Hommage à José Giovanni

par Alain Choquart

par Alain Choquart La Lettre AFC n°132

La perte d’un ami...

José pouvait écrire n’importe où, comme sur ce coin de table d’une auberge de montagne où il rédigeait quelques pages de ses mémoires en nous attendant, son admirable épouse Zazie et moi, après une belle marche de plusieurs heures qu’il ne pouvait plus partager avec nous.

Sur le tournage d’" Où est passé Tom ? " (1971)
José Giovanni derrière la caméra, entouré de Dominique Chapuis et Pierre-William Glenn

A notre arrivée à l’auberge, il referma aussitôt son cahier en plein travail pour passer à table. Quand on a écrit son premier roman dans le métro en vendant de la brillantine, l’inspiration ne s’effarouche pas au premier coup de vent...
Et puis, la famille et les amis avant tout.

Le Trou, Les Grandes gueules, Classe tous risques, Le Clan des Siciliens, Le Deuxième souffle, Le Rapace, Le Ruffian... Les polars d’abords édités avec la reconnaissance de Nimier, Cocteau, Mac Orlan, puis les scénarios et les films, l’amitié de Claude Sautet et de Lino Ventura...

Un matin, José Giovanni, que je n’avais pas encore rencontré, me téléphone. Il commence la préparation d’un film adapté d’une partie de son dernier livre : Il avait dans le cœur des jardins introuvables. Rendez-vous est pris pour le petit-déjeuner du lendemain, sur les Champs-Elysées.
_ Je suis matinal et j’arrive très en avance. José et Zazie sont déjà installés en terrasse. J’ai même le sentiment qu’ils sont là depuis au moins une heure !
La conversation s’engage sans protocole. Il ne fait pas de casting d’opérateur...
J’ai lu son livre la veille. José m’explique en quoi consistera l’adaptation. Comme j’ai travaillé il y a quelques années sur un film avec Lino Ventura et qu’il m’avait impressionné et séduit, je questionne José. Il prend du temps à me répondre, mais me regarde droit dans les yeux ; sa bouche se tord un peu dans la réflexion et il lâche doucement : « Lino... C’était un homme. »
Je reste silencieux. Je m’attends à plus... Non. José avait trouvé la formule qui correspondait à son ami, avec pudeur et fidélité. Une phrase d’alpiniste plus que d’aventurier.

Sur le tournage de " Mon père... " (2001)
Philippe Renaut, premier assistant opérateur, et José Giovanni à l’œilleton de la caméra

Le tournage du film fit naître entre José et moi une relation de respect et de sincère affection. J’aimais le retrouver dans son chalet, en Suisse, où nous avions préparé ensemble le film. Nous partagions le même goût de la neige, la forêt, l’effort physique, les livres, l’amitié.

Son dernier livre, Le Pardon du Grand Nord, devrait sortir en mai. L’histoire de délinquants du Nunavut qu’un instructeur confronte aux épreuves du froid, de la faim, de la survie, pour leur éviter la prison si l’expérience leur redonne le sens de la vie. Une thématique toute " giovannienne " : sans l’espoir d’une deuxième chance, il ne peut y avoir de justice.

J’exprime à Zazie, Paul, Marie-Josée et les petits-enfants de José ma fidèle affection.

Je repense aujourd’hui à cette phrase qui lui ressemblait tant, citée en préambule de Mes grandes gueules, mémoires de José Giovanni :
« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque.
A te regarder, ils s’habitueront. » (René Char)