Jean-Jacques Bouhon, un phare qui a guidé les étudiants en Image de La fémis

La Lettre AFC n°280

Lors des obsèques du directeur de la photographie Jean-Jacques Bouhon, AFC, vendredi 8 octobre 2017 au cimetière du Père-Lachaise, des anciens étudiants du département Image de La fémis ont témoigné de leur reconnaissance envers lui en lisant les textes suivants.

Vadim Alsayed, Céline Baril, Juliette Barrat, Mathieu Kauffman, Negin Khazaee, Pauline Sicard, étudiants en Image de la promotion 2017 Agnès Varda
« Chers amis de l’image »,
C’est ainsi que Jean-Jacques s’adressait à nous pour commencer chacun de ses mails. Des mails pour nous convier à tout événement, projection, rencontre, liés à l’image. Parce que c’était sa passion et qu’il voulait la partager à tout prix. Il était le passeur entre nous, étudiants, et le monde professionnel.
Jean-Jacques était non seulement présent pour les étudiants du département Image mais aussi à l’écoute de chacun et de chaque projet, tout au long de ces quatre années. Il était présent à tous les grands et les petits événements de notre scolarité. Il ne parlait pas beaucoup mais savait écouter, il avait une grande réserve, ce qui ne l’a jamais empêché d’avoir un avis tranché.
Nous pouvions toujours, au détour d’un café dans la cour de l’Ecole, partager nos doutes, nos envies et nos peines. C’était un allié qui savait trouver les mots dans les moments de découragements. « Ne te laisse pas manger par les petits cochons en chemin », disait-il pour garder le cap, faire ce dont on était convaincus. Il nous regardait avec une inquiétude bienveillante, le sourire en coin, mais nous poussait toujours à expérimenter les choses par nous-mêmes.

On se revoit encore en mai dernier lui parler de l’écriture de nos mémoires, paniqués par les délais de rendu. Sur un ton amusé et complice, il nous disait que l’on allait y arriver, même très en retard, comme tous nos prédécesseurs. Finalement, il aura lu chacun de nos mémoires à l’hôpital. Il n’a pas manqué de nous faire part de ses retours. Il n’a pas pu être là lors de notre remise de diplôme mais il est resté tout de même présent pour chacun d’entre nous.
Nous ne pouvons parler de l’homme au chapeau sans avoir une pensée pour Pierre-William avec qui il formait un duo infernal. "Good cop, bad cop", il y en avait toujours un de vous deux pour être de notre côté.
On garde de très bons souvenirs lorsque vous nous avez accompagnés lors de notre atelier chez Angénieux à Saint-Étienne. C’était une aventure.
Jean-Jacques devait nous rejoindre au milieu de notre séjour. Mais à minuit la veille du départ, nous recevons un texto : « Je pars avec vous, je pense que c’est plus prudent que je conduise le camion ». Il a conduit sept heures d’affilée en essayant tant bien que mal de suivre Negin qui conduisait à l’iranienne à 150 km/h sur la voie du milieu. Tous les matins, nous devions passer le chercher à son hôtel dans la banlieue de Saint-Étienne. Lorsque nous étions en retard, il ne perdait pas non plus son humour et nous envoyait des selfies de lui qui faisait du stop sous la pluie.

Jean-Jacques Bouhon, en clair, Jean-Yves Le Poulain, à droite, et les étudiants en Image de La fémis promo 2017, lors de l’Atelier Angénieux "Lumière du jour" en 2015

Merci à toi, Pierre-William, de l’avoir soutenu et accompagné ces derniers temps.
Merci à toi, Jean-Jacques, notre ami de l’image.
Nous voulions collectivement te transmettre ce dernier message :
Tu vas nous manquer.

Lucie Baudinaud, promotion 2013
Cher Jean Jacques,
C’est avec un départ que l’on se surprend à vouloir croire qu’une petite oreille continue d’écouter quelque part. Alors pour cet instant je décide d’y croire pour que tu entendes ceci.
A l’Ecole, toi et Pierre-William avez été les deux phares d’un grand port où de jeunes marins allaient apprendre à construire leur barque. Ces jeunes marins, vous les avez accompagnés pour que, quelle qu’elle soit, l’embarcation ne prenne pas l’eau.
Ces phares nous éclairent chaque jour de notre vie d’opérateur. Où que l’on soit dans l’océan des projets que nous menons, votre lumière nous atteint et nous réchauffe lorsqu’il fait froid.
Nous avons toujours su que cette lumière continuerait de briller, que l’on soit proche ou loin du port, et qu’elle nous aiderait à garder le cap même lorsqu’une tempête voudrait retourner notre barque.

Le 24 janvier 2013, j’étais perdue dans ce film que je tournais et tu m’as écrit ces mots :
« Dans une chanson de son album "Rosa la Rouge", Claire Diterzi dit :
Ce que j’ai sur le cœur
Je l’ai sur les lèvres"
Je la paraphraserai pour te dire de penser :
"Ce que j’ai sur le cœur
Je l’ai dans mon regard"
Oublie tes idées initiales, laisse-toi aller à tes émotions quand elles surviennent, fais confiance à ton œil.
 »

Mon très cher Jean-Jacques,
Aujourd’hui ton départ laisse orphelin nombre d’entre nous. Mais si ton oreille attentive peut encore percevoir ces mots, sois rassuré : ta lumière continuera d’éclairer nos routes et ne s’éteindra pas.

Eponine Momenceau, promotion 2011, après avoir lu un hommage de Pierre-Oscar Lévy, a cité cet extrait du Trésor des humbles, de Maurice Maeterlinck :
"Pour savoir ce qui existe réellement, il faut cultiver le silence entre soi
car ce n’est qu’en lui que s’entrouvrent, un instant, les fleurs inattendues et éternelles, qui changent de forme et de couleur selon l’âme à côté de laquelle on se trouve.
"