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Ne plus voir une mouette sans penser à Matthieu

Par Xavier Durringer

samedi 30 décembre 2017 - Modifié le 30/12

Matthieu... La dernière fois que je t’ai vu, c’était pour la signature de mon roman. Tu avais mis un nez de clown sur ton front et tu faisais rire les adultes sur le trottoir, devenus par ta grâce des enfants.
Tu me montres un oiseau dans le ciel : regarde un échandon ! Je ne connaîs pas cet oiseau. Mais si regarde, c’est une mouette-échandon ! Matthieu ne faisait pas du cinéma comme un chef opérateur, mais comme un marin, il ne s’embarquait pas avec n’importe qui pour traverser les océans. Il était un peintre qui puisait dans l’invisible, il brossait des tableaux, habillait de lumière, sculptait l’image sans avoir l’air d’y toucher, en marinière, caban normand et Birkenstock. C’était une sorte de punk provocateur pour cacher sa grande timidité et sa grande culture qui ne s’arrêtait surtout pas au simple cinéma. On pouvait parler de tout avec lui et il vous regardait avec ses yeux bleus comme un ciel du Nord, remplis de malice. Son corps grand et fin et sec comme un boute torsadé, un danseur céleste, un baladin du monde occidental, un poète. Matthieu, tu nous laisses sans voix avec des milliers d’images. Que dire ? Que ce dernier tour que tu nous as joué n’est pas drôle du tout. Tu nous laisses là avec un grand vide existentiel. Et un pourquoi sous le ciel que tu aimais tant regarder. Tu avais souvent du mal à finir tes phrases comme si les mots finalement n’avaient pas plus d’importance que tes regards. Tu avais l’instinct de la lumière. Je pense à ta petite famille que tu chérissais, à ta maison balayée par les vents marins. Je pense à tous tes amis, tes collaborateurs, aujourd’hui orphelins. Tu nous manques cruellement. Je ne pourrais plus jamais voir une mouette sans penser à toi. Et il y a beaucoup d’échandons dans le ciel.

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