Il était une fois Tonino Delli Colli, et sa valise

La Lettre AFC n°293

Depuis le mois d’octobre, la Cinémathèque française rend hommage à Sergio Leone avec une rétrospective de ses films et une exposition, "Il était une fois Sergio Leone", qui lui est consacrée, et ce jusqu’au 28 janvier 2019. Tonino Delli Colli a photographié trois de ses films ; sa valise d’opérateur, sa cellule et quelques accessoires lui ayant appartenu sont en vitrine dans une des salles de l’exposition.

« En réinventant le western, genre populaire par excellence, Sergio Leone aura changé la face du cinéma. Le public a tout de suite fait un accueil triomphal à ses films alors que la critique ne comprenait pas que l’Ouest n’avait plus besoin d’être américain tant il était désormais ancré dans l’imaginaire universel. Or Sergio Leone est un grand cinéaste de l’imaginaire. »

C’est en partie en ces termes que Frédéric Bonnaud, directeur général de la Cinémathèque française, présente l’ouvrage faisant office de catalogue de l’exposition, La Révolution Sergio Leone, que la Cinémathèque française et la Fondazione Cineteca di Bologna consacrent au cinéaste. « Constitué de textes [de celui-ci], de témoignages de ses collaborateurs et d’essais critiques, illustré de photos de tournage et d’affiches, cet ouvrage explore les multiples facettes d’un cinéaste qui a su fonder son cinéma sur ses rêves d’enfant. »

Tonino Delli Colli a dirigé la photographie du Bon, la brute et le truand (1966), Il était une fois dans l’Ouest (1968) et Il était une fois en Amérique (1984). Parmi les entretiens publiés dans La Révolution Sergio Leone, on pourra lire des propos de Tonino Delli Colli recueillis par Christopher Frayling, co-auteur avec Gian Luca Farinelli du catalogue. En voici quelques extraits...

Sergio Leone et Tonino Delli Colli sur le tournage du "Bon, la brute et le truand"
Fondazione Cineteca di Bologna - Fondo Angelo Novi

[…] Votre collaboration avec lui a débuté avec Le Bon, la brute et le truand. Vous discutiez ensemble des aspects visuels du projet ?
Un jour, à propos d’une séquence de coucher de soleil sur un village indien dans Il était une fois dans l’Ouest, un critique m’a demandé si j’avais trouvé mon inspiration chez un peintre. « Quoi ? Le coucher de soleil ? » Je crains d’avoir réagi un peu sèchement car il ne m’a plus jamais adressé la parole. Le fait est qu’avec les westerns il ne faut pas trop de couleurs - des rouges, des bruns, des beiges, des blanc cassé… Beaucoup de poussière, des constructions en bois, du sable… Il n’y a pas grand chose à discuter. Sergio et moi étions d’accord sur l’idée d’une palette limitée. Carlo Simi était un collaborateur extraordinaire, il a largement contribué à ce ton. Sergio et lui avaient consulté beaucoup de livres sur l’Ouest américain, et pour les scènes d’Et pour quelques dollars de plus tournées à Almería, ils avaient créé un décor qui correspondait exactement à ce que Sergio voulait. Nous nous comprenions à la perfection, Sergio et moi. Nous n’avions jamais besoin de discuter.

Sergio Leone ne faisait-il pas parfois référence à des peintres, par exemple à Giorgio De Chirico ?
Nous ne parlions jamais de tableaux en particulier lors des prises de vues. Il nous arrivait parfois d’en parler pendant les étapes préparatoires, pour les costumes et les décors, mais essentiellement à des fins de documentation, beaucoup plus rarement pour la composition ou les éclairages. Certes, nous avons regardé des photo d’époque - Sergio et Carlo Simi avaient amassé toute une bibliothèque d’ouvrages américains. Mais, quoi qu’en dise Vittorio Storaro, c’était du cinéma que nous faisions, pas de la poésie. On allume les projecteurs et on les éteint. C’est tout. Je ne me souviens pas que nous ayons évoqué De Chirico. S’il y a une ressemblance, c’est par hasard. […]

Sergio semblait bien connaître la technologie du cinéma et y prendre plaisir.
Il travaillait beaucoup avec les scénaristes. Il n’était jamais satisfait et apportait beaucoup de changements. Quant aux connaissances techniques, il était imbattable. Parfois, lorsqu’il demandait un petit mouvement de dolly de vingt centimètres, je demandais en effet : « Pourquoi ? » Mais au montage, ces vingt centimètres faisaient toute le différence. Sans avoir conscience de ces détails techniques, le public sentait confusément que tout sonnait juste. Les films de Sergio étaient faits avec beaucoup de soin, et cela payait. […]

A noter que Kodak, membre associé de l’AFC, est partenaire de l’exposition "Il était une fois Sergio Leone".