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Editorial de la Lettre de mai 2018

Par Gilles Porte, AFC

mercredi 2 mai 2018 - Modifié le 30/04

Puisque mon premier édito coïncide avec l’ouverture du 71e Festival de Cannes, impossible de ne pas avoir une petite pensée envers l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion dont j’ai été co-président pendant cinq ans… Nous devions choisir une vingtaine de films par an - une dizaine pour chaque programmation cannoise - afin d’accompagner des cinéastes au sein d’un marché qui ne les réclamait pas…

Un des principes que nous nous étions fixés était de toujours défendre un film à partir du moment où des cinéastes de l’ACID avaient décidé de le suivre au plus près, et cela même si nous ne partagions pas ce choix… N’est-ce pas ainsi qu’il faut concevoir l’appartenance à une association : privilégier une réflexion collective à des décisions personnelles...

Au cours de cette année, j’essaierai de me poser aussi régulièrement que possible avec celles et ceux dont j’admire le travail et qui composent cette association, persuadé depuis longtemps qu’il vaut mieux être bien accompagné que seul face à un miroir qui manque de réflexion. N’est-ce pas d’ailleurs une des caractéristiques de notre profession de "directeur de la photographie" que de savoir travailler "en équipe" ?

L’image d’un film ne sera jamais le fruit d’une seule et même personne. Elle naît au contraire d’une rencontre entre un scénario, un metteur en scène, un (ou une) directeur(trice) de la photographie, des comédiens qui incarnent des personnages, des costumes, des décors, une lumière, un mouvement de caméra ou un cadre fixe, un trait de maquillage, une volute de fumée, une mèche de cheveux ou d’autres détails qui participent tous à sa construction…
Mais si la notion d’efforts collectifs vaut pour une association ou pour la construction d’une image cinématographique, elle est encore plus valable pour essayer aujourd’hui de préserver une certaine idée de la diversité culturelle en Europe. A l’heure où les temps n’ont jamais été aussi individualistes, « La transformation des moyens de production et de diffusion rebat aujourd’hui complètement les cartes du financement et de la circulation des œuvres européennes ». Je vous invite à lire à ce sujet quelques mots qui se trouvent sur le site de la SRF.

Que ces mots retrouvent ceux qui ont créé l’AFC il y a 28 ans, celles et ceux qui la composent aujourd’hui, les autres directeurs et directrices de la photographie qui n’en font pas partie et tous les autres techniciens que nous croisons autour d’images et de sons sans oublier des étudiants qui rêvent un jour de "faire du cinéma"…
Regroupons-nous d’avantage en 2018. Imaginons plus de tables rondes et de Master Classes dans les festivals, les écoles de cinéma, les collèges et les lycées… Continuons d’élaborer des passerelles entre nos professions en expliquant parfois une manière artisanale d’envisager notre métier. C’est aussi comme cela que nous préserverons une exception qui n’existe nulle part ailleurs même si nous travaillons au cœur d’une industrie…

A l’heure où des étudiants bloquent aujourd’hui des facultés, où des personnels hospitaliers manifestent pour défendre une certaine idée du service public, où des trains hésitent à quitter des gares, comment ne pas se souvenir qu’il y a exactement 50 ans, des cinéastes s’étaient opposés à la projection de leurs propres films au sein du 21e Festival de Cannes, qui n’avait décerné aucun prix cette année-là…
Pas d’erreur d’interprétation cependant… L’AFC ne sera jamais qu’une association politique contrairement à l’ANC – chère à Nelson Mandela dont nous célébrerons les 100 ans en juillet – mais n’oublions pas qu’établir un cadre et construire une lumière à l’intérieur peut s’apparenter à un geste politique surtout lorsqu’il s’agit d’affirmer un point de vue…

Gilles Porte
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, président de l’AFC


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