Editorial de la Lettre de septembre 2018

"Papa, pourquoi les cinémas ont-ils des murs ?", par Gilles Porte, AFC

par Gilles Porte La Lettre AFC n°289

Cet été, avant de replonger dans l’œilleton d’une caméra, j’ai eu la chance de me balader de festival en festival pour accompagner Le Procès de Nelson Mandela et les autres *. Si une toile peut aider certains marins à prendre le large, il arrive, parfois, qu’elle ne favorise pas l’envol de spectateurs.

Comment qualifier ces écrans métalliques, conçus initialement pour la technologie 3D, et qui réceptionnent finalement d’avantage d’images tournées de manière plus classique ? Que dire de certaines lampes de projecteur qui rendent parfois une traversée très délicate avant d’accepter que tous nos écrans soient définitivement remplacés par des LEDs ou du plasma ? Et le son, souvent encore plus mal considéré que l’image ?

« Si le son est mauvais, ça te fait vite sortir de l’image. »

Jean-Baptiste [2] est projectionniste. Beaucoup de membres de la profession admirent son engagement, son attention et son professionnalisme. C’est Jean-Baptiste qui supervise toutes les projections cannoises, en concertation avec la CST, mais aussi celles de bien d’autres festivals.
Cet été, je le retrouve en Corse, dans le village perché de Lama, après une projection en plein air dont les excellentes conditions m’ont littéralement subjugué. Jean-Baptiste me raconte qu’il passe chaque année six heures à affiner les réglages sonores de cette projection en plein air en raison de la proximité d’un énorme rocher à gauche de l’écran tandis qu’à droite, l’écran est totalement ouvert sur la mer.

Projection en plein air à Lama (Corse)
Sur l’écran, montage d’une image du Procès de Nelson Mandela et les autres - Photo Novellart-2b

Il me confie que sa fille Yaëlle lui a demandé, lorsqu’elle avait six ans, pourquoi le cinéma dans lequel elle se rendait pour la première fois avec son école avait des murs ? Au-dessus de nos têtes, les étoiles filent. Normal nous sommes au cœur du mois d’août !

Que cette rentrée scolaire, qui coïncide avec une rentrée cinématographique, soit l’occasion de rendre hommage aux projectionnistes, aux exploitants de salles d’art et d’essai et aux bénévoles qui consacrent beaucoup de temps pour essayer de rendre des projections meilleures. Faire des films, c’est bien… Pouvoir les projeter dans une salle de cinéma ou au milieu d’un public, c’est mieux.
Voir un film sur petit écran et isolé de tous peut-il remplacer l’expérience qui nous a donné un jour l’envie d’en faire notre métier ?

Gilles Porte, président de l’AFC

** Vu dans Télérama