pétrole
Renan Pollès

Bande annonce du Crime est notre affaire, de Pascal Thomas (2008)

https://youtu.be/fdtlzcwoHR8

(En vignette de cet article, Renan Pollès au Micro Salon AFC, en 2008 - Photo Nelly Flores)