Et ron et ron, petit bout’dépron

Par Martin Rossini

La Lettre AFC n°282

Nous n’étions pas, Matthieu Poirot et moi, de la même génération… mais tous les deux pères de famille. Dès les premiers instants de notre histoire, moi, jeune assistant, j’ai reçu à un moment de ma carrière une confiance vivifiante et épanouissante. Je la chérissais en me disant presque que je ne la méritais pas.

Notons que dans les premiers jours de notre collaboration, je t’avais juste fait tomber mon téléphone portable sur le coin du crâne. Durant un passage de BNC un peu cocasse, le bougre s’est échappé de ma poche de chemise dans un escalier qui menait à un sous-sol que tu t’apprêtais à gravir. Je me suis immédiatement excusé à plusieurs reprises et tu m’as répondu, tout en te grattant la tête et formant une grimace sur ton visage : « Ne t’excuses pas, c’est trop tard ! », sans énervement, avec sincérité sur un ton qui laisse à méditer. « Ok », mince alors, ça commence mal cette histoire.

Quelques années plus tard, tu m’offrais mes premières deuxièmes Cam en tant que premier. Notre relation au travail, sincère et généreuse, avait pris corps et sens. Je me disais : « Il me fait confiance ».
J’ai aussi clairement du mal à l’idée de devoir disloquer le duo irrésistible que tu formais avec Pierre – le taf, la bouffe, les mots, vos références, l’humour, la famille... –, il perdurera dans mon esprit. Je me suis épanoui à vos côtés, à tes côtés, comme une personne qui avait l’opportunité de puiser d’enrichissantes et savoureuses choses tous les jours au boulot. Plutôt précieux.
Tu n’étais en fait mon chef que sur le papier, tu faisais la bulle de ton équipe avant celle de l’OConnor... En mettant tout le monde sur le pont, tu gardais la barre. Tu partageais tes certitudes et des doutes. Ta sincérité était sans faille. C’était chouette. J’ai rencontré une personne "goûtue". Je regrette que la vie ne m’ait pas laissé l’opportunité de décortiquer encore plus cette relation mais je retiendrais la chance qu’elle m’a donné de croiser ton chemin.

Mes pensées et mon affection vont à Sarah, Madeleine et Clémentine. Pace Salute !