Exposition "Nuits électriques", au MuMa du Havre

La Lettre AFC n°311

Avec l’apparition de l’éclairage artificiel, le 19e siècle voit le paysage nocturne évoluer de manière radicale, la nuit s’illuminant progressivement en se parant d’ambiances variées : jeux d’ombres et de lumières, clair-obscur, contre-jour, premières publicités éclairées au néon… Les arts - peinture, gravure, photographie - ayant été fortement marqués par ces métamorphoses nocturnes, le MuMa du Havre, avec l’exposition Nuits électriques, propose d’explorer, du 3 juillet au 1er novembre 2020, cette question de la perception de l’éclairage artificiel urbain par les artistes de la seconde moitié du 19e siècle jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale.

« Un décor de rêve où le jaune tremblant du gaz se marie à la frigidité lunaire de l’étincelle électrique. »
Walter Benjamin

Au fil d’un parcours riche de 150 œuvres et 70 artistes, des peintres français majeurs tels Monet, Pissarro, Vallotton, Toulouse-Lautrec, Steinlein, Bonnard, van Dongen, Sonia Delaunay… côtoient leurs homologues européens moins connus du public français comme le Suédois Eugène Jansson, le Britannique Atkinson Grimshaw ou encore l’Espagnol Darío de Regoyos. Leurs représentations de ces nouvelles expériences lumineuses révèlent en creux leurs préoccupations au cœur d’une période de profonds bouleversements. Ainsi réunies, ces œuvres invitent à réfléchir, plus largement, à notre rapport intime à la nuit, tout en offrant une matière toute contemporaine à notre méditation.

Le réverbère, icône de la "ville lumière"
L’arrivée de l’éclairage urbain modifie fortement l’apparence des centres-villes. De nouvelles silhouettes apparaissent : celles des réverbères, becs à gaz et autres globes électriques qui illuminent les rues des grandes villes. Les artistes, sensibles à ces transformations, intègrent ces nouveaux motifs à leurs compositions en leur réservant bientôt une place en majesté. La grande variété des formes des réverbères est quant à elle somptueusement révélée par la première série photographique que lui consacre Charles Marville. Le réverbère devient un symbole de modernité et une icône de la "ville lumière".

Les nocturnes photographiques
Dans les dernières années du 19e et au début du 20e siècle, la photographie puis le cinéma ouvrent une nouvelle voie dans la représentation de la nuit. Les jeux de contrastes permis par la lumière artificielle offrent aux photographes une opportunité inédite de capter la vie nocturne. Les premiers cinéastes, quant à eux, disposent avec l’électricité d’un outil unique pour développer leurs techniques. Pour autant, ils devront avoir recours au subterfuge de la nuit américaine pour représenter les scènes nocturnes.

La lumière consacrée - la lumière en majesté
À la veille de la Première Guerre mondiale, l’éclairage électrique s’est imposé partout, même si le gaz continuera encore à alimenter les réverbères pendant l’entre-deux-guerres. Fascinés par toutes les manifestations de la vie moderne, les artistes d’avant-garde regardent alors la nouvelle lumière en face, pour en saisir jusqu’à l’éblouissement l’énergie pure. Les œuvres se déconstruisent, et deviennent alors d’abstraits jeux de couleurs à l’instar du prisme lumineux.

La raison d’une telle exposition au Havre
La ville-port du Havre a été pionnière à plusieurs égards dans l’histoire de l’éclairage urbain. Les phares de la Hève sont ainsi parmi les tout premiers au monde à se doter, en 1863, de l’éclairage électrique à arc. Dès 1889, Le Havre est l’une des premières villes à préférer l’électricité au gaz en concédant l’alimentation de son réseau à une société qui prend alors le nom de Société Havraise d’Énergie Électrique. Mais Le Havre a également prêté son cadre à l’une des premières et très rares représentations impressionnistes de la nuit : en 1872, Claude Monet y exécute Le Port du Havre, effet de nuit (collection particulière) exceptionnellement présentée dans l’exposition.

Commissariat
Sous le commissariat d’Annette Haudiquet, directrice du MuMa, l’exposition réunit un ensemble inédit de peintures, photographies, aquarelles, gravures, films, en provenance de grandes collections publiques et privées françaises et étrangères (Musée d’Orsay, Bibliothèque nationale de France, Centre Georges Pompidou, Cinémathèque française, Musée des Beaux-Arts de Reims, Fondation Bemberg à Toulouse, Musée Thyssen-Bornemisza, Petit Palais-Genève, Musée des Beaux-Arts de Göteborg…)

Exposition Nuits électriques
Musée d’art moderne André Malraux - MuMa
2, boulevard Clemenceau
Le Havre - Seine-Maritime (76)

(Source MuMa)

Dans le portfolio ci-dessous, quelques reproductions d’œuvres exposées à "Nuits électriques"

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